FRANK MUYTJENS
mars 28, 2010 by Cuisto
Filed under Vintage, Vêtement, Webmagazine

On est allés rencontrer le D.A. Homme de J.Crew, dans sa ville d’adoption, New York.
Un autre exilé, cette fois-ci hollandais, ayant lui aussi préféré s’en aller.
Un nominé GQ – CFDA, dessinant pour une marque pas indé.
Une première.
Un type qui fait en sorte de te simplifier la vie, en préparant ton placard pour toi, afin que tu sois subtilement bien sapé.
Docteur ès style.
Docteur ès look.
Frank Muytjens.
Aide-toi, J.Crew t’aidera.

Sachant que tu es Hollandais d’origine, comment as-tu fini par designer pour J.Crew en passant par Ralph Lauren ?
J’ai toujours été intéressé par la culture américaine, son Histoire, j’ai toujours trouvé ça fascinant. Je travaillais déjà sur le côté américain dans mon design, à l’époque où je vivais encore à Amsterdam. Je venais régulièrement ici, pour m’en inspirer et ramener cette inspiration en Hollande. Je me suis simplement dit que je ferais mieux de déménager à New-York et voir ce que je pourrais y faire. Profitant d’une opportunité, je suis arrivé à New-York en 1994 : un cheminement logique finalement pour moi. Les deux premières années, j’ai surtout fait du freelance de-ci de-là, mais rien de vraiment palpitant. Et cette opportunité de travailler chez Polo s’est présentée. J’ai commencé, je crois, en 1997. J’ai ensuite travailler pour RRL mais comme tu le sais, la marque a fermé pour quelques temps et je me suis retrouvé à faire de l’outerwear chez Polo Sports, puis je suis allé chez Blue Label.
C’était génial. Polo incarne vraiment l’héritage américain, sa culture, l’Americana. J’ai vraiment pu m’imprégner de l’histoire de ce pays, de tout ce qui gravite autour. Mais je ne dessinais que de l’outerwear, c’était très intéressant : j’étais environné de bons produits tout le temps. Mais je voulais faire plus que ça, explorer plus le style américain dans sa globalité. Et cette opportunité chez J.Crew s’est présentée en 2004, j’ai pris ma chance et je suis arrivé ici.
Qu’est-ce qui te fascine tant dans cette culture, ce style? Et surtout pourquoi celle-ci plutôt qu’une autre, comme le style britannique par exemple?
Je suis aussi intéressé par d’autres styles , d’autant plus qu’aujourd’hui ils se mélangent. J’ai toujours été fasciné par la Ruée vers l’Or, les cowboys, les indiens, la découverte d’un nouveau pays, etc. Et aussi toute l’Histoire sous nos yeux ici, cette opposition entre le hall Art Déco de l’Empire State Building et les images de la Ruée vers l’Or. C’était quelque chose qui me parlait, qui était simple à comprendre pour moi, le Nouveau Monde, pas le Vieux Continent.
Un monde plus dynamique, plus attractif ?
Oui, et surtout plus clair, je trouve. Le design des années 1950, 1960, et la façon dont toutes ces choses s’articulaient comme je te le disais. Ce n’est pas seulement l’héritage, c’est bien plus que cela.
Les USA sont plus faciles à saisir, esthétiquement parlant. L’Europe, de ce point de vue, est uniforme. Tu te balades à Paris ou à Londres, et tu ne vois pas vraiment les différences. Et c’est d’autant plus bizarre car la plupart des grands architectes européens du milieu du XXè siècle ont immigré ici. Mais je me compare pas du tout à eux, bien sûr. Il y a plus d’opportunités, c’est plus diversifié.

Quelles sont selon toi les différences entre les deux styles, celui du Vieux Continent et celui du Nouveau Monde? L’Europe est plus statique non?
Le style américain est plus authentique, plus représentatif de son héritage aussi, le denim, le vêtement de travail (ce que vous avez d’ailleurs aussi en France, et dont je m’inspire beaucoup). Toutes ces influences ici sont plus accessibles. L’Europe est trop compliquée, son héritage trop dense, il y a tellement de pays. Comprendre le style vestimentaire européen est difficile, à la fois cohérent et le contraire. Tout s’entremêle. Alors qu’ci c’est juste une seule et même Histoire, et les styles sont bien distincts.
Quand tu designes pour J.Crew, quelle est ta vision? Comment fais-tu pour intégrer toutes ces différentes influences, casual, militaire, travail, etc.?
La perspective historique est la chose la plus importante pour moi. Chaque vêtement doit avoir une certaine raison d’être, une certaine histoire. Il doit avoir une origine, ça ne peut pas être quelque chose qui sorte de nulle part. Prends un trench coat par exemple, classique : chaque détail a son explication, et quand je designe, je vais peut-être changer la matière, la taille. C’est ce qu’est la mode masculine, ou en tout cas la vision que nous en avons chez J.Crew : jouer avec des classiques, tout en restant dans un certain cadre. Il y a tellement de détails sur lesquels jouer, entre la taille, la fabrication, la couleur. Et c’est déjà beaucoup pour un homme.
C’est aussi une certaine nostalgie, j’aime toujours savoir qu’il y a une certaine histoire derrière le vêtement. Il remplit une certaine tâche, une certaine fonction. Je ne peux pas ajouter de détails inutiles, sans fonction. C’est inconcevable pour moi.
C’est peut-être justement la différence entre la Mode homme et la Mode femme : chaque détail devant être avant tout fonctionnel ?
Exactement, mon équipe cherche et ramène du vintage des quatre coins du monde, et prête attention aux détails, aux renforts, afin que le vêtement ne tombe pas en mille morceaux. Toutes ces choses auxquelles on ne pense plus finalement mais qui sont là pour remplir une certaine fonction. On se base aussi sur des catalogues mais la quasi totalité des designs se font grâce au vintage. On trouve toujours des choses nouvelles, c’est incroyable. Par exemple, je suis tombé il y a peu de temps, sur un pantalon de survêtement, des années 1920 je crois, qui a été reprisé, rapiécé, et c’est incroyable de trouver ça encore aujourd’hui, et de se dire qu’une personne ait autant tenu à conserver ce vêtement, de le réparer tant de fois. Et j’adore imaginer l’histoire derrière ça, peut-être que ça appartenait à un boxer, ou je ne sais pas.
Les traces du temps qui passe?
Oui, raconter une histoire, l’Histoire de chaque vêtement est cruciale.

À propos des marques que vous invitez, et il y en a beaucoup, comment les choisissez-vous? C’est aussi une question d’Histoire? Une question de design? Les deux?
Ça a commencé avec Red Wings. Tout le monde en portait au bureau et on se disait que ce serait génial d’en faire, mais qu’en même temps, on ne le ferait jamais aussi bien si on les développait nous-mêmes. On s’est donc dit qu’on ferait mieux de leur proposer de travailler ensemble. Et tout a commencé comme ça.
Et toutes ses marques avec qui l’on travaille – Levi’s, Baracuta, etc. – qui ont une vraie Histoire, qui ont un produit qu’elles font vraiment bien, depuis toujours et ce, sans se soucier des tendances, sans jamais le modifier. On travaille par exemple avec une usine anglaise, appelée Fox Brothers qui existe depuis le XVIIIè : ils ont toujours le même logo, occupent les mêmes bâtiments. Tellement d’Histoire et d’histoires. C’est pour ça qu’on les aime. Elles sont un peu poussiéreuses et endormies. Il faut les digger. Et quand on les met à côté des autres collaborations, des autres produits, elles reviennent un peu à la vie. Elles restent ce qu’elles sont mais en même temps, un peu « rafraîchies ».
Pour toutes nos collaborations, elles ont besoin d’avoir une histoire, que ce soit à propos de la fabrication, des matières ou autre. Par exemple, on travaille avec The Hill Side qui utilise des matières provenant du Japon et en assemblant aux USA, très authentique mais qui a seulement un an d’existence : c’est la seule marque récente avec qui nous sommes partenaires. Sinon toutes les autres sont historiques. Il y a tellement de marques qui méritent d’être redécouvertes.
Quand on entre dans un magasin J.Crew, c’est un peu comme entrer dans la caverne d’Ali Baba pour hommes : il y a tous les styles, tous les basiques pour homme, que ce soit la veste de moto, le jean, le chino, les boots, etc. Comment vous faites finalement pour conserver cette cohérence J.Crew?
Tout simplement. Pour comprendre, il y a l’importance du merchandising, que ce soit sur le site web ou en magasin. C’est J.Crew avec du Mister Freedom, avec Red Wings et tous les autres. Je ne saurais trop l’expliquer, ça marche tout simplement, c’est cohérent. C’est la façon dont on s’habille. Quand on a ouvert le Liquor Store, le but était de montrer des exemples, et non la totalité de la collection, associés avec les marques dont on parlait, et ce, d’une façon attrayante.

Comment tu définirais la ligne directrice du design de J.Crew ?
La litote, la facilité, la classe avec une certaine touche… On veut que nos vêtements s’améliorent avec l’âge, vieillissent avec celui qui les porte, et pas qu’ils soient juste saisonniers, qu’ils gagnent en charme à force d’être portés et lavés. Que finalement, ils aient leur propre histoire. C’est vraiment mon idée quand je designe.
Quelque chose de simple à porter….
C’est aussi la doublure, les détails qu’on trouve à l’intérieur du vêtement. Et c’est j’espère mieux que ce que peuvent faire nos concurrents. Les délavages sont aussi très importants : on commence d’ailleurs à avoir une certaine renommée grâce à ça. Et je pense aussi que notre consommateur ne veut pas avoir un look criard, la qualité et l’élégance sont plus importantes. Il est d’ailleurs sûrement pointu, mais discrètement, pas de façon évidente, et c’est pour cela que nos produits l’intéressent à mon avis.
Un homme intéressé par la mode, mais d’une façon masculine, dans le détail et la subtilité, comme tu dis, la facilité, une impression de désintérêt pour ton look alors que c’est tout le contraire bien sûr…
Exactement, comme si c’était la première chose que tu avais prise dans ton placard, alors que pas du tout. Et je pense aussi que dans le style, les hommes sont feignants et ont besoin de références. Ainsi de notre chemise en chambray par exemple : nos clients l’ont redécouverte, ils savent comment elle est taillée, on en changeant la couleur, la matière, avec les mêmes détails mais c’est toujours la même chemise, ça lui facilite le travail. C’est d’ailleurs une de nos idées à propos du style masculin : être cohérent et constant. Tu ne peux pas changer de style, de garde-robe à chaque saison, je ne pense pas qu’un homme veuille de ça, moi non en tout cas. C’est l’importance des vieilles pièces encore une fois, d’où l’attention particulière qu’on porte au délavage. De cette façon, tu as l’impression que tu as ce vêtement depuis toujours, que c’est vraiment le tien et tu sens bien dedans tout simplement. C’est un peu notre philosophie. Et notre force, c’est aussi de ne pas être cher, comme ça, ceux qui achètent nos vêtements ne vont pas trop y faire attention, à l’inverse d’un vêtement beaucoup plus cher.
Moi aussi je ne supporte pas un vêtement trop neuf, je commence vraiment à apprécier mes vêtements quand j’y vois les marques de mon utilisation. Comme pour ce jean que je porte là en ce moment.
Oui, parce que tu as travaillé pour qu’il devienne comme ça. Je sais, moi c’est pareil, celui que je porte, je l’ai depuis trois semaines et je suis content car enfin je commence à le marquer (rires).

J.Crew, c’est aussi éviter le total look…
Pour les hommes s’intéressant à la mode, c’est facile mais pour un gars plus normal, c’est moins simple de faire comprendre ce genre de choses. J’espère qu’on arrive à faire passer le message, que ce soit à travers le site Internet, le catalogue, le merchandising en magasin. On a une démarche quasi pédagogique.
C’est justement votre point fort, enseigner aux hommes comment bien s’habiller, sans vraiment avoir besoin d’y réfléchir.
D’une façon cool, avec les détails qui font la différence…. On doit être cohérent parce que les hommes sont déconcertés face à la Mode, je crois.
Comment faites-vous alors pour réinventer J.Crew à chaque saison ?, car vous travaillez sur des basiques.
On a, disons, nos fondations sur lesquels nous construisons nos collections. Et on doit effectivement innover ou rénover nos produits. C’est un processus organique. On a des pièces canevas qu’on modifie, si on peut dire. J’ai un peu de mal à m’exprimer, c’est utiliser ce qu’on a déjà et les améliorer à chaque saison, et il faut essayer encore et encore.
Recontextualiser le vêtement et voir comment alors il devrait être pour aller avec un autre : ce serait ça?
Oui, sans non plus les ancrer dans un contexte qui le rendrait trop difficile. Intégrer de nouvelles influences sans jamais être en rupture, rester dans la continuité de ce que nous avons toujours fait. C’est comme ça qu’on les améliore, je crois.
Comment vous avez pensé la ligne de l’automne prochaine?
On est dans la continuité mais on a rajouté beaucoup de militaires, ce que j’aime particulièrement, des doudounes à la Eddie Bauer, ce style camping / randonnnée. On collabore d’ailleurs avec cette marque de Seattle, Crescent Down.
Vous vous tournez vers un outerwear plus moderne ?
Oui mais toujours mélangé avec des vêtements plus classiques. On ne deviendra pas une marque pour les randonneurs.

Une question qui n’est pas directement liée à J.Crew mais plus au style masculin de façon général, comment tu différencierais le style casual du style preppy? Beaucoup parlent de preppy en ce moment, alors que c’est plus un style 1980s, tiré à quatre épingles avec tous ces détails pas fonctionnels justement.
C’est une particularité de la Côte Est en fait. J.Crew, à ses débuts, en 1983, était ancré dans ce style, mais plus du tout maintenant. Même si aujourd’hui on reprenait un élément du style preppy, comme une veste en madras, on le déformerait, le défoncerait un peu, pour que ça devienne quelque chose d’autre, pas un vêtement preppy, wasp trop propre. C’est drôle, parce que je suis européen, je n’ai donc jamais grandi dans ce milieu et je peux ainsi m’en moquer, le repenser car j’ai un point de vue d’outsider sur ça.
C’est peut-être pour ça que tu as ce poste aussi aujourd’hui, car tu es forcément plus distant vis-à-vis de ce style, tu as une perspective différente d’un Américain qui aurait évolué dans cette atmosphère, en plus d’avoir la touche européenne.
C’est vraiment restrictif comme milieu, comme style. Mais on peut vraiment en jouer. J’en parlais justement durant un design meeting, j’aimerais bien avoir un short avec plein de broderies et le délaver pour qu’elles s’abiment, qu’il y ait des trous, etc, que ce ne soit plus un vêtement preppy, que ce soit plus cool, plus sombre.
Les must-have qu’on devrait trouver dans tous les placard d’un homme?
Un bon jeans, une bonne paire de chaussures, chères (rires). Les chaussures sont importantes, que ce soit des richelieus à bouts fleuris, ou des chukkas, ou autres. Un costume couleur marine, bien ajusté. C’est vraiment important. Les chaussures sont une pièce maîtresse, ainsi qu’une bonne montre.
Question un peu stupide, mais pourquoi de nombreux types sur votre catalogue portent des t-shirts sous leurs chemises? Un réflexe qui en France par exemple ne se faisait pas du tout normalement mais qui commence à s’imposer.
Je sais pas, je me demande maintenant si je faisais pas déjà ça quand je vivais encore à Amsterdam. C’est plus propre, je trouve. C’est un accessoire désormais, que ce soit avec un t-shirt vert armée, ou autre. C’est fonctionnel à l’origine, presque un réflexe. C’est juste plus confortable, je trouve.
Merci Frank.
MANIFESTE DU PARTI VIRILISTE

2009 : année du retour de la testostérone dans la mode presque mainstream.
On ne peut pas dire qu’on ne l’a pas attendue, cette injection salvatrice. Surtout à Paris, ville The Kooples, balisée rock, javellisée, labellisée. Pete Doherty, c’est pas Steve McQueen.
Moto, boulot, alcoolo, le spectre du prolo américain a foutu un coup de clé à molette définitif à l’androgyne fashion week.
Laborieux victorieux.
Ça fait cinq ans qu’on nous parle de metrosexualité ou d’übersexualité. Des termes de magazines féminins, pour les femmes qui veulent émasculer leurs mecs en les culpabilisant sur ce “laisser-aller“ masculin depuis l’éternité, qu’elles ont décidé d’éradiquer à partir de 2001 à peu près.
“Viens, on va se faire le maillot ensemble“.
David Beckham en égérie, entièrement relooké par sa meuf, l’ex supposée snob d’un quintet de chav’ : il fallait bien qu’elle trouve une occupation dans sa vie vide (pas Vivid, rien à voir avec les porno stars plantureuses…)
On aura presque tout vu, un des summums ayant été Jean-Paul Gaultier qui a voulu nous faire belles et maquillés. Certes, l’idée existait avant, sauf que là, on parle d’une campagne grand public avec affichage au BHV.
Ou encore, ces mutants troisième sexe portant dernièrement escarpins Balenciaga et lunettes Margiela, exhibant fièrement toutes les pièces les plus “chaudes“. Ok : “avant-garde fashion“… peut-être, même pas sûr : “avant-garde“ ne rime pas nécessairement avec rencontre du troisième type.
Et une pensée aussi pour tous ces mecs qui, cet été, portaient des micro-shorts bien trop serrés, avec un tank top bien trop loose sur une paire d’espadrilles ou de bateaux.
À Paris comme à NYC ou encore Stockholm, la virilité s’est perdue, annihilée dans un monde “urban outfitté“.
On est vraiment tombé bas, au point de voir les petits frères des cailleras Lacoste, finir en t-shirt fluo, jeans skinny et pompes multicolores aux pieds. De quoi faire perdre les pédales à un néo Robinson Crusoé parti d’ici en 1999 par peur du bug de l’an 2000 rapatrié en plein Paris après un séjour chez les Samoa.
Cool kids
Le pire étant que les nerd fluos avaient déjà attaqué de leur côté, en attendant les post fluos d’aujourd’hui : plus en noir désormais parce que c’est la crise mais restent les couleurs criardes et les typos beuglardes. En gros, “nous, on est les enfant des années 80. Le rap, la new wave, la dance, tu vois, tout ça“, c’est… “cool“.
Des fans du Pharrell Williams, malheureusement pas le Pharrell qui débuta en Dickies, t-shirt vintage et trucker cap mais le Pharrell ultra ostentatoire époque Skateboard P, fluo et skate. Mais pas à la Gator, plutôt un croisement entre lui et une guirlande de Noël. Trop large pour être skate eighties et trop fluo pour être un rappeur habituel.
Auquel a succédé, Kanye “mulet“ West. Nouvelle caution rap du monde de la mode.
Celui qui veut être calife à la place du calife. Le roi du patchwork, un style sophistiqué de sophiste fashion, malencontreusement adulé par une foule aveuglée par l’ignorance, ou la bêtise, au choix. Une locomotive pour une tribu bling-bling, au goût encore plus douteux que le sien. Entre revival 90’s (ou le pire de la mode), luxe, et streetwear. Un style de parvenu non inspiré. Rien avoir avec Ralph Lauren, auquel il se compare si facilement. Juste un voleur d’idées. Un wannabee dandy sans substance. Creux prétentieux.
Ce bouleversement des codes vestimentaires du rap s’est produit non seulement aux USA mais en Europe aussi, Paris inclus, évidemment. Certains shops et certains rappeurs en ont d’ailleurs profité, comme Sully Sefil avec Dumpefresh, sorti de sa retraite le temps de quelques semaines.
Look type : New Era assortie aux sneakers et au t-shirt à punchlines, le tout violet de préférence. Levi’s Vintage sur le cul et Wayfarer sur le nez, pour mieux apprécier le style flashy de ses potes vendeurs et deejays du grand magasin urbain de la rue Caumartin.
On se passera des exemples. Pas besoin de rajouter une légende aux photos de soirées en ligne… Pour ceux qui ont su éviter cette faune et qui ont envie de la découvrir, on peut vous faire un guide maison. Si vous insistez vraiment, mais alors vraiment beaucoup.
Bien sûr, il y a eu des bastions de résistance, dont on vous a déjà parlé, d’une façon ou d’une autre, sur le site ou dans le mag’. À commencer, par le retour des rock-a-billies et tout le côté skate californien moto et chemise de bûcheron à la Jason Jessee et Max Schaaf. C’était dans notre numéro #3.
Les mecs les plus core du skateboard nous ont finalement rappelés que, non, ce n’était pas normal de porter un jean tellement serré qu’on pouvait compter les poils de couilles de celui qui le portait. On passera sous silence la question du tee à col V.
Enfin des voix pour rappeler qu’il était normal pour un mec de trafiquer une bécane, d’écouter du rock sale, de se tatouer et de se châtaigner.
De la graisse et des fesses.
Leçons de virilité
Mais Dieu qui n’existe plus est grand et miséricordieux : sur une île, loin, vivent les Japonais, qu’on ne remerciera jamais assez d’avoir relancé J.Press ou Woolrich.
Eux, le style couillu, ils le cultivent depuis un moment.
Ils ne l’ont même jamais lâché depuis l’occupation américaine, mais le retour officiel date de 2006, quelques mois avant la sortie du fameux magazine Free & Easy, référence du genre. Le culte du Blanc chez le Japonais n’est même pas une nouveauté : l’hôte de James Bond dans On ne vit que deux fois, directeur des services de renseignement japonais, en parlait déjà. Cette religion de la tradition blanche, faisant suite à l’occupation US des années post WWII, n’a pas uniquement maintenu les céréales au p’tit-dèj’ ou les équipes de base-ball, mais tous les styles Ivy League, workwear et military wear, celui des expat’ US et des bidasses de l’époque.
En 1965 y sortit d’ailleurs Take Ivy, un recueil photographique (se vendant aujourd’hui à prix d’or sur eBay) sur le style des étudiants des différents campus universitaires de la Ivy League : Harvard, Yale, etc. et surtout Princeton et son étiquette très précise, afin d’être bien étiqueté justement. Livre commandité par un designer japonais, Kensuke Ishizu, le fondateur de Van Jacket, un Ralph Lauren avant l’heure, complètement à fond sur le style Ivy. Heavy Ivy en quelque sorte.
Avec aujourd’hui Daiki Suzuki de Engineered Garments et Woolrich Woolen Mills, les Japonais ont travaillé l’Occident au corps, préparé un retour qui ne pouvait pas ne pas être. Une nécessité. Le retour du style masculin classique, viril, simple et sans fioritures.
À se demander comment on serait habillé en 2009, si les Japonais n’étaient pas là. Heureusement que les USA se sont contentés d’annihiler deux villes seulement.
Or à quelques dizaines de milliers kilomètres de là, les anciens adeptes d’Odin et de Thor ont trouvé, grâce à Internet, une plateforme pour promouvoir un style simple, décontracté mais toujours bien habillé. Brat mais pas trop, un peu Beat Brat, un pas cool devenu cool.
La simplicité de l’éthique protestante, label WSP, White Scandinavian Protestants, cette culture égalitariste empêchant moralement un style trop différencié et ostentatoire.
Et petit à petit, ces deux courants, ces deux cultures du style géographiquement opposées ont réanimé des icônes oubliées : James Dean, Marlon Brando et Steve McQueen d’un côté, la famille Kennedy de l’autre.
Rappel de simplicité et de virilité.
Interprétation parfaite d’un style gentleman et fonctionnel. Bien sapé et bien pensé.
“C’est le contrecoup de la mode metrosexuelle et plus généralement une réaction à une mode qui était devenue trop difficile à porter pour le consommateur“ (Minya, BPMW).
Tout le monde ne peut pas se permettre un skinny, encore moins du Gareth Pugh. Il y a aussi des mecs qui veulent s’habiller normalement sans avoir l’air d’une chauve-souris. Ou de leur petite soeur.
D’autant plus dans une période back to the roots : avec la crise, c’est l’heure du retour aux vraies valeurs vraies, en tout cas à des choses plus simples, plus durables.
“Quality over quantity“ comme dirait Nikolaj Nielsen de Won Hundred. Qui peut le plus peut le moins, comme on dirait nous. La dépression économique, de laquelle nous sommes soi-disant sortis, a catalysé cette tendance, l’a généralisée en quelques mois seulement. La fin de la “fashion frenzie“ et retour aux vêtements, comme dirait Michael Williams de A Continuous Lean dans une récente interview.
Les mots “pratique“ et “utile“ n’ont jamais été autant utilisés pour décrire des vêtements, styles ou collections. Champ lexical planté au milieu du jardin potager de la mode.
Ou comme le disent les suédois d’Our Legacy ou de Won Hundred : “designer des vêtements dans lesquels on peut vivre, qu’on peut porter aussi bien la journée que le soir“.
L’angélique Classic Americana
Selon Jamie Barshall, le directeur artistique de Penfield USA : “Il semble qu’il y ait un intérêt grandissant pour un style plus brut, plus authentique ainsi que pour les vêtements fonctionnels et avec lesquels il est possible de vieillir.“
Retour en arrière. XVIIè siècle, les WASP colonisent l’Amérique et un siècle après, il est temps de fonder cette nouvelle nation. Et pour cela, il faut se laver des derniers remugles de cette Europe décadente qu’on a quittée, de cette barbarie civilisée qu’était le Vieux Continent selon les fils du Mayflower. Pour se régénérer, il faut se purifier.
La Nature est leur nouvel Eden, et l’Amérindien est le Bon Sauvage, innocent comme l’enfant, que la civilisation a épargné. Le mythe (et le mythe seulement) du Peau-rouge est le seul moyen pour l’Européen immigré de devenir Américain, de se nettoyer de son passé, délivré de l’Européen putrescent qui sommeille en lui.
D’où le délire American Native chez tous nos voisins cain-cains.
Mais ruse de la raison blanche et épreuve des faits, le bon sauvage fait tache à l’horizon des treize colonies originelles, quand va sonner l’heure de l’expansion vers l’ouest. Pour goûter pleinement ces grands espaces, il va falloir éradiquer ces vestiges humains du paradis perdu. Le rousseauisme luthérien est un angélisme exterminateur.
Paradoxe de la psyché américaine et culpabilité fonctionnelle, les États-Unis ont gardé ce mythe intact.
Sebago par exemple, une des marques preppies emblématiques, initialement Sebago-Moc, n’a de cesse de tenter de faire vivre ce mythe à son échelle locale, un coin marin de l’État du Maine et le souvenir de la tribu Abenaki qui y vivait. En rappelant que l’origine de son nom vient du dialecte indien et que la source de sa réussite, son mocassin, est un héritage direct de cette tribu. C’est beau…
Tout change pour que rien ne change : désormais on achète de l’imprimé Navajo et on regarde Into the Wild bien calé dans sa chemise Penfield. Le premier pour le Sauvage et le second pour la Nature.
Mais attention, si Penfield et tout l’outerwear revient, ce n’est pas parce que le workwear revient. Un bleu de travail ne signifie pas la même chose qu’une veste Mackinaw chez les Américains. L’outerwear, c’est la pureté bio. C’est cucul mais c’est comme ça.
Avec le workwear et le military wear en revanche, l’Américain retrouve son père et la nostalgie d’un pays qui travaille à l’usine, sauf qu’il n’y en a (presque) plus, des usines : Detroit, c’est du vent qui souffle sur des ruines.
Car en ce moment, là-bas, le retour aux sources est une nécessité, et de nécessité vertu : un besoin. Et même un ersatz, ça se passe comme ça chez les WASP : le travail c’est la pureté, aussi. De préférence le travail manuel, physique, parce que le corps c’est impur, et il faut le faire souffrir, c’est mieux.
Déclinaison de la pureté à tout bout de champ. À tout bout de chant aryen.
Americana x Europa
Si le Classic Americana s’est imposé, il a ouvert la voie au Classic Brittannica. Mais si l’on dirait qu’ils parlent la même langue, ce sont deux univers différents. Très. Un genre de match Penfield et Brooks Brothers vs. Barbour et la chasse à courre.
Car cet outerwear anglais est hyper civilisé, lui, reflet d’une vieille société organisée en classes sociales bien séparées. Pyramide des castes qui n’a rien à voir avec l’ordre démocratique du Nouveau Monde (le premier qui cite Tocqueville aura le bonnet d’âne BHL…)
Si le Classic Brittannica perce lui aussi pour des raisons de nostalgie là encore, il s’agit d’une autre sorte de nostalgie. Celle des hiérarchies “naturelles“, autrement dit : sociales. Ivy made in U.K., le WASP britton veut retourner à sa pureté à lui. Aristo d’un côté, prolo de l’autre.
À ce Classic Brittannica dont certains designers se sont déjà emparés. Le prince Harry, en égérie Junya Watanabe F/W 2009, ça le changerait d’Hugo Boss, collection F/W 1938…
Junya Watanabe est en effet un genre de visionnaire : quand Watanabe dit, tout le monde suit (et ce n’est pas Michelle Obama qui dira le contraire). Watanabe a donc décidé que son 2009 à lui sera outerwear anglais, cf. sa collab’ avec Tricker’s : 2010 suivra le précepte.
Barbour chez J.Crew, et le retour de la brogues à la Grenson, richelieu à bout fleuri, qui va succéder à Red Wing pour le titre de la bottine de l’hiver.
Le Classic Brittanica ramène à la décontraction à la James Bond, toujours bien habillé, jamais tiré à quatre épingles ni trop débraillé.
À l’opposé du Preppy, le Trad exagéré, un Balzac tendant vers le Disraeli, trop de couleurs, et pas assez de simplicité. Trop BCBG, trop cul-serré, allant à l’encontre de la décontraction affichée par les Beats eux-mêmes qui inspirent tant de nouvelles collections, à commencer par Our Legacy.
Le besoin de nonchalance feinte après trop d’années de mecs trop visiblement apprêtés… Le retour de la Sprezzatura de Castiglione, ce comte lombard qui écrivit le Livre du Courtisan, l’art de donner l’impression que tout se fait naturellement, sans effort. Ou de tous ces papa Italiens dont Scott Schuman (Mr. Sartorialist) raffole tant, super bien sapés, mais toujours avec cette nonchalance si méditerranéenne.
“Le vrai art est celui qui ne semble être art“ : c’est ça, le vrai style, et ça n’a pas changé depuis le XVIè siècle.
Ivy en veux-tu?
Le nouveau mag’ féminin en avait fait son accroche à la rentrée. Grazie mille Grazia, les garces vont s’y mettre aussi. C’est la merde, c’est tendance, “tradibranché“ qu’elles ont dit.
Mainstream vous voilà.
Vous allez vous en prendre, du jus de couilles.
Un cas d’école.
Harvard Yard.
La nouvelle idée de l’école du même nom. École a priori pas du tout en manque d’argent -plus de 30 milliards d’actifs- mais sacrément intéressée par le retour du style preppy universitaire.
On ne parle pas de vêtements logotés comme il en existe dans toutes les universités anglo-saxonnes et dont Chinatown vendait déjà les contrefaçons pour une poignée de dollars, à côté des tees I <3 NY.
Harvard vous propose désormais bien plus qu’un simple pull pour aller jogger le dimanche. Carrément la gamme complète « bacon – lettuce – tomatoes », composée de chemises, de shorts, de pantalons, et autres sweaters, pour arriver beau comme un camion, ou plutôt comme la Porsche du paternel, dans la maison familiale des Hamptons ou à son cours de marketing, le mardi matin, dans la salle Procter & Gamble.
La fameuse faculté bostonienne a franchi un nouveau cap, en matière de diversification en tout cas.
Maintenant on peut vivre Harvard, la tasse de café la matin, le polo’ et le futal bien enfilés pour ensuite aller passer sa journée dans l’amphi’ et finir à la salle de sport universitaire en jogging et t-shirt. Le tout, fabriqué par ta faculté.
Scholar fashion for corporate studies… Paternalisme new age ?
Un lifestyle comme un autre pour les blasés mais un lifestyle à 165$ le futal.
C’est Carlton qui aurait été content, beau gosse en Harvard Yard prêt pour aller cruiser dans les rues de Bel-Air.
Ou plutôt en vrai les ados du Upper East Side, cette foule de dents blanches comme leur avenir qui ne peut faire autrement que d’intégrer Harvard comme papa et comme papy qui vont être contents, leurs rejetons habillés de la tête aux pieds comme avant.
Et peut-être aussi les papas oligarques russes, et leurs étudiants de fils placés en mathématiques pour compter les gazodollars de retour au pays….
Parce que, nous, on ne voit pas qui d’autres pourraient porter ça.
Ni les mecs de Yale, et encore moins leurs propres diplômés, ni les ouvriers de General Motors
Pourquoi lâcheraient-ils Brooks & Brothers ou J.Crew pour Harvard Yard?
Surtout que l’entreprise gérant la licence est la même…. Wearwolf Group Ltd. Ça sent l’économie d’échelle à plein nez. Et l’opportunisme pas très finaud pour le coup.
Preuve criante de la mauvaise gestion de l’école ces dernières années, qui a pourtant la réputation de former les soi-disant meilleurs gestionnaires du monde…
On les verra peut-être l’année prochaine ouvrir un flagship store sur la 5è Avenue à New York City à côté d’Abercrombie ou demander à Yoox de leur faire un site de vente en ligne. À côté de programs sur le site, on y trouvera un online store, et MenStyle aura des bannières Harvard « Pour toute admission à la Harvard Business School, une chemise Oxford offerte ».
Ce sont les mecs de StyleForum qui en rient bien en tout cas.
Et nous avec.
Il ne manque plus que les capotes. Ils pourraient peut-être demander à l’UMP leur fournisseur.
« Je baise preppy ».
GODILLOTS
juillet 31, 2009 by Cuisto
Filed under Vêtement, Webmagazine
C’est marrant à Paris, l’été, le vrai été, quand il fait chaud, bien chaud comme il sied à une idée d’été, c’est en juin. En général.
Du coup en juillet fin du mois comme celui-ci, on peut presque remettre sa petite laine ou sa sur-chemise et commencer à renifler les frimas de l’automne.
À attendre la grippe et voir les masques fleurir.
Mais humhum, pourquoi tu nous racontes tes histoires de grenouille dignes d’un vieux schnock qui prend son dessert devant la météo après le JT, en attendant d’entendre la bouilloire bouillir pour la verveine et hop, au lit ??
Parce qu’on est curieux, très curieux de voir comment les Parisiens tendance vont se prendre la vague des boots dans la gueule.
Parce qu’on parlait de pandémie virale mais avec ces chaussures façon groles de prolo Ferdinand Bardamu à Détroit 5:00 du mat’ j’ai pas de frissons parce que je suis en mode after mais parce qu’il fait froid et j’ai 10 heures de taf à la chaîne à faire et c’est pas drôle, avec ces godasses là, c’est carrément une épidémie.
Il y en a partout.
Par-tout.
Comme si les marques on s’habille classique chic on arrête les androgynes on veut des mecs à couilles avec du pognon sur le compte en banque et des qui s’assument, s’étaient données le mot.
De Timberland (évidemment) à RRL (merci à ACL pour les tofs), de APC à Wings & Horns (photo ci-dessus), de Our Legacy à Tricker’s x Kurt Geiger, de B Store à Beryll, Loake, Dr Martens, Vasque (Sundowner), Limmer et j’en oublie, plein.
Les boots sont le hit.
It-shoes : terminées les desert boots et si t’es vraiment à la pointe du truc, les machins en cuir pointus je suis trop un rocker la preuve j’écoute… Phoenix, tu vas trouver ça du dernier ridicule. Carrément tapette.
On se marre d’avance de voir les mecs avec une garde robe remplie depuis 3 ans de jeans fittés essayer de chevaucher cette nouvelle vague.
Alors oui, ça faisait un moment qu’on avait vu les Red Wing chez Blue Cheese par exemple, mais ça, ça se comprend : c’est l’habituelle clientèle vieux ou jeunes briscards je connais mes coutures Levi’s vintage par année de production et je t’emmerde ma moto fait plus de bruit que la tienne et quand je fais l’amour à ma meuf je lui mets des traces d’huile de moteur sur la fesse et elle kiffe parce que ça va bien avec ses tatoos à l’encre noire…
Mais là, on en a vu de nos yeux vus en vrai dans le Marais, des Red Wing en vitrine et là, c’est le signe.
La fin. Ou le début plutôt.
Parce que sur le web, c’est l’épidémie j’te dis.
Des godasses de mecs du bâtiment ou de bûcherons des Appalaches, il n’y a que ça. Et ça va continuer au printemps prochain.
Workwear que tu vas dire pour montrer que tu t’y connais un minimum.

Godillots de workers : la revanche du mineur de fond après disparition des derniers specimen au Nord c’étaient les Corons.
Ou la victoire définitive du bourgeois, ça dépend du point de vue : parce que si le workwear fait partie de la panoplie obligée du streetwear, aujourd’hui ce workwear-là, c’est pas pour porter ses boots sur un charpentier mon cher, mais avec un total look qui va te coûter dans les 800 € tout compris. À peu près.
Sans compter la paire de boots.
C’est pas la crise pour tout le monde, je te le dis mon ami.












