HUILEUX ET SULFUREUX


Ça fait longtemps qu’on vous a pas parlés pétrolette.
Ça fait même un moment qu’on n’a pas posté tout court.
Vacances et ère du vide, diptyque paradiso-infernale.

On revient donc pour vous parler bécane, allemande, et pas Bayerische Motoren Werke AG, non, mieux.

Zündapp, Zünder und Apparatebau, détonateur et appareil, association de l’homme d’affaires, Fritz Neumeyer avec Krupp et un autre machiniste du nom de Thiel (rien à voir avec les photographes) de 1917.
Spécialiste du détonateur durant la guerre avant de séparer de ses collaborateurs pour la jouer solo.
Neumeyer en passe de devenir un poor lonesome biker.
Mais pas encore.

Conséquence collatérale du Traité de Versailles peut-être, conséquence directe de la baisse de vente d’armes certainement, Zundäpp se lance dans la construction de machines à écrire, de dynamos et autres produits, tout étant bon pour mettre de l’huile dans le moteur industriel.

Roi de la débrouille par temps difficile, il décide de se lancer dans la production de moto en 1921.
Pas là pour faire de la marge, plutôt du volume. Car Neumeyer n’est pas un homme d’affaires né de la dernière pluie, redresseur qu’il est de maisons branlantes depuis déjà quelques temps : le business, il connaît.

Il a du flair, et comprend que la motorisation est en marche.
On n’arrête pas le progrès, mais la traction hippomobile, si.
La voiture est, selon lui, un produit trop haut de gamme pour le moment, il préfère donc concentrer son activité vers un produit plus cheap et moins chic, alors, les motos.

Son motto : « Volksmotorrad », une moto pour tous.
Offrir le meilleur rapport qualité/prix pour équiper une Allemagne en pleine reconstruction et modernisation dans la mouise économique.

La « Volksmotorrad » se concrétise dans la Z22 en 1921.

Simple, sans fioritures, victorieuse de quelques courses régionales et surtout abordable pour un Allemand pas très friqué, même si elle atteindra le prix de 1 200 millions de millions de mark en novembre 1923 pendant l’hyperinflation de Weimar, soit 286$ d’époque.

Anecdote dans l’anecdote, revenons à nos motos.
Techniquement pas géniale, il fallait même huiler le moteur de temps en temps au moyen d’une petite pompe, mais surtout bon coup marketing.
Adéquation avec les désirs de progrès et de déplacement des alboches.
Car cet Allemand, Neumeyer, en a dans la caboche.

En 1929, la marque rationalise sa production à l’heure où la crise pointe le bout de son nez aux USA et où 25 000 Zündapp sortent des usines.
5 000 en 1931.
Qui dit crise dit mesures de crise.
Neumeyer est dans les bons coups et propose des modèles meilleur marché, moins puissants mais montés sur des cadres standards.
Gestion des actifs et systématisation.
De la pétrolette pour prolétaires.

Ellipse pour arriver aux anecdotes sulfureuses.
Parce que forcément quand on fait des motos en Allemagne à cette époque, et surtout parmi le peu ayant été capable de sortir de la crise, on se retrouve à s’acoquiner d’une façon ou d’une autre avec le moustachu autrichien.

Contextualisation.
Salon de l’automobile de 1933 dans le collimateur, une rumeur court quant aux possibles orientations de Hitler au sujet de la motorisation de l’Allemagne s’il accède au pouvoir.
Ajustement marketing toujours mais pour un marché potentiel.
Ou souhaité.
Question sans réponse.
Neumeyer fait dans la prévision et dans la provision.
En tout cas, Hitler se pointe bel et bien en Chancelier au Salon en 1933 et peut alors admirer les grosses cylindrées récemment développées par Neumeyer et son équipe.
Plus vraiment de la moto grand public, il faut un porte-monnaie mieux garni pour une K500 ou une K800.
Un portefeuille d’État, par exemple.
Notamment, à partir de 1939, année voyant la mise en place d’une législation limitant l’expansion civile des sociétés automobiles.
Transformant Zündapp en entreprise à client unique en 1940, ce client n’étant autre que le IIIè Reich.
Aboutissement logique d’une entreprise fournisseur de la Reichswehr puis de la Wehrmacht avec BMW, justement, meilleur ennemi.

Et c’est là que la marque va se distinguer, et que les pièces du puzzle vont s’assembler.
Car les motos, pour la blitzkrieg et après, vont aussi bien roulées solo qu’attelées.
Et il va donc falloir penser à développer un système adapté.
Développement de marche arrière, renfort entre le side-car et la moto afin d’éviter les décrochages et de passer aisément les bourbiers.
Cahier des charges proposé par l’État.

Zündäpp surpasse BMW dans l’appel d’offre en proposant simplement un meilleur système de pont, de freinage hydraulique et le culbuté.
Cette dernière est donc gentiment invitée à copier le tout par le Haut Commandement, et ce sans avoir à payer de royalties à Zündapp.
Hans-Friedrich Neumeyer, fils de, ayant gracieusement décidé d’offrir cela à son concurrent.
Grand prince chez Zündapp….
Ou grand suiveur du fameux guide…

Donc oui, la moto que tu as vu dans Papa Schultz ou La Grande Vadrouille n’est sûrement pas une BMW, et si elle l’est, elle n’est qu’ersatz de la KS750.

L’après-guerre sera moins faste pour Zündapp, d’une part à cause des restrictions imposées à l’Allemagne obligeant les constructeurs à arrêter les grosses cylindrées et d’autre part, des suites d’une mauvaise gestion et de mauvais choix, notamment sportifs.

Le scooter Bella, à défaut de devenir une icône Dolce Vita dans le monde de la choucroute, a cependant été une réussite tout comme la KS601, version améliorée de la KS600 (tubulaire, fourche télescopique et freins en alliage léger, entre autres) qui en firent une vraie machine sportive, prête à affronter encore une fois BMW.
Une KS601 qui une fois attelée devenait ce fameux « éléphant ».
Mais l’atout marketing d’un bon produit bien fini et bon rapport qualité prix ne fonctionne plus.
Zündapp a raté le virage du cool, contrairement à la marque au logo bleu, blanc, noir.

Passé ambigu, et c’est là tout l’intérêt.
Disparition en 1984.
Au panthéon moto désormais, du coté des marques d’antan pas très propres.
Marque anecdotique et atypique.
Huile et sulfure.


COMICS’ TRIP


On t’a tantôt demandé si tu te souvenais de Panini, on ne te refera pas la même avec Carambar car la comparaison ici n’est pas à la hauteur.

Loin d’eux les blagues à deux balles, les jeux de mots bidons sortis de l’imagination d’attardés de la rigolade.

Même si l’humour s’adressait également aux enfants, les « comics » ou bandes déssinées que l’on trouvait et que l’on trouve encore dans certains chewing-gums du pays à la bannière étoilée étaient beaucoup plus travaillées que les deux, trois lignes pseudo marrantes frappées dans le papier jaune pisse de nos barres caramélisées.

Bah ouais, désolé de le constater encore une fois, mais même si chez nous Malabar usera un temps le concept, il est évident que l’on sait mieux mettre les formes quand il s’agit de vendre chez les Amerlocs.

Ils pousseront le vice jusqu’à demander aux bambins de collectionner ces BD et d’en renvoyer au siège de leurs entreprises avec parfois quelques cents de plus afin d’obtenir un petit gadget en retour.

La crème de la crème de l’enfilade, une vraie mise en abîme marketing qui leur était mise bien profond avec ça, ils sont doués qu’on te dit.

Des persos comme Dub & Bub tout d’abord puis Pud par la suite chez Fleer et le fameux Joe Bazooka et son Gang chez Topps seront de vrais agents à la solde des compagnies, créés pour développer un divertissant engouement et une course à l’accumulation chez les mômes.


ART GENTIQUE


William Gale Gedney : un regard impartial sur les Etats-Unis. De son balcon de New York à l’ouest des Appalaches. Personne ne semble mis de côté.
C’est l’Amérique d’après-guerre, la deuxième. Témoignage, des fifties aux eighties.

Son objectif a aussi vagabondé en Europe, ou en Inde.
Au final, du berceau à la tombe, pas moins de 50.000 documents photographiés et écrits. Le sacerdoce d’une vie.
Patrimoine cohérent et égal mais pendant longtemps : silence radio de la reconnaissance.

Il faudra attendre 2000 pour qu’une exposition digne de son nom lui soit consacrée, c’est le MOMA de San Francisco qui s’y collera.
Un intérêt grandissant pour son œuvre qui justifiera la publication de What Was True: The Photographs and Notebooks of William Gedney.

Élégance argentique.
Réalisme noir sur blanc.


SCANNESDALOUS #10


Midnight Express d’Alan Parker projeté en 1978, jugé pornographique par certains, raciste par d’autres.
Le film permettra plus tard la négociation de prisonniers entre Turquie et Etats-unis.


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