ELSA MARTINELLI















PROPAGANDE DE VELOURS

« Le commerce offre des exemples imagés des effets que certains groupes d’intérêt peuvent produire sur le public. Prenons le cas d’industriels du textile menacés de perdre leur marché. Le problème s’est posé il y a quelque temps aux fabricants de velours, acculés à la faillite parce que leur produit s’était démodé. Après analyse, il s’avéra qu’il était impossible de ressusciter la mode du velours en Amérique. Ils se lancèrent alors dans la recherche anatomique du point vital. Paris ! Évidemment ! Ils se refusèrent pourtant à tout miser dessus. Paris est la capitale de la mode, Lyon la capitale de la soie. L’attaque devait être portée à la source. Décision fut prise de cibler l’objectif sans rien laisser au hasard, en utilisant les grands foyers de la mode pour influencer le public, puis de mettre sur pied un département de mode spécialisé dans le velours et ouvertement soutenu par les industriels du textile. Sa première mission consistait à entrer en contact avec les manufactures lyonnaises et les couturiers parisiens pour s’informer de ce qu’ils faisaient, les encourager à prendre parti pour le velours et les aider en échange à bien exploiter leur production. Un Parisien intelligent fut enrôlé dans l’équipe. Il alla voir Lanvin et Worth, Agnès, Patou et d’autres afin de les inciter à employer le velours pour leurs modèles de robes et de chapeaux. Quant à la présentation de l’idée au grand public, elle se résuma à montrer aux acheteurs américains, ou plus précisément aux élégantes américaines, les créations en velours sorties des ateliers des couturiers et des modistes. Les femmes se mirent à porter du velours par goût, et parce que c’était à la mode.
Placés, eux aussi, devant cette situation objective (bien que délibérément fabriquée), les rédacteurs des magazines américains et les rédacteurs de mode des journaux américains en firent état dans leurs articles, soumettant à leur tour aux mêmes influences le grand public des consommateurs. Et, de fil en aiguille, le goût pour le velours s’étendit au pays tout entier. La demande créée lentement mais sûrement à Paris gagna l’Amérique. Un grand magasin désireux de s’imposer sur le marché de la mode présenta des robes et des chapeaux en velours conçus par des couturiers français, et rendit publics les télégrammes reçus de ces derniers. L’écho du nouveau style se propagea d’un bout à l’autre du pays, dans d’autres grands magasins animés par les mêmes ambitions. Les communiqués prirent le relais des dépêches, les échanges de courrier celui des télégrammes, et c’est habillée de velours de pied en cape que la voyageuse américaine apparut devant les photographes de presse venus attendre l’arrivée du bateau.
Cet enchaînement de circonstances fabriquées produisit l’effet voulu. « La mode volage revient au velours », ironisa un journal, mais des milliers de personnes purent garder leur emploi dans l’industrie textile américaine.
Si l’on envisage la société dans sa globalité, force est d’admettre que la nouvelle propagande sert plus souvent qu’on ne veut bien le croire à cerner les désirs des masses et à les réaliser. Pour qu’un désir de réforme s’inscrive dans les faits, il ne suffit pas que de nombreuses personnes le partagent : elles doivent l’exprimer assez clairement pour l’imposer avec force au législateur. Des millions de ménagères trouvent peut-être qu’il faudrait interdire la vente de certains produits manufacturés dangereux pour la santé. Leurs désirs individuels ont toutefois peu de chances de se concrétiser sur le plan juridique tant que cette exigence à moitié formulée ne sera pas dûment organisée, énoncée de façon à être entendue, expressément adressée au corps législatif ou au Congrès sous une forme à même de produire le résultat attendu. Sciemment ou non, ces ménagères recourent à la propagande pour orchestrer leur demande et obtenir qu’elle soit suivie d’effet.
Il n’en est pas moins évident que les minorités intelligentes doivent, en permanence et systématiquement, nous soumettre à leur propagande. Le prosélytisme actif de ces minorités qui conjuguent l’intérêt égoïste avec l’intérêt public est le ressort du progrès et du développement des États-Unis. Seule l’énergie déployée par quelques brillants cerveaux peut amener la population tout entière à prendre connaissance des idées nouvelles et à les appliquer.
Des petits groupes sont ainsi en mesure de nous faire penser ce qu’ils veulent sur un sujet donné. En règle générale, cependant, toute propagande a ses partisans et ses détracteurs, aussi acharnés les uns que les autres à convaincre la majorité. »
Voilà, on est juste des boloss. On se met au militaire sûrement parce que l’armée cherche à recruter.
Ou parce qu’un gouvernement invisible a des stocks à refourguer.
Blague à part, vrai bon bouquin à avoir.
Que tu bosses dans la mercatique, dans l’art ou toute autre chose.
Livre sacré des mondes politique et économique.
L’art et la manière de propager les idées.
Qu’elles soient ou non intéressées.

Probablement sur les tables de chevet de Poutine et Berlusconi depuis le berceau.
À côté d’Il Principe, parce que Propaganda dépend de Virtu et Fortuna.
Et avec les deux bien alliés, tu pourras devenir le nouvel Audigier.

Allez va lire et va bosser.
Nous, ici, on n’a pas encore compris.
SYLVA KOSCINA








































