FASHION WEAK
Voilà, ça y est, terminée la fashion week depuis mercredi mais on en redemanderait presque, pour suivre encore le fil des tweet discussions qu’on a du mal à ne pas qualifier d’hystérique…
Non mais franchement, putain con, comme on dit chez les cousins du Sud zinzin…
À la lecture jubilatrice de ces gazouillis fébriles, on s’est mis à repenser et revoir l’exercice de tir au canon sur le monde de la mode pratiqué par le film de Robert Altman, Prêt-à-Porter. 1994.
À tout ce dont il parlait, vanité, envie, jalousie, les sept pêchés et bien d’autres encore, pour en conclure que tous les pigeons sont loin de s’être fait plumer.
16 ans après, ils, elles sont encore plus nombreux au portillon, se marchant dessus sur le paillasson de cette porte qui une fois passée, leur donnera peut-être un jour le pouvoir de prononcer la sentence du Graal social, « je travaille dans la mode ». Serpillières sur lesquelles on s’essuiera les pieds et voiture balai pour la majorité.
Ce film pourtant, en tirant à vue sur tous les clichés que tout le monde à peu près s’imagine être réalité ne fait finalement que les renforcer, sans leur enlever une lichette de ce miel qui attire ces mouches.
Ironie de l’illusion avec un grand i, on peut dénoncer la basse cour, ses coquelets et ses poules qui cancanent et caquettent dans l’arrière-cour, le spectacle est plus fort que toi, Robert (RIP).
Ou, plutôt que d’essayer de jouer son Baudrillard en robe de chambre, on dira même mieux : que Altman, en rigolant méchamment et nous avec forcément, sur ce festival des vanités modeuses, cette parade des petites cruautés entre amis qui se bisent toujours et se baisent aussi, plutôt que de creuser le fossé entre la superficialité et la substance, celle-ci ayant même disparu -d’où le défilé final tout le monde à poil-, ne fait que rester sur l’apparence.
Simplement la face sombre. L’autre côté : comme le hater et le lover qui s’attachent au même objet.
Revers et avers de la même médaille, adoration ou aversion.
C’est vrai que faire un film sur le vrai travail derrière le derrière des catwalks, ça, ç’aurait été beaucoup moins drôle, il fallait bien faire un film pour Miramax. Et son gros patron de Harvey Weinstein ne voulait pas de la part de cette vieille gloire du ciné US couillu et papa du Nouvel Hollywood, un documentaire sur cette industrie.
Ça c’est chiant, d’ailleurs on n’en parle quasi jamais. Pas les magazines de mode non plus, parce que c’est censé ne pas intéresser : pas glamour.
Le produit, pas la production.
Faut que ça vibre tout ça, faut faire palpiter le palpitant, exciter l’œil du désir : l’industrie de la mode est une machine à rêves. Pas très nouveau de dire ça, sauf qu’on ne se rend pas forcément compte à quel point elle est universelle.
Peut-être la dernière fabrique à phantasme mondial.
Or la religion du vêtement va comme un gant à la génération de l’écran. Génération évidemment prête à tout comme celle d’avant, génuflexions, courtisaneries et dagues dans le dos pour intégrer le paradis terrestre.
Prête à tout pour se prendre une veste, pour la plupart.
Mais encore plus nombreuse.
VENTE DE DETAILS

Dans un monde où la différenciation n’est plus que marginale, le détail est roi.
Le combat se joue sur le bouton, le revers et la chaussette.
T’as intérêt à savoir où t’approvisionner.
On vous présente donc un fournisseur de distinctions en provenance du pays nippon.
Boutons et denim.
Boucles et magazines.
Encore une fois, les habitants du Soleil Levant sont là en renfort et X-Kaijin-X ne déroge pas à la règle.
Belle sélec’ et bon marché.

Lee Japon, Wrangler Nippon, Sugar Cane, Real McCoy’s dans ses coffres.
Mais son atout, c’est boucles et boutons, crochets et porte-clés, du détail à base de métal.
De quoi t’acheter une vieille Singer. Ou de te trouver une couturière.
Et de rajouter des chaînes à ton futal, pour te prendre pour Johnny Strabler, et aller vadrouiller en Harley, ou en Vincent, si tu sais.



Et, comme tout japonais de ce style se respectant, il fournit l’incontournable, Libre&Facile, un look book mensuel pour tes mirettes à laisser traîner bien en vue dans ton salon.

Fameuse encyclopédie recueillant tous les styles masculins modernes, que Diderot et D’Alembert n’auraient peut-être pas renié.
Avec ça, tu vas pouvoir te distinguer.
Le temps d’un mois, certes, mais c’est déjà ça.
UNE PEUR JAUNE
L’Italie Z a la cote.
Hélène Cattet et Bruno Forzani nous refont un vrai giallo comme les Italiens n’en font plus depuis 1977 à peu près.
Mettez vos cagoules et gants de cuir, prenez votre lame et filez en salle sombre : le film est sorti cette semaine.
Allez-y vite vite, ça va pas rester longtemps : 3 salles en France…
LOOK BOOKS

Comme personne ne réagit face aux manques de culture de sites parlant de Mode, on s’y colle.
Certes, il n’est pas nécessaire d’avoir un doctorat pour savoir de quoi on parle, mais quand on veut se placer en expert, c’est toujours mieux de feuilleter autre chose que des lookbooks.
Ce n’est pas parce qu’il y a book dans lookbook, que t’as ton quota de lecture annuelle.
Et ce ne sont pas non plus les quelques pages de texte du recueil de Scott Schuman ou celles d’American Fashion Menswear qui seront suffisantes.
Tout le monde parle de Mode, mais quasiment personne ne prend le temps de lire ceux qui savent en parler.
Et ainsi de suite, le ramassis de copiés/collés de CP ou de sites bidons lus et relus.
On a donc décidé de faire une sélection de livres sur la question.
Histoire de parfaire l’éducation d’un Internet un peu golmon.
Pour parler d’un sujet, c’est toujours mieux de commencer par consulter la littérature liée.
Subculture: The meaning of Style de Dick Hebdige
Le luxe éternel de Gilles Lipovetsky et Elyette Roux
Psychosociologie de la Mode de Marc-Alain Descamps
Système de la Mode de Roland Barthes
Philosophie de la Modernité de Georg Simmel
Les lois de l’imitation de Gabriel Tarde
Le peintre de la vie moderne de Charles Baudelaire
« Si tu ne sais pas écrire et que tu t’habilles chez Pimkie, ne fais pas un blog mode » dixit une lettrée modeuse.
Idem si tu as la prétention de tenir un truc à prétention Mode, sans jamais avoir ouvert un de ces livres.
Parce que là, il faut arrêter de déconner.
























