SUMMERTIME BLUES

juillet 28, 2010 by Cuisto  
Filed under Culture, Hell Yeah, Musique, Société, Vêtement

Eddie Cochran, ça te dit quelque chose?

Carrière éclair, impact tout sauf éphémère.

Vrai artiste du Rock, pas simple belle gueule sachant jouer de la gratte et se déhancher pour les pépés.
Percussions, guitare, chant, texte, il est bon le con.
Jeune et con, avec une carrière débutant à 17 ans.
En solo, en duo avec un autre Cochran, faux frère de sang, vrai frère de rang, ou en trio avec le celui qui le lancera solo, Jerry Capehart.

Okie de talent et de coeur, à l’inverse d’un Presley trop pressé d’enfiler un costume de parvenu.
Presley, pompeur de la culture Rock noire jusqu’au bout, version aseptisée pour une Amérique blanche et sèche.
Son look dans Loving You n’est d’ailleurs pas de lui mais de l’équipe de réalisation.
Dommage pour le mythe, mais lui n’a rien choisi.
Dans la réalité, c’était plutôt le look tape-à-l’oeil-pour-que-je-te-tape-dans-le-cul.
Héritage des musiciens noirs des années 1930.
Le look travailleur n’était pas accepté.

Contrairement à M. Cochran, vrai cowboy, vrai hillbilly issu de la musique country.
Normal, donc, pour lui de se produire sur scène tout en denim et en bottines.
Attachement à ses racines, Okie un jour, Okie toujours.
Et pas n’importe quel marque de denim.
Dès 1951, à 13 ans donc, Eddie Cochran se pavane en 501.
Un 501 qu’il quittera rarement et qu’il retroussera un peu au-dessus de sa cheville, un double ourlet d’un peu plus de six centimètres.
Pas d’accroc avec la meule de cette manière.
Un 501 assorti à une veste 506.
La 506, ou Type I, première veste Levi’s datant de 1936 avec une seule poche.
La 507 Type II avec deux poches n’arrivant qu’en 1953.
Enfin si tu suis LVC, tout ça tu le sais.

Les fondations du look rockab’ sont jetées pour l’éternité, là-bas et à l’étranger.
Johnny Hallyday pour l’étranger ou Ronnie Dawson ou Duane Eddy pour les locals only.
Et pas seulement, évidemment.

Tellement Levi’s que la marque lui a rendu hommage à lui et à sa rencontre avec Sharon Sheeley.
La légende veut qu’elle portait un 501 elle aussi ce fameux soir, qui scella plus qu’une entente professionnelle.
Une publicité tournée en plein revival Rockabilly dans les eighties ciblant la gent féminine sur un fond de Summertime Blues.
Ultime hommage pour celui qui permetta à la marque d’envisager un futur plus que régional.

Mort à 21 ans en tournée à Londres.
En total look denim ou pas.
On aimerait croire que oui, en tout cas.

COOL & MADISON MEN

juillet 24, 2010 by Cuisto  
Filed under Hell Yeah, Livre, Marketing, Société, Télévision

Bon, tu sais que Mad Men vient de reprendre.
Quatrième saison.
Bah c’est bien, on l’a dit.
On a fait trois lignes d’actu.

Mais si on te parle de Mad Men, c’est pour mieux te parler d’un autre truc.
Technique de l’entonnoir inversé, comme sur la tête d’un taré.

Parce que si ça t’intéresse vraiment ce monde de la pub, ce qui se tramait sur Madison Avenue dans les années 1960, alors on a un livre pour toi.

The conquest of cool: business culture, counterculture, and the rise of hip consumerism de Thomas Frank.

Titre accrocheur pour le hip que tu es.
C’est en le lisant qu’on avait découvert justement Bill Bernbach, la version originale et originelle de Don Draper.
Bernbach, le révolutionnaire, l’exemple de cette classe créative et de son avénement.
Le gestionnaire de comptes n’est plus enfant-roi, et le directeur artistique, et plus précisément le concepteur, quitte sa vie d’enfant-lune pour devenir Roi Soleil.
Et oui, parce que c’est ça la vraie trame de Mad Men, et Mad c’est pour Madison aussi, mais tu le sais déjà, non?

Le début de l’ascension de la Creative Class comme dirait Richard Florida.

Le début de la fin du cool aussi, marchandisation oblige.
La culture jeune arrive enfin aux oreilles de la classe dominante, et elle s’empresse de la retravailler pour mieux nous fourrer.
Et nous, petits chaussons aux pommes que nous sommes, on consomme.
On s’épanouit ainsi.
Hédonisme et consumérisme.
Contre-culture de masse.

On regrette seulement que Thomas Frank n’ait pas la plume de Lewis MacAdams mais son livre vaut le détour, malgré ce côté lourd.

Comme ça, t’auras un autre regard sur cette série.
Non, Mad Men, ce n’est pas simplement une série pour relancer l’esthétisme des sixties.
Il y a du fond, aussi.
À un moment, faut arrêter de mater les courbes nostalgiques de Christina Hendricks.

BELOU DES VILLES

juillet 22, 2010 by Cuisto  
Filed under Hell Yeah, Société, Vintage

« Un dimanche matin avec ma putain sur ma mobylette, j’lui passais la main entre les deux seins direction (bip)… »

Pas sûr du tout que ceux dont on va parler connaissent cette chanson bien de chez nous.
 Ni toi non plus d’ailleurs, cher lecteur : le refrain paillard juste après le digeo ou au fond du trou dans ta tête pleine de calva normand avec sa boule de glace entre le premier et le deuxième hors d’oeuvre, ça se perd.

Mais l’ongle de mon petit doigt que je viens de couper m’a dit avant de mourir jeté dans le cendrier qu’il avait senti un truc : l’arrivée de la mobylette sur les terres américaines.

On en avait déjà parlé il y a… putain oui, deux ans mais à l’époque on n’y croyait pas trop, à la hype 103 SP aux US.
Préférant y voir un des multiples crocs de boucher pour accrocher la viande ultra hipster.
 On les avait pourtant bien vues en vrai les 103, à Noho ou Nolita (New York, oui) mais on n’y croyait toujours pas : nous aussi, on a parfois des tranches de saucisson sur les yeux à la place des lunettes.

On préférait rester sur le fait que le scooter et surtout le Vespa avait effectivement envahi des parcelles du sol d’Oncle Sam, pas au point que San Francisco par exemple supplante Rome dans la hiérarchie des villes à moteurs à deux-temps mais quand même.
Option vintage ou pas.
Et mieux vaut pas si t’es vraiment bio dans ta tête, vu l’émission de CO dégagé par un tel petit moteur – le PX est interdit à la vente à cause de ça d’ailleurs depuis trois ans je crois – Yann Arthus-Bertrand, remonte dans ton avion encore plus polluant, va nous faire rêver, allez, va.

Donc ouais, mon petit doigt a soufflé à mon oreille récurée par mon ongle décédé que la motocyclette devenait hyper cool aux US.
, , , : chante avec Gogol.

Euh oui, tu peux dire mobylette aussi si t’es fan de Motobecane, mais sache que « mobylette » c’est comme « frigidaire », c’est une sorte de métonymie manufacturière – dis plutôt motocyclette si tu veux te la jouer puriste.

Ou « moped » si t’es slang geto chanmé, comme le gonzoïde en chef de Paris qui a évidemment repéré le phénomène (ici et ici), en s’enflammant un peu, c’est le jeu.
Car il semble bien que tous ces fans de pétrolettes ne fassent que singer les gangs de bikers : ce sont plus de gentils tatoués que des marlous enfouraillés.
Parenthèse théorème hyper-moderne : les post-modernes cherchaient à reproduire en retravaillant ce que faisaient déjà les modernes, les hyper-modernes se contentent de retravailler les reproductions, du coup ça vire souvent bâtard mais bref.

Et donc, comme d’hab’ incapables que l’on est chez nous de faire vivre un truc qui vient du fin fond de nos sillons abreuvés d’un sang impur, il a fallu que ce soit les chemises à carreaux de Brooklyn et d’ailleurs qui nous disent que c’était la classe la mobylette, pour que ça revienne ici.

Parce que ça va revenir.
Comme le pignon.
Si, si.
Le petit doigt j’ai dit…

Et quand on le sort du cul, le petit doigt, il vous fait une petite sélection photo.
Avec de la Peugeot, la brêle du belou.

Et la pièce de musée :

NIL NOVI SUB SOLE

juillet 20, 2010 by Cuisto  
Filed under Hell Yeah, Marketing, Vêtement

La viditude du web.

Prenons l’exemple d’une collaboration dont on dit qu’elle déchaîne les passions.
Dit seulement, parce qu’à part présenter en 140 signes A.P.C. d’un côté, et Carhartt de l’autre, toute la toile spé en a parlé, pour ne rien en dire.
Pareil évidemment, sur les grands supports très nobles et très distingués, comme Le Parisien.

Près d’une année que la rumeur prenait de de l’ampleur sur la toile pourtant.
Mais une fois publique, la nouvelle a plutôt fait pschit. Même sur les forums, pas de vraies polémiques.
À peine dans les commentaires.
Au mieux, pour dire que Joey Starr est un sucker.
Mouais, nous ça nous rappelle surtout que la fille Touitou était les deux pieds dans le rap français à sa grande époque (H.I.P H.O.P. l’émission, puis Delabel), cette époque où les lascars venaient ambiancer les D.A. de maisons de skeuds affamés…



La filiation a du bon car il semble bien que cette collaboration soit l’idée du fils Touitou, comme l’an dernier avec Supreme d’ailleurs, l’anecdotique collab’, inoubliable car sommet de l’oubliable.

Pour parler de celle-ci, certains crétins présentent cette collab’ comme un match sur le terrain de coton entre France et USA…
C’est cela oui : à tous les coups ça marche, cette idée a été manigancée par Carhartt Europe a.k.a. Carhartt Streetwear, entité Vieux Continent de Carhartt US bien séparée.
La maison mère ne se risquera d’ailleurs sûrement plus trop trop à continuer sur la voie de la mode, après avoir reçu nombre de lettres incendiaires « j’suis pas cotisant d’un syndicat ouvrier pour voir Carhartt se transformer en marque de runaways », pour avoir voulu se la jouer en organisant des défilés.

C’est chez une autre population d’Amerloques que cette collaboration bicéphale va sûrement faire mouche : ces Ricains en mal de workwear repensé, de toile brune mieux taillée, de coutil de travail pour cols blancs. Ces ouvriers de l’écran.
Sachant leur éjaculation l’an dernier à l’arrivée de Carhartt Europe dans certaines boutiques US, plus la touche A.P.C. ici apposée, on voit mal autre chose qu’un gros bingo. Les familles de truckers vont être rassurés de voir leurs fils avec un logo de travailleur.



Au Japon, cela risque d’être une autre histoire de chiffons, puisque le terrain semble occupé et bien occupé par les collab’ Carhartt, Streetwear toujours, mais avec Watanabe – et l’on songe avec une larme de victime aux doudounes de l’an dernier, en pensant à celle de Fall WInter prochain pour se remettre d’appoint. Mais au regard du vivier de Japonais kiffant A.P.C., l’offre trouvera sûrement un débouché, comme dirait M. Jean-Baptiste Say.



Du coup, on repense au blog de Touitou sur Honeyee, où cette collab’ était annoncée dès le 26 juin, alors que la meute des gros poissons dans la piscine du web Mode Homme ont mis 15 jours à frétiller de la queue dessus… elle est passée où, la proverbiale réactivité du Net ?
On attend les CP officiels, exactement comme la presse d’avant : queue de poisson ?

Et on repense aux critiques plus ou moins virulentes de Touitou sur ce qu’on appelait dans le temps la blogosphère (cf. entre autres, son entretien avec Michael Williams d’ACL, tellement bien qu’il a été supprimé)… Rigolade par devers soi : A.P.C. n’aurait certainement pas le même statut aujourd’hui sans les onanistes du Net, capables d’en faire des tonnes, par exemple sur l’ouverture d’une boutique de la marque à l’acronyme en trois lettres, à Dover Street (Londres, pas loin du Market riverain).

Mais bref, avec cette capsule, A.P.C. devient le gentil colporteur, un Noé du prêt-à-porter offrant une sélection de co-brandés.
Plutôt que de se la jouer J.Crew et de simplement distribuer.
Mercatiquement parlant pour A.P.C. et politiquement pour la marque au C, la collaboration est le point optimum dans l’équation de la distribution.

Nil novi sub sole : rien de nouveau sous le soleil.
Autrement dit : sert pas à grand-chose pour les Européens. Il en sera autrement pour les Nippons et les Ricains.