CANARD BOITEUX

juillet 27, 2010 by Cuisto  
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Maintenant qu’on est dans le foot quand plus personne n’en parle plus et surtout pas Rama Yadelafriture, autant revenir sur le plus grand footballeur de la Selaçao.
Non, pas Pelé. Garrincha.

Pas Pelé, parce que c’est comme ça.
Parce qu’il nous les brise sévère le do Nascimento, comme un Kaka tout dur avec ses histoires de catéchisme évangéliste, l’ego scandalisé par la concurrence dans sa course à la première place dans l’Histoire du foot avec l’ancien pote de la Camorra (une rumeur a couru qu’il reviendrait à Naples, comme entraîneur… ils veulent le tuer là, le petit gros).
Ce Pelé qui ose même dénier au Pibe de Oro le droit d’être dans la course parce que le petit taureau à la nuque longue n’est pas un modèle de vertu : principes à la façon de notre poète gaulois, le Rolland des ronces et des veaux, Thierry de son prénom, évangiles selon saints Bouvard et Pécuchet qui condamnent encore aujourd’hui le gaucher interspatial pour ses manières de toxico.

Apparemment les Chrétiens ne sont pas aimables aux pécheurs. Comprenne qui pourra.
Mais foin des grenouilles de bénitier ou des crapauds du micro.

Garrincha, de son vrai nom à rallonge Manoel Francisco dos Santos est un enfant de la balle, un petit mecton jouant dans le ruisseau, l’air souffreteux.

Pas la rate qui se dilate, mais la colonne (vertébrale) de traviole, une jambe plus grande que l’autre et un pied et un genou tordus, d’où un de ses surnoms : O Anjo de Pernas Tordas, l’Ange aux jambes tordues.
La source de son chaloupement et de son fameux crochet du droit, cette danse de Saint-Gui qui rendaient les défenseurs tout d’un coup fous dingues face à ce petit trapu boiteux.
J’avais lu petit dans un livre d’histoire à la Saccomano (z’êtes tarés, iTélé…) qu’il avait toujours ce même dribble, je crois que c’était un peu exagéré.

Regardez au moins le générique de la première vidéo sur les trois parties retraçant sa biographie balle au pied.

Les médecins lui avaient conseillé une opération lourde du genou, mais la blouse blanche de la Seleçao lui a heureusement épargné le bistouri charcutier.

Mais il fallût qu’il soit très, très fort pour arriver jusqu’à rencontrer ce médecin charitable : personne ne voulait de lui quand il était gamin, on prend pas un estropié dans les centres de formation (rappel de la bio Platini : trop maigrelet et chétif, lui aussi fut refusé par le club de sa ville, le FC Metz, pour se retrouver à Nancy… exactement le même délire que tous les recruteurs français actuels qui privilégient les armoires athlétiques aux gringalets méphitiques).

Son talent hors normes lui ouvrit toutefois les portes du Botafogo FC en 1953.

Vraiment hors normes, le gars Garrincha, sur le terrain comme parmi les siens : déjà alcoolique à 17 ans à ce qu’il paraît, il est aussi le grand-père putatif de tous les Ronaldinho et autre Adriano : accro à la chatte.
D’où ses ennuis avec l’épiscopat brésilien quand il largue sa première femme et ses sept enfants pour une gloire de la samba : le peuple voudrait des modèles, il veut des idoles qui lui ressemblent – et me parle pas de populisme s’il te plaît – il y a encore des jeunes de là-bas et de maintenant qui portent un t-shirt à son effigie, vu de nous yeux vus.

Car c’est lui qui emmène le Brésil sur la route du titre suprême en 58 en Suède mais on ne parlera plus tard de cette année que comme celle de l’arrivée de Pelé sur le circuit.
Quatre ans plus tard, il a bien fallu se rendre à l’évidence : Pelé blessé, c’est encore lui qui gagne le Mundial à lui tout seul presque, conduisant les Auriverde sur la route du doublé en 1962 au Chili – doublé jamais renouvelé par une autre équipe depuis.

Mais l’alcool, les femmes (et le reste sûrement…), ça marque son homme.
En 66 en Angleterre, il n’est plus que l’ombre de lui-même, Botafogo l’avait déjà renvoyé à coups de pied au derche en ayant capitalisé et enfermé dans une cage celui qui avait le nom d’un petit oiseau (sic pro domo et explications : un garrincha est un oiseau chantant des tropiques) : le Real et la Juve le voulaient, il ne viendra jamais.

On ne transférait pas de joueurs locaux à l’époque de la dictature militaire… Seul Kissinger y arrivera plus tard pour Pelé chez les yankees.

Grandeur et décadence forcément, même le Red Star a pu faire croire qu’il allait importer un vieux (à l’échelle footballistique) Garrincha à St Ouen, c’est pour dire.

Il mourra jeune : 48 ans.

In memoriam.

LA PLUS BELLE MECHE

juillet 26, 2010 by Cuisto  
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Si certaine était l’été, d’autre était la mèche.
Une mèche tombant nonchalamment sur le visage d’une des plus belles femmes de son époque.
Une mèche, pour mieux jouer de sa beauté.
Cette mèche se prénommait Veronica Lake.

Elle était celle qui faisait la pluie et le beau temps sur les tempes des Américaines.
Tellement, que l’État la mandata pour propager une coupe plus adéquat pour les travailleuses de l’arrière.

Un nom de scène, Lake, en accord avec la couleur de ses yeux.

Un surnom, « The Bitch » en accord avec son attitude.

Capricieuse, schizophrénique et alcoolique, elle détruisit sa carrière et sa famille.
Pour finir serveuse dans un bar de Baltimore.
Et mourir d’hépatite.

« Je n’étais pas un Sex symbol, mais un Sex zombie »

Quoi qu’il en soit, elle était une Femme Fatale.
Et la mèche de Jessica Rabbit.

LE VRAI PIED D’OR

juillet 23, 2010 by Cuisto  
Filed under Helleluia, Sport

Blague de la Copa del Mundo, Messi ceci, Messi cela, danseur de tango avec le ballon.
Fils de ou plutôt héritier de Diego, la nariz de Oro….
Ça s’émeut devant l’écran sans pour autant donner de référent.
Parce que le référent, le géniteur, le donneur, le casseur de reins originel est un certain Friedenreich.
Nom qui sent l’alboche et pourtant…
Fils métis d’un immigré germain et d’une brésilienne au teint brun.
Père commerçant, mère locale et lavandière, enfant de Sao Paulo, pas encore ghetto.

Samba et hambourgeois.
Cale-toi au fond de ton siège avec un verre de Caipirinha.

Friedenreich, enfant doué mais à qui les terrains sont prohibés.
À force de volonté et surtout de piston paternel, il rejoint une équipe au nom univoque, SC Germania.
Papa pas con, car le fils, semble-t-il, a un don pour manier le ballon rond.
Car sans Papa teuton poto d’Hermann Friese, le football n’aurait été qu’un doux rêve à goût aigre.
Racisme oblige, Arthur Friedenriech en prend plein la caboche, au propre comme au figuré et finit par se la teindre.
Poudre de riz sur le visage et gomina, presqu’un look de geisha pour mieux exceller dans l’art du futebol.

Pour te donner une idée, lorsqu’en 1923, Vasco de Gama, le futur club de Romario et seule équipe polychrome, remporte le titre, les ségrégationnistes de Flamengo, Fluminense et Botafogo essayent tout simplement de virer le club.
Bonne ambiance chez les buveurs de Cachaça, c’est pas encore le carnaval façon Tony Freitas

Mais reprenons : le Tigre, et c’est pas parce que la poudre de riz faisait de lui un mec rayé, aurait donc inventé la feinte de corps et le coup de pied enroulé.
Rien que ça…
La légende veut que ce soit pour éviter une voiture…
C’est bien beau mais la voiture devait être blanche et arrivée crampons en avant, pour lui briser tout ce qu’elle pouvait.
À cette époque, on est fair-play entre Blancs seulement, et l’homme en noir est là pour faire régner cette règle…

Il est aussi le premier à se dire que taper le ballon depuis le côté pour donner de l’effet n’est pas une mauvaise idée…
Ballon fuyant pour style innovant.
Défenseurs et gardiens babas, pas cools.

Premier match à dix-sept balais, dernier à quarante-trois, sept championnats gagnés, neuf titres de meilleur buteur et mille deux cents buts marqués.
Véridique ou pas, selon Pelé, c’est bien Friedenreich le Roi…



Star nationale, et avec la création de la Seleçao Auriverde et le match contre les Brittons d’Exeter City FC le 27 juillet 1914, prophète en son pays convertissant le futebol en religion nationale.
2-0 et deux dents cassées pour le Tigre, l’arbitrage étant toujours aussi laxiste pour les non-blancos.

Deux mois plus tard, c’est en déplacement que les Canarinho vainquirent les Argentins 1-0 dans la coupe un peu bidon, issue du caprice du Général et Président du même nom, la Copa Roca.
Être mégalo est un sport comme un autre…



1919, première Copa America organisée sur le sol des bouffeurs de Feijoada. Freidenreich brille. Même les Uruguayens, pourtant double vainqueurs, l’encensent.

Le patte est apposée, ses chaussures sont exposées. Et pas présentées n’importe où, dans une bijouterie, le vrai joueur aux pieds d’or, Pé de ouro.
Le Tigre de son vivant est canonisé.

« Bizarrement », deux ans plus tard chez les Argentins où en tant que nazi on se sent bien, les joueurs au teint basané ne pourront simplement pas jouer. Résultat, le Brésil perd en finale face aux Gauchos au sang aryen.
Back by popular demand, 1922, Le Tigre est là pour offrir le titre.
Sans lui, point de salut…

En 1925, il vient avec le CA Paulistano tâter le ballon sur les terrains européens.
Huit matchs, onze buts et la France qui prend sa taulée 7 à 2 dont trois du Friedenreich.
Trois boules de geisha difficiles à digérer….
C’est l’autre Tigre qui a dû avoir du mal à l’avaler…

Aucune Coupe du Monde à son actif, cependant et malheureusement.
En 1930, discorde au sein de la fédération brésilienne, les joueurs du championnat de Sao Paulo sont gentiment conviés à écouter le match à la radio depuis leurs canapés.
Et en 1934, à quarante-deux printemps, il est privé de Mondial italien et ne peut donc pas assister aux interventions du Duce pour offrir la victoire à la Squadra Nera…

Le vrai Roi c’est lui.
Le Futebol samba aussi.

Et entre La Puce et Le Tigre, pas besoin de demander à Paul le Poulpe pour connaître le résultat.

FRANCAMERIQUE

juillet 20, 2010 by Cuisto  
Filed under Automobile, Cinéma, Helleluia, Livre, Société

On ne parle pas assez souvent de livres ici.
Non pas qu’on n’en lise pas, mais plutôt parce qu’on a une certaine tendance à ne pas vouloir les partager.
Un peu comme cette histoire d’eBay, tu te rappelles?

On essaie de se soigner pour se mettre à partager sans pour autant passer pour des altiers, cf un autre post, littéraire celui-ci….

Donc en voilà un, un livre au sujet americano-français pour les buveurs d’Americano et les fumeurs de Gitane, mais pas seulement…

Kristin Ross est une académicienne, spécialiste de la littérature et de la culture françaises.
On pourrait vous parler de son livre sur Mai 68 ou de ses écrits sur La Commune et Rimbaud.
Mais pas cette fois, plus tard peut-être.
Nos intérêts nous ont plutôt poussés à ouvrir « Fast Cars, Clean Bodies: decolonization and the reordering of French culture » ou en français : « Rouler plus vite, laver plus blanc: modernisation de la France et décolonisation au tournant des années soixante« .

Un livre en quatre parties : voiture, propreté, couple et homme nouveau.
Les années 1960, moment de rupture dans l’ère moderne, pour justement passer à la postmoderne.
Un parallèle entre l’Amérique et une France en pleine mutation.
Un parallèle tracé à travers la consommation culturelle des produits de l’Oncle Sam : cinéma, voiture, personnalités ou presse.
Entre autres.
Et plus qu’un simple parallèle, une influence latente d’un pays sur un autre, le nôtre en l’occurrence, comme le traduit le choix du Général en 1966 de sortir de l’OTAN.
Bref, la politique n’est pas le sujet de ce post.

Mais si tu veux comprendre pourquoi notre doux pays a les yeux tournés vers l’Ouest, tu ferais bien d’aller faire un tour chez ton libraire préféré pour le commander.
Que ce soit dans le cinéma français avec la Belle Américaine, dans la presse avec ELLE dont la fondatrice, Hélène Lazareff, a passé cinq années aux États-Unis avant de revenir avec un concept tout importé, ou le couple Servan-Scrheiber et Giroud….
On en passe et des meilleures.

Johnny n’est pas le meilleur exemple de l’Amérique à la française, fort heureusement….

Et ce changement post-colonisation, post-seconde guerre avec le recentrage sur le quotidien, la maison comme cocon familial, et la voiture comme cocon individuel.
L’obsession de la propreté pour se laver de son passé…

Puis finalement, l’avènement d’un nouvel homme, au moment même où tout se voit affublé du terme « nouveau » et notamment cette Nouvelle Vague, pas seulement cinématographique, mais englobant plus généralement la nouvelle culture jeune et ses différentes formes d’expression.
Un nouvel homme aux multiples facettes faisant désormais face à un autre nouvel homme, le colonisé, fraîchement anobli, passant de sous-homme à concurrent émergent de l’homme blanc.
Une nouvelle perspective donc renforcée par l’émancipation féminine ou encore le nouveau monde du travail bien présenté dans « Les Vacances de M. Hulot » le film de Tati.

Bref, une pièce majeure de l’étude de la société française.
On va pas te la raconter en large et en travers.
Achète ou emprunte, comme tu veux.
Mais lis le, on se comprendra mieux, tu verras.
Et puis, ça t’occupera sur la plage cet été, et tu pourras te la raconter auprès des pépés écervelées en mettant en avant ton capital culturel pour mieux briller avec le subculturel une fois venue la soirée.
Et pour les vrais nanas, bah alors là mon gars, démerde toi.