SUMMERTIME BLUES

Eddie Cochran, ça te dit quelque chose?
Carrière éclair, impact tout sauf éphémère.
Vrai artiste du Rock, pas simple belle gueule sachant jouer de la gratte et se déhancher pour les pépés.
Percussions, guitare, chant, texte, il est bon le con.
Jeune et con, avec une carrière débutant à 17 ans.
En solo, en duo avec un autre Cochran, faux frère de sang, vrai frère de rang, ou en trio avec le celui qui le lancera solo, Jerry Capehart.
Okie de talent et de coeur, à l’inverse d’un Presley trop pressé d’enfiler un costume de parvenu.
Presley, pompeur de la culture Rock noire jusqu’au bout, version aseptisée pour une Amérique blanche et sèche.
Son look dans Loving You n’est d’ailleurs pas de lui mais de l’équipe de réalisation.
Dommage pour le mythe, mais lui n’a rien choisi.
Dans la réalité, c’était plutôt le look tape-à-l’oeil-pour-que-je-te-tape-dans-le-cul.
Héritage des musiciens noirs des années 1930.
Le look travailleur n’était pas accepté.

Contrairement à M. Cochran, vrai cowboy, vrai hillbilly issu de la musique country.
Normal, donc, pour lui de se produire sur scène tout en denim et en bottines.
Attachement à ses racines, Okie un jour, Okie toujours.
Et pas n’importe quel marque de denim.
Dès 1951, à 13 ans donc, Eddie Cochran se pavane en 501.
Un 501 qu’il quittera rarement et qu’il retroussera un peu au-dessus de sa cheville, un double ourlet d’un peu plus de six centimètres.
Pas d’accroc avec la meule de cette manière.
Un 501 assorti à une veste 506.
La 506, ou Type I, première veste Levi’s datant de 1936 avec une seule poche.
La 507 Type II avec deux poches n’arrivant qu’en 1953.
Enfin si tu suis LVC, tout ça tu le sais.


Les fondations du look rockab’ sont jetées pour l’éternité, là-bas et à l’étranger.
Johnny Hallyday pour l’étranger ou Ronnie Dawson ou Duane Eddy pour les locals only.
Et pas seulement, évidemment.
Tellement Levi’s que la marque lui a rendu hommage à lui et à sa rencontre avec Sharon Sheeley.
La légende veut qu’elle portait un 501 elle aussi ce fameux soir, qui scella plus qu’une entente professionnelle.
Une publicité tournée en plein revival Rockabilly dans les eighties ciblant la gent féminine sur un fond de Summertime Blues.
Ultime hommage pour celui qui permetta à la marque d’envisager un futur plus que régional.
Mort à 21 ans en tournée à Londres.
En total look denim ou pas.
On aimerait croire que oui, en tout cas.
ROCKER SPEED SHOP
juillet 7, 2010 by Cuisto
Filed under Culture, Vêtement, Webmagazine

« Paris, c’est trop pourri, y’a rien chez les têtes de chiens, têtes de veaux les Parigots. »
Mouais… T’as peut-être juste mal cherché, mon con.
Déjà en ce moment, tout le monde modeux ou presque s’est découvert spécialiste du vrai de vrai, de la barbe poilue et de la chaussure couillue – mais neuve, faut pas abuser.
Surfeurs de cycles, et on parle pas vélo.
Et puis, t’as les autres, discrets, bien installés, à la sélection bien triée.
Tel Rocker Speed Shop, ce shop bien calé dans une petite allée du haut Marais, rue des Commines.
Denim, cuir, boots, chemise en laine, j’en passe et des meilleurs.
De quoi t’habiller pour l’année, et celles d’après.
Allez, prends en de la graine.
Ou du saucisson, du jambon et des rillettes aussi. Oublie pas le vin.
Interview qui charcute bien.
Commençons par le commencement, vous avez ouvert Rocker Speed Shop quand ?
Philippe : Juin 2007.
Comment l’idée vous est venue?
Philippe : Pierre est un ami d’école voyageant pas mal, et il avait remarqué qu’à Paris, il ne trouvait pas de boutique. Il trouvait un truc là, une autre frusque ailleurs, faisant le constat qu’il y avait un manque vis-à-vis de cette culture américaine, voire japonaise. Il me parle donc de son idée de monter un shop. On va voir une boutique qui correspond un peu à ce qu’il aime et coup de bol, elle était à vendre. Il s’agissait de Preppy Clothing, rue Tiquetonne et le type avant de partir au Japon, voulait liquider ses stocks. On s’y intéresse. Je faisais les marchés à l’époque, je pouvais libérer du temps, je dis à Pierre : “écoute, ouvrir une boutique ça prend du temps, t’aimes bien bouger. Une boutique comme ça à toi tout seul à plein temps, tu vas péter les plombs. Ce qui est important, c’est de trouver la came. Passer du temps ici c’est bien, mais tu peux plus te dégager de temps libre“. Donc on s’est s’associé pour gérer la boutique à deux. Voilà le commencement du projet. Mais c’est un projet que Pierre avait depuis un moment, qu’il avait mûri…
Pierre : C’était quelque chose à laquelle je pensais effectivement. J’avais déjà pris quelques contacts avec des fournisseurs. Ça faisait un an à peu près. C’était déjà assez réfléchi donc…
Parce qu’avant par exemple, où est-ce qu’on trouvait de la Belstaff à Paris?
[Silence] Pierre : Euh, je crois que t’as pas pris la bonne marque, là…
Philippe : Je sais pas si tu as fait exprès de choisir Belstaff, mais aujourd’hui Belstaff…
C’est de la moto à la base, mais ça a été racheté par des Italiens…
Philippe : Je sais pas si je dois dire ça, on va peut-être se faire des ennemis. Mais Belstaff aujourd’hui, c’est un peu l’association entre le casque Ruby, le scooter et une veste de cette marque. Donc une association de trucs inutiles et qui coûtent une blinde… Enfin, c’est mon point de vue. Ce qui ne nous empêche pas de vendre du Ruby, car au départ, on trouvait le concept et le produit très bien mais maintenant… Quand tu vois dix scooters passés avec des mecs qui ont des casques Ruby et que celui-ci coûte plus cher que le scooter, bah voilà, ce n’est plus le monde de la moto….
Je parlais de Belstaff aussi parce que vous n’êtes pas sans savoir qu’il y a eu une grosse branlette autour du revival Steve McQueen et finalement on dirait que vous êtes arrivés au bon moment. Sans le vouloir même peut-être… Vous le ressentez entre 2007 et aujourd’hui ?
Philippe : On peut pas calculer, mais c’est vrai qu’on est arrivé au bon moment, que le rock reprenait du poil de la bête face au rap, que ça ressortait les perfectos. Donc oui on est arrivé au bon moment, mais si ça ne fonctionne plus dans cinq ou dix ans, ça ne nous empêchera pas de continuer à porter des vestes en cuir ou de forestier. On aura toujours cet amour… Ce n’est surtout pas un phénomène de mode pour nous, c’est même tout le contraire : on est à contre-courant de tout ça. On défend nos marques, on défend ce qu’on vend. Quand on vend une paire de Red Wings, qui existe depuis trente, quarante ans voire cent, on n’a pas besoin d’attendre la mode pour en vendre, on sait en vendre. Et quand on voit aujourd’hui des shops qui en vendent et qui les soldent, ils ne se battent pas pour la marque. Quand tu vois ça mélangé à du G-Star ou du Diesel, tu comprends plus rien. Enfin, nous, ça nous dépasse…

Justement, face à ce revival Americana, contrairement au perfecto qui est plus biker, vous avez l’impression que les gens comprennent ce look, ou qu’ils le subissent et qu’ils viennent chez vous juste parce que c’est la mode ?
Philippe : Nous, on arrive à leur faire comprendre que s’ils viennent ici pour acheter un perfecto parce que c’est à la mode, ils n’ont rien à faire ici… Je reprends l’exemple du perfecto, parce que justement c’est un blouson technique à l’origine, conçu pour le motard : tant mieux pour nous, si d’une certain façon, ça arrive sur les défilés de mode mais nous, on n’est pas sur ce créneau. On connait ce qu’on vend parce qu’on aime ça et qu’on baigne là-dedans depuis un moment.
Comment vous en êtes venus tous les deux à vous intéresser à cette culture du coup, en tant qu’Européen? C’est pas la culture première d’un Européen a priori : toi Pierre, tu parlais de culture du beau tout à l’heure, mais c’est une culture très particulière du beau, celui d’un look col bleu d’outre atlantique…
Pierre : Pour certains c’est superflu, pour nous c’est l’essentiel. Après, tout dépend où tu situes ton intérêt majeur. Il y a plein de gens qui n’en ont rien à foutre de mettre 300€ dans un jeans, et je les comprends : leur priorité c’est pas le bon jeans. Mais ils peuvent le reconnaître, ils peuvent s’apercevoir que c’est quelque chose de qualité, que c’est une belle toile, que c’est bien monté et que ça tombe bien… Nous on fait ça parce qu’on aime bien, mais ce n’est pas une passion, enfin : pas une névrose…
Philippe : On a des… on peut pas appeler ça des clients parce qu’ils n’ont jamais rien acheté, mais des gens qui sont venus avec lesquels on a sympathisé, qui sont hyper passionnés et névrosés du produit. Ils connaissent tout : les dates de production, l’assemblage, etc. Mais ils sont tellement passionnés qu’ils vont rechercher l’original ou la marque qui le reproduit le plus adéquatement. Ils ne viendront jamais l’acheter chez nous, si même on l’avait, par principe. Ils sont trop névrosés pour nous. C’est le collectionneur qui va vouloir aller à la source.
Parlant de source, est-ce que vous seriez une sorte d’extension des mecs qui sont restés à Clignancourt, avec l’aspect chineur, chercheur de LA pièce. On peut vous associer à cette « scène » ? Ça vous dirait pas, par exemple, d’aller chiner dans des stocks US ?
Pierre : Non parce qu’on ne saura pas les dénicher, je ne sais pas faire. On n’en a pas la culture.
Philippe : On sait reconnaître une belle pièce, bien fabriquée, mais une pièce originale, dernière série et tout, ce n’est pas notre culture. On a la culture du beau. On est capable d’apprécier un sweatshirt japonais, tu vois comme ça, 1940, mais trouver la pièce originale authentique, non. Ce sont deux cultures différentes.
Pierre : Et on n’as pas le réseau pour ça. Tandis que pour le neuf, oui, on a un vrai réseau.

L’intérêt de Rocker Speed Shop, c’est d’avoir certaines marques japonaises : c’est pas trop compliqué de les avoir ?
Pierre : Non, facile, il suffit de payer.
Philippe : Quand on sort des produits à la vente, des sweatshirts à la vente à 200, 230€, t’imagines bien qu’on ne les a pas payés 20€. Donc après, il faut être capable de se dire que c’est hors de prix ; que pour les avoir, il faut pouvoir les payer et donc : est-ce qu’on peut les vendre. Nous, on a osé parce qu’on y croit, parce qu’on sait vendre ça. Rien de pire de vendre quelque chose que tu n’aimes pas. Mais pour en revenir à ses marques là, comme Loiron avec Mister Freedom, comme Real McCoy’s, toutes ces marques-là, on ne peut pas avoir que ça non plus. On aimerait dans l’absolu mais après, ça devient une utopie. On est obligé d’avoir des marques locomotives comme Levi’s Vintage, qui n’a pas été lavé, qui est fait aux Etats-Unis, qui vont rétrécir à la flotte, mais à moins de 200€, comme le 47. On fait quasiment toute la série de 501 de 1870 à 1967. Tu ne peux pas avoir que des produits qui sont quasiment exclusifs.
Je me rappelle être passé une fois et vous me disiez que vous aviez décidé d’arrêter Atelier Ladurance parce qu’ils avaient délocalisé la production. C’est quelque chose de vraiment important pour vous, la correspondance entre la réalité et le discours d’une marque ?
Pierre : L’histoire de Ladurance… C’est un produit typiquement français. Tu vas sur leur site, c’est la lavande à tout va, avec le bruit des cigales en cadeau. Première livraison : parfaite. Deuxième livraison : made in China. Et moi, je peux pas vendre un jeans à plus de 200€ avec un site jouant sur la Provence et une fabrication chinoise. Apparemment, ils sont revenus produire en France, mais on n’a plus de nouvelles d’eux. C’est dommage parce que c’était réellement un beau produit, belle finition, c’était vraiment une belle marque, comparée à Lee ou Levi’s, en terme de production. A priori, on nous a dits qu’ils s’étaient délocalisés parce que l’entrepôt de production était vétuste, moi je pense que c’est plutôt pour augmenter les marges, mais bon…
Le mec qui avait Ladurance, si j’ai bien compris, c’est un des associés de G-Star, qui est une des plus belles réussites du prêt-à-porter de jeanerie des dix dernières années. Donc plutôt que de se faire chier dans le Sud de la France, parce qu’apparemment c’était une toute petite unité qui ouvrait de temps en temps, il a dû préférer aller faire monter ses produits sur les mêmes chaînes de montage que G-Star. Et nous ça nous correspond pas d’avoir un produit fait en Chine à 250€, au même prix qu’avec un coût de production français. On ne dit pas qu’on préfèrerait qu’ils produisent ici par chauvinisme économique, mais ça fait chier de savoir qu’il s’agit tout simplement d’un leurre : tu affiches une éthique mais tu joues pas le jeu. Devant, t’as une certaine image de marque promouvant, véhiculant certaines idées de production française et tout, et en off, tu produits tout à moindre prix dans un pays en développement. Dans ce cas-là, tu fermes ta gueule. Atelier Ladurance, marque qui n’a jamais existé, c’est beau, c’est entre la Haute Couture et le jeans, t’en as presque trop dessus. Un puriste va te dire que c’est de la merde. Parce que dans ce milieu, il n’y a que trois marques, Lee, Levi’s, Wrangler. Le reste, c’est de la reproduction.
Philippe : Les marques japonaises font même de meilleures reproductions, le 47 de Sugar Cane, il tombe hyper bien, mieux que l’original, mais ce sont des jeans à plus de 300€. La marque originale avec une histoire : moins de 200€. Après, on n’est pas une boutique de luxe. Vendre des jeans à 700 ou 800€, on ne pourrait pas non plus. On fait des Mister Freedom parce que c’est une coupe vraiment différente, qui n’a jamais existé et les gens acceptent de payer 400€ pour. Mais ça s’arrête là, après c’est trop.
On parlait un peu de ça entre nous pas plus tard qu’hier : on était sur Superdenim, et c’est vrai qu’il y a des hoodies qui arrivent à des prix genre 350£ le hoodie zippé… or Nike avait déjà ressorti le même type de pièces, dans sa gamme Sportswear avec Loopwheeler, moins cher : ç’aurait été possible de vendre du Nike comme ça chez vous?
Pierre : Je vois même pas à quoi ça ressemble. C’est quoi?
Ils se sont maqués avec une des rares filatures de coton japonaises à l’ancienne qui reste, et ils ont lancé leurs trucs en faisant une vidéo montrant la production pour vendre ça avec un délire similaire à la Real McCoy’s and co. Sans logo évidemment.
Pierre : Faut qu’ils nous envoient le représentant (rires).
Philippe : On s’arrête en 1970.
Pierre : Ici, on aime les gonzesses avec des gros nichons, les fringues de la fin du XIXè aux années 1970. On ne vend que du neuf donc de la reproduction.
Vous êtes là dedans parce que vous étiez ados dans les années 1970?
Pierre : Ca se vérifie oui, enfin on était très jeunes ados, je crois que je faisais encore pipi au lit.
Philippe : et moi j’avais pas encore eu d’érection…
Votre client type, c’est qui?
Philippe : Si on devait faire un portrait robot, c’est un homme de 40 ans, marié le plus souvent, qui roule, mais pas obligatoirement en moto, en semaine ou seulement le week-end et qui en général gagne bien sa vie et, si tu veux, qui a trouvé enfin la boutique lui rappelant effectivement son adolescence où il reprend plaisir à s’acheter des fringues. Ce n’est plus maman qui va lui acheter la dernière collab’ à la con chez Colette, alors qu’il n’en a rien à foutre. Il vient ici, il boit deux, trois verres de vin, un peu de saucisson, il s’achète un Levi’s et une paire de Red Wings ou de Wesco. Il est content, il passe un bon moment et en plus il achète quelque chose qu’il aime et qui correspond à quelque chose. Le client type, c’est ça. Et pas forcément un biker : on nous a souvent associés à ça à cause de la déco. Alors qu’un biker, quand il rentre, ou alors le Johnny Halliday, le passionné de Harley, il comprend pas, parce que les produits valent de l’argent…

Et je crois que je l’ai rencontré, votre client type… mais dans le XVIè : une vraie tête de yuppie, mais faisant démarrer une BMW vintage, sapé à la Steve McQueen. Je me suis dit : “tiens, ça arrive aussi par ici“…
Philippe : Eh oui, notre client type c’est ça. Malgré tout, tu peux le constater, c’est qu’on vend du beau avant tout.
Mais comment t’expliques que des types du XVIè trouvent Steve McQueen cool?
Pierre : Parce qu’il frappait sa femme, parce qu’il frappait les gonzesses. Dérouiller les gonzesses, c’est cool (sourires)…
Parce que la presse magazines grand public en France n’en avait pas vraiment parlé avant de s’y mettre en retard… C’est quoi alors, un air du temps qu’on sniffe ?
Pierre : C’est comme un embouteillage, tu sais pas quelle est la bagnole qui fout le bordel. Et là on sait pas pourquoi, il y a un mec qui a sorti la carte Steve McQueen. Il aurait pu sortir la Joe Dassin.
Et je pense pas que ce type-là soit à fond sur les blogs pointus américains…
Pierre : Il y a de l’inertie, c’est les grosses marques qui vont trouver un intérêt à relancer un truc. Mais ce truc, ça correspond à ce que les gens aimeraient retrouver, une certaine douceur de vivre, l’homme libre, beau mec… On est vachement dans cette esthétique aujourd’hui. Ça ne m’étonne pas. Pourquoi un mec comme Paul Newman qui vient de mourir, qui était je pense un mec bien, qui faisait de la moto, qui était une icône d’Hollywood, beau mec aussi, mais qui n’a jamais trompé sa femme, pourquoi Newman est un has-been ? On ne parlera jamais de lui. Même dans une bonne école catholique, on ne fera jamais la promotion de ce mec-là. Aujourd’hui, on a envie d’avoir une vie bien rangée, et puis un petit côté mauvais garçon le week-end, à ses heures perdues, après le boulot, une fois qu’on a bien contenté sa famille, et puis c’est tout. McQueen, on occulte en général toute sa consommation de drogue, on garde juste le côté aventurier. Moi ça me choque pas. C’est vrai, c’est un mec qui aimait les belles motos, les belles voitures. Mais aujourd’hui, il aurait une Porsche moderne, un Cayenne, ce serait un gros beauf. Bah ouais, ce serait comme les enfants gâtés de maintenant, les Koweitis plein d’oseille qui se font une Bentley 320 plaquée or. Ils seraient comme tous ces acteurs, ces footballeurs, il aurait une grosse montre Bell & Ross en or rose. Il est bien parce qu’on le laisse dans son contexte mais aujourd’hui, il y en a plein des Steve McQueen… T’as Johnny Depp ou Brad Pitt, celui qui lorsqu’il a un problème avec sa moto, il appelle l’hélicoptère pour venir le chercher. McQueen, c’était un mec de la rue mais ce sont tous les mêmes. Plus personne ne fait rêver désormais, donc on puise dans le passé, et puis il avait une bonne gueule en plus. Mais en même temps, tu prends les photos d’époque, les mecs avaient de la gueule. Après, t’as tous les blaireaux qui viennent et qui me disent : “Regarde j’ai une Triumph comme Steve McQueen“… Alors moi qui aime les motos avant les fringues, qui m’y connais pas mal, je lui réponds, “il avait une TR6C, toute bricolée pour rouler, puis une moto route, mais il a eu 500 motos. C’était un grand malade certes, mais une moto comme la tienne, il n’en a jamais eue“ ? Tu peux pas leur dire ça… Mais c’est bien quand même.
Moi ça me fait penser à tous ces barbus en moto sur la Highway 1 qui roulent en Harley et compagnie : c’est que des sexagénaires bedonnants…
Pierre : C’est leur culture ! Je vais aux États-Unis souvent, j’aime bien la bécane donc je vais à des petites conventions, des réunions formelles ou informelles, peu importe… Le mec ici, il irait au club 203, au Renault Prairie. Ta mémère, elle est là, elle se fait chier. Une fois qu’elle a mangé son burger, elle tricote pour les petits enfants, et lui pépère il est là, il s’éclate. C’est leur culture. Plus jeunes, ils avaient ça ou alors ils n’avaient pas les moyens de posséder ça. C’est la continuité de leurs vies.
Tu es allé quand pour la première fois aux États-Unis ?
Pierre : Après le bac, j’avais 18 ans, 19 ans…
Et ton premier choc c’était quoi?
Pierre : C’était trop de gin avec du citron que les Brésiliens nous faisaient. Gin, citron coupé en deux avec du sucre (…)
Philippe : Moi jamais, j’ai jamais eu l’occasion. J’avais un boulot qui me prenait 80% de mon temps et quand je partais en vacances, j’allais ailleurs…
Et justement alors, comment tu as découvert puis t’y es-tu intéressé, à cette culture?
Philippe : Je l’ai vécu à travers mon adolescence, à travers Pierre, à travers la moto, à travers l’amour des belles choses, on revient à ça. On s’aperçoit que notre boutique est complètement différente de tout ce qui est consommation jetable : tout ce que l’on vend est fait pour durer. Les cuirs que l’on vend sont neufs mais il faut qu’ils se patinent et nos clients de quarante balais n’auront pas assez d’une vie pour ça. C’est tout l’inverse de marques que je ne vais pas citer, mais qui sont jetables, on est tout l’inverse de ça, on est à contre-courant. Tout ce que l’on a est fait pour se conserver, se patiner et se modifier.

D’ailleurs, pour Red Wings, vous vendez tous les produits d’entretien qui vont avec?
Pierre : On l’offre, on offre la graisse qui va avec.
Philippe : Enfin, je vois moi, les miennes n’ont jamais été graissées, elles sont mieux comme ça je trouve (Ndlr : il porte une paire de 875 bien vieillie).
Et donc à propos de cette culture par procuration, c’est par quoi qu’elle arrive à la base? Les films, la musique…
Philippe : Par la musique, puis par les magazines et ensuite cette amitié avec Pierre qui m’a beaucoup transmis. Toutes les séries américaines.
Pierre : Hawaii Police d’État quand tu regardes ça, c’est une encyclopédie, sans déconner. C’est génial. Mannix, tout ça.
Ils vont faire un remake de Hawaii Police d’État en film…
Pierre : J’espère qu’ils vont mettre Brad Pitt dedans sinon je ne vais pas le voir… (rires) Et Magnum aussi !
Philippe : C’est vrai que Tom Selleck était vraiment bon. Et dans un autre genre Amicalement Vôtre. Tu vois tout ça, on a baigné là dedans.
Pierre : Tony Curtis (ndlr Daniel Wilde dans Amicalement Vôtre) il est toujours mortellement sapé.
Philippe : La bagnole. Les deux sont complètement différents (nldr il parle de Lord Brett Sinclair joué par Roger Moore) mais toujours élégants. T’as pas forcément besoin d’aller en vacances là-bas pour t’en faire une bonne idée, finalement.
Pierre : Enfin c’est mieux et j’espère que tu vas y aller.
Vaut mieux : faut le voir pour le croire, parce finalement ça n’a rien à voir avec l’image qu’on peut s’en faire…
Pierre : Ça, si tu vas chez Wal-Mart, ça te fout une claque au mythe… Mais quand t’as un peu l’amour, la culture, il y a plein de trucs cachés que tu vois. Quand tu y vas avec l’ouverture d’esprit que l’on partage je pense, et des sensibilités, tu pioches, tu vois des choses que tout le monde ne voit pas et tu te dis “ah ça, c’est un vieux reste, ça, c’est un clin d’œil“…
Notamment au bord de la route…
Pierre : Ah bah ouais, les États-Unis, ça se traverse dans une bagnole.
Et un des intérêts, c’est que tu passes dans des vieux bleds pourris avec des friperies… Ou un vieux diner…
Pierre : C’est ça les États-Unis. C’est vrai que c’est du voyage pour idiot facile, tout vient à toi. Il y a tellement d’informations, de trucs, plus tu es sensible plus tu en captes, mais même le boulard de base reçoit quelque chose. T’as toujours le connard de base qui va détester parce qu’en France on mange mieux, machin, mais ça, pour être les champions du monde de la connerie, on est forts…
Tandis que les Japonais, ils y plongent… et d’ailleurs Ils ont un mot pour ça qui ne veut pas dire copie mais hommage dans une idée de reproduction très qualitative d’un objet…
Philippe : Pour eux, ils copient pas.
Pierre : Ils perdurent la tradition
Philippe : C’est perdurer, retravailler, mais c’est quand même du copiage.
Pierre : J’ai une anecdote : pendant quelques jours, j’étais avec un Japonais, un des plus pointus dans cette culture-là, que j’ai rencontré fortuitement mais avec qui ça a accroché parce qu’on est tous les deux bien élevés et qu’on partage des valeurs, alors que les Américains leur ont bien foutu sur la gueule, c’est ce qui est d’ailleurs paradoxal mais bref. Et là, j’étais trois, quatre jours avec lui au cours desquels on a eu une discussion un soir au restaurant : les Japonais sont assez amers envers les Chinois, ils dénoncent ouvertement le vol de tout ce qu’ils font, par exemple dans l’industrie automobile alors que je suis allé visiter le musée Toyota et tout est du pompage de bagnoles US ou européennes. Et là, tu vois, tout est dit, aujourd’hui ils sont avant-garde mais jusque dans les années 1980…
C’étaient eux, le péril jaune avant, dans ces années-là…
Pierre : Je sais pas si leurs lois sociales étaient très à l’avantage des ouvriers, mais c’est rigolo comment ils occultent tout un passage de leur histoire politique et économique, et industrielle. J’avais envie de lui dire, “arrête de dire des conneries, vous êtes les plus gros pompeurs du monde“. Mais j’ai fermé ma gueule, j’étais chez eux et avec les Japonais il y a tout un rituel, tu peux pas tout dire, c’était malgré tout un voyage d’affaires…
Mais rappelons-le, parce qu’il y a des marques qui n’ont pas gardé leurs archives, ces Japonais, heureusement qu’ils sont là pour les Américains parce que, d’une certaine façon, ils protègent et sauvegardent leur patrimoine à leur place…
Pierre : Oui parce que, quand ils achètent, ils rachètent la marque, le nom, tous les patrons et tout le droit à l’Histoire. Ils re-communiquent avec des images d’époque. Même quand ils fabriquent des choses aujourd’hui, ils vont marquer le lieu de production d’origine, par exemple un vêtement fait à Nagoya sur lequel est inscrit “Made in San Francisco“. Ils sont super forts, ce sont des puristes.
Philippe : Tu parlais de Belstaff au début, les Japonais sont tout l’inverse. Ces marques qui sont rachetées par des Italiens, des Chinois et qui sont retravaillées. Ils prennent les pièces d’époque et les refittent pour être plus contemporaines. Real McCoy’s c’est le contraire : on reprend les coupes 1940. Mais il faut être gaulé, parce que sinon t’as un peu l’air d’un con dedans…
De l’anti prêt-à-porter, presque… D’où le problème de Belstaff avec la Trailmaster qui est une superbe veste avec une histoire. C’est dommage.
Philippe : En Angleterre, il y a encore des belles choses pourtant, qui n’ont rien avoir avec ça…

J’aimerais parler un peu des Anglais, à moins que ce ne soit peut-être pas votre truc…
Philippe : Si, si, si, parlons de ces marques de cuir que nous vendons, que ce soit Aero Leather ou Lewis Leathers qui était la marque des rockers anglais dans les années 1960, ce qui nous correspond parfaitement aussi bien musicalement que pour la moto, la qualité du cuir et de la coupe.
Et qui eux-mêmes, ces rockers anglais, étaient déjà la première vague d’importation d’un style de vie américain…
Philippe : Oui, et donc Aero Leather, marque écossaise. Nous, nos fournisseurs sont américains, japonais, anglais majoritairement (…) qui nous correspondent. Comme je te disais, si je n’aime pas, j’ai du mal à vendre, à argumenter. Enfin vendre, je parle plus de transmettre.
Donc quand vous vendez un vêtement, vous cherchez à transmettre toute une histoire de la marque et du produit…
Philippe : Exactement, parfois on refuse des ventes, parce que ça ne va pas au mec. On va pas vendre un truc à quelqu’un qui ne comprend pas, ou qui est arrivé là par hasard.
Et il y a des gens qui achètent en dehors de Paris?
Philippe : Le site en ligne est en fait un site vitrine, pas un site de vente en ligne. On fait de la vente par correspondance, on continue de le faire car le site est fait pour ça, mais la quasi-totalité des achats faits de cette façon sont des merdes : la paire est trop petite, le blouson trop grand. Ça prend beaucoup d’énergie et de temps, entre répondre au téléphone, conseiller, emballer, aller à la Poste. Maintenant, on le fait, mais on ne fait plus de retour et on conseille vivement de venir essayer en magasin. C’est pas notre boulot, on ne sait pas faire ça.
C’est plus agréable aussi de vendre en magasin…
Philippe : C’est vrai qu’on est obligé d’avoir un site pour montrer les produits, la boutique, mais on préfèrerait ne plus vendre en ligne. C’est vraiment compliqué.
Surtout pour des coupes 1940-50…
Pierre : « Je suis au boulot, je me fais chier, je vais appeler » « Ah vous avez fait une faute d’orthographe »
Philippe : On n’a pas monté un shop pour faire de la vente par Internet, mais on le fait, contraint et forcé à vrai dire.
Pierre : Nous c’est pas La Redoute mais “On redoute“, c’est notre slogan…
Je vois que vous avez Dockers, le K-1, et pour revenir à votre rapport aux marques dont on parlait plutôt, vous n’avez pas été…
Philippe : réticents? Oui, oui. Il faut savoir qu’on se fâche avec tous les agents. On avait Edwin, on s’est fâché avec eux. On a Red Wings, on est train de se fâcher avec eux. Par contre, Levi’s (ndlr propriétaire de la marque Dockers), on s’entend avec leur agent car il a vraiment compris notre politique. On est une boutique qui commence à être un peu référencée, et plein de mecs viennent le voir pour qu’il nous présente et il est capable, quand ce sont des produits de fabrication chinoise, etc., de leur dire que ce n’est pas la peine, qu’ils vont se faire jeter. Donc pour revenir à Dockers, il est venu avec ça, il m’a dit d’attendre et de regarder, et effectivement, quand il m’a montré les pièces, je me suis dit que c’était top, c’est beau. Ce n’est plus le Dockers fait en Turquie, c’est une vraie reproduction. Il s’est bien vendu d’ailleurs, on lui a redemandé le même pantalon, mais ils en sortent un vieilli, usé et ça, ça nous intéresse pas. Nous, ça, on veut le faire nous-mêmes. Il y a des boutiques qui savent vendre ça, pas nous. Nous, on ne fait pas de jean délavé, on fait du jean rigide, brut, qui se délave grâce à toi. Pareil pour la femme, on a quelques t-shirts, mais on ne fait pas la femme, non pas parce qu’on ne les aime pas, loin de là, mais c’est trop compliqué, c’est pas notre politique. Parce que la femme même rock’n’roll, est toujours tenu de suivre un peu les cycles de mode. Par exemple, le perfecto a fonctionné cet hiver, mais après, fini pour elles. C’est justement parce qu’on les adore, qu’on fait pas la femme.
Merci Pierre. Merci Philippe. Merci pour la charcuterie et le pinard. Merci pour votre shop de qualité, Rocker Speed Shop.
ROCKER SPEED SHOP : 19 rue Commines 75003, Paris (est magique)
NORMAN McLAREN
Animateur appliqué et reconnu mondialement grâce à l’obtention d’un Oscar en 1952 pour son court Neighbours et une palme d’or pour Blinky Blank en 1955, Norman s’est toujours évertué à associer son et image au sein de son travail à travers de nombreuses techniques, « L’oeil entend, l’oreille voit » sera d’ailleurs le titre d’un de ses films.
Son importante productivité pour l’Office national du film du Canada lui vaudra également de nombreux honneurs nationaux.
PAS TRÈS CATHOLIQUE
Par temps de foutue crise, un peu de distraction ne fait jamais de mal.
Pendant la grande dépression de 1929 les U.S. avaient trouvé.
Comment?
En se baffrant de lectures cochonnes.
Parties de jambons et saucisses à l’air.
À l’époque les Tijuana Bibles ont permis à leurs lecteurs d’oublier problèmes quotidiens et morosité le temps de leurs 8 pages à tourner.
Toujours distribuées sous le manteau, ces petites bandes dessinées au contenu plus que porno et parodiant souvent personnalités ou personnages fictifs déjà existants, s’arrachaient à l’époque si bien que l’on pouvait se demander si leur diffusion massive n’était pas le fait du crime organisé.
Les auteurs de ces Eight-Pagers, aussi appelés : Two-by-Fours, Gray-Backs, Bluesies, Jo-Jo Books, Tillie-and-Mac Books, Jiggs-and-Maggie Books, ou simplement Fuck Books restaient tout comme leur distribution : « Under-Cover ».
Très peu furent identifiés comme Doc Rankin ou encore Wesley Morse qui sera d’ailleurs aussi connu pour avoir été embauché par la firme Topps vers 1954 afin de créer Joe Bazooka et son Gang, drôle de grand écart pour celui-ci, passant d’histoires d’O à histoires pour minots.
Les traits du personnage et la touche d’humour décalé également présente dans la Tijuana Bible « Today I am a man » ci-dessous sont significatifs de son style.




































