VIDAL BENJAMIN

Musique
29 mai 2012

C’est un garçon charmant, apparemment pas exubérant mais très intéressant.

Ceci n’est pas une annonce d’entremetteur mais une manière pleine d’allitérations à deux balles d’introduire Vidal Benjamin, que certains n’hésiteraient certainement pas à présenter comme le DJ ‘secret le mieux gardé de Paris’.

Foin des finasseries, et pour aller à l’essentiel, on affirmera sans barguigner que Vidal est en tous les cas un des diggeurs les plus dingos de cette espèce.
Fouineur, chercheur, amateur de brocantes et autres conventions, les cartons miteux plein de vinyles caverneux sont son jardin du dimanche.

Mais Vidal n’est pas un DJ du dimanche, peut-être éventuellement du samedi soir quand il nous gratifie de sa présence aux Mac À Dames Cowboys, un petit coquin qui sous un aspect a priori sérieux, n’est pas le dernier pour la déconne.
Pas façon poilade danse des canards des guinguettes et des mariages, mais l’humour de musiques souvent oubliées, dégotées par la seule volonté de l’amour du disque.

Profanateur joyeux des cimetières de matière noire.
Hobby obituary.

Il paraît que tu ne passes jamais des disques postérieurs à 89, c’est vrai cette histoire ?
C’est faux, parce que j’ai plein de disques qui datent d’après, mais c’est vrai que j’aime bien les années 80, mais aussi pas mal de disques des années 70, donc voilà, si on me demande de faire un set qu’avec du nineties, je suis tout à fait capable de le faire… (sourires entendus, ndr)

Dans le genre balearic ?
Ça peut oui, par exemple dans ces années 90-là, il y a des trucs de house italienne qui sont incroyables et qui sont complètement dans le baléarisme, pour le coup…

Et pour le coup donc, pour parler de ce grand revival qui a fait florès depuis un temps certain, est-ce que t’as pas l’impression qu’on met un peu tout et n’importe quoi sous cette étiquette « balearic » ?
De toute façon, la « balearic » c’est tout et n’importe quoi, c’est la fin de la notion de courant musical, c’est une étiquette donc très accueillante qui peut recueillir des genres musicaux tellement différents que de toute façon, tout le monde pourra trouver un truc « balearic »… Après, il y a les puristes et puis les suiveurs – « ah tiens, « balearic », c’est marrant comme mot … » – et ceux qui sont assez pragmatiques par rapport à cette notion, qui continueront à faire ce qu’ils font, ils ne diront plus que ce sera « balearic » mais ce sera un peu ça quand même… Tout simplement, la « balearic », c’est des types qui, à Ibiza, ont des soirées entières de musiques à passer, qui n’ont pas beaucoup de disques, en tout cas pas beaucoup de disques d’un seul genre et qui s’amusent à passer des tonnes de choses pour remplir une soirée…C’est ensuite que c’est devenu une esthétique, celle de la variété des genres. D’ailleurs aujourd’hui, quand on parle de « balearic », on y ajoute la disco alors qu’à l’origine, la disco n’était pas forcément considérée comme telle. « Balearic » est une notion qui évolue.

J’ai l’impression que pour certains toutefois, la « balearic » est forcément ‘chill-out je suis défoncé’, d’où les mauvaises limonades hyper new age, musiques d’ascenseur mais pas dans le bon terme, à la compilations Buddha bar par exemple…
Ouais, mais parce qu’il y a plein de gens bas de plafond et pour eux, nécessairement ce qui est « balearic », c’est ce qu’ils ont entendu dans leur hôtel à Ibiza… C’est pas ça, c’est vraiment une façon de passer la musique.

Et partageant pas forcément, je crois, le même culte religieux que celui de la techno-house grande époque avec, sur son piédestal ou sa chaire, le Dj-qui-raconte-une-histoire, avec une propension à être plus détendu là-dessus…
Ça dépend, c’est quelque chose de tellement ouvert que tu peux passer 4 jours à discuter du truc avec 10 personnes différentes, tout le monde aura un avis très tranché sans que personne ne soit d’accord sur la question… Ça dépend de ce que t’en fais, avec cette idée de variété. Maintenant, le courant « balearic » inclue nécessairement pas mal de morceaux de house parce que par définition, dès l’origine, la house était « balearic ». Dès le début de la house, on s’est mis à mixer au tempo beaucoup plus facilement parce que les rythmes étaient plus réguliers, c’était moins le cas avec les morceaux d’avant, donc voilà, je pense qu’un set « balearic » en vérité, c’est assez pragmatique aussi : si c’est compliqué à mixer, ça sert à rien de faire une espèce de performance de foire exprès pour arriver à caler deux disques alors qu’en fait, tu peux faire un ‘fade’ qui passera très bien et quand t’as des morceaux au beat régulier, tu les mixes au tempo… Je pense que pour tout DJ qui se respecte aujourd’hui, c’est un peu le minimum syndical, de savoir mixer… Une façon, je dirais, de rentrer dans le club, après t’en fais ce que tu veux. C’est une bonne technique d’apprentissage, un peu comme le musicien qui va faire son solfège, je pense qu’un DJ doit savoir le faire mais il n’est pas obligé. Il faut vraiment une liberté maximale dans ce qu’on fait, dès lors qu’on ne perd pas au passage les gens qui dansent, parce que c’est quand même ça qui est important pour un DJ…

Sinon, avant cette explosion à Ibiza, il y avait des scènes en Italie, « cosmic disco » on dit souvent, souvent très très camées d’ailleurs, qui pratiquaient déjà ce grand mélange partouzard… dans l’italo-disco aussi, il y a plein de choses à boire et à manger, on ne reconnaît d’ailleurs pas assez ce « genre », tu ne trouves pas ?, je pense par exemple au rôle que l’italo a joué sur la house à Chicago, quand il n’y avait pas des tonnes de disques pré-house…
Je ne pense pas qu’il n’y ait pas de respect pour l’italo, bien au contraire, en tout cas chez tous ces gens qui se revendiquent d’une certaine manière d’une mouvance « balearic » quelconque. Aujourd’hui, l’italo est une des reines du truc…

Aujourd’hui oui, certes…
Il faut dire aussi que le problème de l’italo, c’est qu’il s’agit de milliers et milliers de disques produits à la chaîne avec quelques traits de génie, et beaucoup de trucs très moches.

Ce qui fait qu’on peut ne pas la prendre au sérieux parce que c’est cheesy, c’est rigolo, et justement c’est trop « rigolo »…
Oui mais c’est pourtant et souvent très bien fichu, c’est vraiment une musique de producteurs, c’est marrant aussi et ultra festif, ça s’insère à merveille dans un set « balearic » en tout cas, et on continue encore à découvrir des morceaux d’italo complètement incroyables… Après, il y a des fanatiques d’italo qui vont aller se pignoler sur des morceaux qui, c’est vrai, sont un peu « durs » mais pour moi, tous les gens qui ont une passion et qui la vivent avec coeur, je les respecte, même si je ne suis pas obligé de partager leurs délires musicaux… Aujourd’hui les grands grands puristes de disco sont à fond sur les 45 tours de disco italienne des années 70, autant dire qu’ils sont sur une niche ultra pointue, où il y a beaucoup de trucs qui préfigurent l’italo qui va suivre, notamment du point de vue de la ringardise des choses. Mais voilà, ils sont dans leur truc et de temps en temps, il y a quelque chose d’hyper bien qui sort, parmi beaucoup de choses pas vraiment plaisantes à écouter et encore moins à passer sur un dancefloor.
Bizarrement moi, la musique que j’aime, elle se place toujours sur le mode : « est-ce que ça, ça me donne envie de danser ou pas ? »… Et je pense avoir aujourd’hui acquis une sorte d’instinct là-dessus. Je pense que pour faire danser, il faut d’ailleurs, en matière générale, pas trop trop charger parce qu’on perd les gens, il faut donc des trucs avec des gimmicks assez obsédants…

Ce que sait, ou devrait savoir faire, la pop music, qui n’est qu’une accroche « gimmickienne » quelque part… le couplet / refrain notamment…
Complètement et les gens, on n’a pas le temps de les éduquer en une soirée non plus. On peut pas leur dire, « alors… vous allez écouter tel, tel et tel morceau et revenez la prochaine fois (pour les kiffer) parce que vous y serez déjà habitué »… Après, c’est vrai que quand une soirée s’inscrit dans une sorte de continuité on peut tenter des trucs avec les gens au fur et à mesure, parce qu’au bout d’un moment, quand on les obsède avec un morceau, ils finissent par réagir mais ça, avoir ce luxe-là, c’est devenu difficile…

C’est ce qu’on essaie de faire, avec les Mac À Dames Cowboys
Exactement (sourires entendus bis, ndr).

En parlant de ça, t’as une résidence aussi au Lizard Lounge, non ?
Oui, où je joue depuis dix ans à peu près…

T’as eu le temps de créer tes tubes à toi j’imagine, il y a des gens qui viennent juste pour toi ?
Oui mais ce sont souvent mes amis qui aiment bien écouter de la musique… vu que l’espace DJ là-bas est dans une espèce de petite pièce, on écoute les disques comme si l’on était dans un salon, c’est assez communicatif… En dix ans, il y a eu pas mal de happenings assez mémorables aussi, c’est un bar qui a été fondé par un Anglais je crois, il y a vraiment là-bas une « éthique » d’expatriés à Paris, et c’est ce que j’aime particulièrement, cette impression de jouer dans une espèce d’enclave pas parisienne… Et j’aime ça parce que, souvent, jouer à l’étranger est plutôt génial, on voit des gens qui viennent avec des oreilles grandes ouvertes et qui sont là pour s’amuser vraiment. À Paris, j’ai l’impression qu’il faut vraiment, vraiment, les prendre par la main, mais ça change…

Une zone autonome temporaire, comme dirait l’autre…
Hum hum, une zone de non-parisianité…

Après, je sais pas si cela vaut le coup de relancer le chapitre sur le côté ultra blasé du parisien qui trouve ça cool d’être chiant comme la mort…
C’est vrai que j’ai l’impression qu’ici, dès que tu vois quelqu’un d’enthousiaste, c’est suspect en fait, l’enthousiasme est une chose moralement répréhensible dans la « morale » parisianiste…

C’est une pandémie du second degré, je crois, et vu que l’enthousiasme est par définition premier degré…
C’est ça, voilà et en même temps, on peut s’enthousisamer pour des choses, deuxième, troisième ou quatrième degré aussi. Je pense même que c’est là où j’en suis aujourd’hui : il y a beaucoup de disques que je passe qui, à l’époque où ils ont été produits, étaient vraiment du pur premier degré, de la déconnade funky eighties française que j’adore. Sauf qu’aujourd’hui, le temps aidant, ce sont des disques plutôt troisième, quatrième degré et moi en les écoutant, j’ai envie de m’amuser, de danser, je repense à des moments de ma vie, quand ça passait à la radio parce que je commence déjà à avoir un certain âge et ça m’éclatait complètement à l’époque…

En gros d’ailleurs, t’as passé tes « années teen » dans les 80, n’est-ce pas ?
J’ai eu 13 ans en 85 donc voilà, mais j’écoutais déjà la radio quand j’en avais 11, 12, l’époque de NRJ où t’avais Marc Scalia qui passait des trucs vraiment marrants, de l’italo, des trucs funky, beaucoup de funk même parce que c’était l’époque…

D’ailleurs ça commence à se savoir qu’il y avait une grosse scène disco française, mais niveau funk français, c’était énorme aussi… Devenue une caverne d’ali baba pour certains, surtout avec des disques qui valaient que dalle il n’y a pas longtemps encore…
Qui étaient regardés de très, très, très, très haut même… À part quelques funky cailleras des cités qu’on voyait en convention s’exciter totalement sur des disques qui avaient l’air absurdes alors qu’aujourd’hui je connais des gens, mais dans le monde entier, même s’ils ne sont pas des milliards non plus, qui s’éclatent complètement là-dessus… Et moi j’adore ça, je trouce ça marrant, ça me rappelle l’atmosphère des films de Max Pécas tout ça…

Et en parlant de gimmick, le funk se pose là aussi…
Bah le groove déjà, forcément obsédant…

Avec des paroles souvent pas piquées des vers…
J’ai un truc de boogie fait par Aldo Maccione par exemple, c’est hilarant… C’est l’époque Collaro où la musique avec lui était super funky, même Les Charlots faisaient des trucs super marrants et hyper bien produits, de toute façon ils faisaient appel aux mecs les plus pointards pour faire ça, c’était vraiment une époque bénie. Autre exemple : Véronique & Davina, c’est plus disco pour le coup, mais quand on récoute le morceau Gym Tonic, sans le côté ‘comité d’entreprise soirée pourrie’ où tout le monde fait la chenille, c’est super bien foutu. C’est un morceau d’Alain Goraguer quand même, qui était derrière beaucoup de trucs de Gainsbourg, c’est vachement bien et généralement quand je le passe, et je le passe plutôt à l’étranger, les gens généralement deviennent complètement maboules…

À propos des ces gars de l’ombre et moins « connus » que Goraguer, la plupart dans les années 80 sont passés de l’autre côté de la Force, des music libraries dans les années 70 par exemple au travail sur les jingles télé / radio et compagnie en bossant pour les agences de pub…
Mais c’était leur métier, comme des requins de studio, ils ont commencé dès la disco même. En fait, il n’y a pas de frontière fondamentale entre disco française de la fin des années 70 et les trucs funky débiles des années 80, c’étaient les mêmes gars en général qui étaient derrière la prod’, et c’était la même technique. C’est juste que, sans doute, c’était plus à la mode de faire des trucs plus funky, donc des basses plus affirmées et un tempo plus lent mais sinon, ils ont utilisé à peu près les mêmes recettes que celles qu’ils utilisaient un peu plus tôt sur de la disco… Il n’y a pas vraiment de frontière.

Je pense à François Feldman aussi qui, lui, avait tout compris à l’époque, je parle pas du Feldman de la fin des 80s, mais du mec qui essayait de bouger comme un Rick James en combi moule burnes sur torse semi-poilu ouvert…
Mais lui, c’est carrément un des premiers à avoir sorti des trucs de funk, dès la fin des années 70, vraiment bien fichus, des trucs extraordinaires, tiens écoute ça – pause café / platines, ndr :

Tu as le maxi Obsession aussi qui, lui, est plus début du smurf tout ça, plus électronique, avec beat plus vener :

On est déjà là dans l’époque plus Axel Bauer on va dire…

Dont le Cargo de nuit, en plus d’être le tube que l’on sait (1983) est ultra bien produit, c’est une bombe ce truc…
Non mais ça !, ça a été produit par Michel Éli qui a sorti des choses incroyables de toute façon… Il y a deux producteurs français dont on ne parle jamais, ce sont Michel Éli et Philippe Chany qui, pour moi, sont deux énormes génies de la production. Chany est, lui, plus tendance pop new wave, c’est lui qui a produit par exemple C’est La Ouate de Caroline Loeb (avec Dominique Farrugia dans les choeurs, ndr)…

C’est lui qui a produit son Narcissique aussi ?
Non, ça je crois que c’est plus la clique d’Esteban, ZE records. Chany, lui, c’est après, tiens écoute ça… (non, on te donnera pas non plus tout tout cuit dans tes oreilles grandes ouvertes, ndr) : 1983, inconnu et introuvable. Même époque que les trucs de Brian Eno, c’est le même délire, c’est vraiment, vraiment bien produit…

Et ce skeud justement, tu l’as trouvé où ?, qu’on parle un peu de tes sources…
Celui-là, c’est assez curieux mais il m’arrive souvent des histoires assez ésotériques avec mes disques d’ailleurs : là, c’était un matin où je ne savais même pas que ni Chany ni ce disque existaient ; je vais à St-Michel, dans un premier magasin, je trouve l’album, je l’écoute, je trouve ça mortel, je le prends à 2€, en revenant chez moi, je me rends compte qu’il y a des mecs qui sont prêts à payer cent fois plus, littéralement, et je vais après dans un deuxième magasin… et je trouve le maxi sorti en promo ! Référencé nulle part, il y a dû y avoir quoi, cent copies, le tout pour 1,50€.

Tu continues évidemment à chercher j’imagine, à amasser de la matière noire…
En gardant les yeux ouverts oui, où que je me trouve, que ce soit à Paris ou en voyage, à prendre parfois des risques, des fois je peux évidemment acheter des trucs horribles mais quand je peux, je prends mon pick up avec moi, qui est assez drôle d’ailleurs, en forme de coccinelle… En tout cas, j’essaie de me laisser influencer le moins possible par le côté un peu moutons de Panurge d’Internet, « ça c’est bien, ça c’est pas bien ». Ce qui m’amuse moi, avant toute chose, c’est de défricher. Alors maintenant, c’est vrai que vu les énormes volumes de digging qui sont faits sur le web, c’est très difficile de tomber sur des trucs dont absolument personne n’a entendu parler.

Déjà, rien qu’avec la communauté Discogs
Qui a changé beaucoup de choses…

Et dont on ne souligne jamais assez le rôle…
Discogs, c’est le truc que tu vas regarder quoi qu’il arrive : tu arrives dans un magasin de disques, tu trouves un truc ‘tu sais pas trop’, tu vas voir la fiche sur Discogs, « tiens, il y a plein de mecs qui le veulent, ça doit être pas mal » – ce qui n’est pas toujours le cas d’ailleurs… Entre Discogs, les vidéos sur Youtube, les réseaux sociaux, les blogs et les forums, on a maintenant un océan d’informations. Ce qui rend peut-être les choses plus très marrantes, du fait de cet excès, presque. Alors que moi, j’aime avant toute chose faire ça de manière très artisanale, à l’ancienne, rien ne remplacera le fait de trouver un truc que personne ne connaît dans un magasin de disques, rien ne remplacera le fait de découvrir un disque que t’as entendu chez un autre mais dont tu n’as évidemment pas le nom, et l’écouter dans des conditions optimales plutôt que sur une vidéo un peu merdique sur Internet… Je trouve qu’on s’amuse plus dans le monde réel que dans le monde virtuel, faut pas trop se laisser gagner par ça, on voit même des sortes de maladies mentales se développer sur la musique du fait de ces excès d’Internet, qui rendent le truc beaucoup moins fun, des guerres entre des mecs qui se connaissent mais qui s’étripent sur Facebook par exemple, parce que l’un a soufflé à l’autre un disque aux enchères sur eBay… Honnêtement pour moi c’est ça le truc, aller découvrir, chercher. Après, c’est vrai qu’on peut rentrer chez soi bredouille, c’est pas tout le temps marrant, des fois on n’a pas le temps d’aller en brocante, mais je préfère ça que d’aller sur Internet choper les disques qu’il faut passer exactement à tel moment, pour ressembler à plein d’autres gens qui font la même chose dans le monde entier… Moi ce qui m’amuse, c’est comme un cuisinier qui fait la cuisine du marché du jour, je passe ce que j’aime à un moment, que je viens de trouver généralement, que je mixe avec des trucs que j’ai depuis très longtemps parce qu’à cause du manque de moyens ou de temps, régulièrement, je suis bien obligé de faire un peu de recherche archéologique dans ma collection…

Donc oui, dans tes classiques à toi, il y a beaucoup de New Beat, j’ai l’impression, non ?
J’aime beaucoup ça oui, d’abord parce que ça me rappelle une époque que j’ai connue : j’ai atterri à l’âge de quinze ans à Ibiza, en 88… Je sais pas mais ça a dû marquer mes oreilles (pour toujours), parce que c’est toujours un truc que j’adore passer. C’est super lo-fi, c’est très iconoclaste, c’est vraiment de la super musique.

Et l’EBM au fait, t’es pas tombé dedans ?
Je peux en écouter quelques trucs mais je n’en suis pas un expert, même s’il y a des trucs que je peux trouver vraiment bien, en tout cas la musique belge de cette époque-là, les Front 242 ou surtout ceux qu’on oublie toujours de citer, les SA 42 qui, d’ailleurs, ont enchaîné immédiatement après sur la New Beat, en se faisant appeler Amnesia, et c’est sous ce nom qu’ils sont sorti ce morceau, Ibiza, un morceau mythique, mais ils en ont fait des tonnes d’autres aussi, c’est un excellent groupe de New beat. Et après encore, ils se sont transformés en Pleasure Game, dont un des forfaits est un de ces tubes eurodance plutôt bien fichu : Le Dormeur (doit se réveiller), au gimmick hyper obsédant, pour le coup.


Que tu as en vinyle j’imagine…

Oui mais pour le retrouver, il faudrait que j’y aille à la truelle et creuser un tunnel dans mes rayonnages pour le retrouver…

Ce qui me fait penser à la discussion qu’on avait eue avec ton pote Lovefingers : les vraies raretés ne sont pas en mp3, d’où l’intérêt de continuer à chercher du plastique les mains pleines de poussière…
Et de ne pas les numériser en filant tes fichiers à droite, à gauche… Parce que c’est ça qui fait l’exclusivité aussi. Après, quand tu te ballades beaucoup, je comprends qu’il y ait plein de gens qui numérisent, pour des raisons pratiques, avec un petit Case Logic qui est l’équivalent de trois caisses de vinyles et pouvoir même faire techniquement, parfois, des choses plus impressionnantes niveau entertainment, avec des platines CD. C’est pas mon délire mais je comprends que ça puisse plaire.

Autrement, tu vas bientôt sortir un edit il paraît, non ?
Écoute, habituellement je suis assez secret sur ce que je fais en matière d’edits, pour des raisons qu’on ne développera pas dans cette interview. Techniquement de toute façon, je ne suis pas très au point sur l’outil informatique, donc quand je fais des edits, c’est avec un pote qui sait se servir d’un logiciel et avec qui on se ballade dans le morceau, mais moi honnêtement, je sais pas vraiment faire. Je sais juste chercher des disques et les passer (…) Mon but à moi, c’est de trouver des morceaux qui, en soi, sont complètement jouables. Surtout que j’ai pas beaucoup de temps non plus, pour faire de la musique.

Parce qu’on doit savoir aussi que tu n’es pas DJ à plein temps…
Ce que je n’ai jamais été de toute manière, j’ai toujours considéré que le dee-jaying était une façon d’équilibrer la rigueur que je m’imposais dans d’autres disciplines, ma partie un peu « dingue » et artistique qui s’exprimait là-dedans.

Une respiration ?
Exactement. Je n’ai donc aucune compétence de production de toute façon, à la base le dee-jaying vient d’un amusement, il s’est trouvé que mes mixes ont été entendus et que ça s’est mis à plaire à pas mal de gens mais moi à la base, c’était pas ça mon truc.

C’est la face lumineuse des internets ça, par contre…
Je peux même être considéré, dans une certaine mesure, comme un pur produit d’Internet, sauf que je jouais bien avant Internet, vraiment, et j’ai commencé à faire ma culture musicale bien avant que le web qu’on connaît ait existé, simplement j’ai pu avoir l’opportunité de mettre des mixes en ligne et d’un coup on reçoit des mails, des commentaires sur des forums des quatre coins du monde… Internet a contribué à rapprocher les gens par affinités et passions de toute façon et pour ça, c’est vraiment bien.

T’as un agent pour te booker au fait ?
Oh non, je suis à mon compte… Peut-être qu’un jour un agent aura envie de me faire tourner mais en général, les gens qui veulent me faire jouer pour ce que je sais faire savent où me trouver. Et puis, prendre un agent, ça peut vouloir dire se retrouver dans des plans pas forcément très fun et moi ce que j’aime dans le dee-jaying, c’est faire quelque chose d’amusant : amuser les gens et m’amuser moi-même. C’est même une super excuse pour sortir, que de faire le DJ (rires etc.) Tout ça reste donc une démarche pour moi, proche du hobby.

Un hobby cool, ainsi de passer des disques aussi dans des fêtes Tigersushi
Oui voilà aussi, je fais partie en effet de leur gang de DJs, de temps en temps on fait des soirées avec eux, c’est plutôt marrant, et d’ailleurs quand je joue avec eux, je joue beaucoup moins de disco et de trucs que je fais habituellement, c’est plus un exercice de style, je vais jouer des trucs beaucoup plus house, plus électroniques, plutôt New Beat, très même, scène allemande mi 80 notamment… Sans parler des Belges, parce que c’est quand même incroyable tout ce que les Belges ont pu sortir ! (…)

(…) voulant dire ici : discussion de maniaques qui n’intéressent que nous.

Nous qui vous donnons rendez-vous à la prochaine Mac À Dames Cowboys au Nano, le 30 juin.

Et en bonus, un mix de Vidal, fraichement sorti pour le tout premier podcast d’Edwin Europe. Bande son de la discussion.

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