
Mogambo, preuve par l’exemple qu’un remake peut être mieux que l’original, en l’occurrence Red Dust sorti en 1932, cinquante-un ans plus tôt, avec déjà le distingué et moustachu Clark Gable.
Avec Mogambo, le Kenya remplace cependant l’Indochine, l’Asie ne faisant plus autant rêver, d’autant plus depuis le tournage des fameuses Mines du roi Salomon.
L’Afrique : nouvel eldorado du tournage en plein-air, grandeur non décadente, pureté des paysages et exotisme encore préservé. Nouvelle frontière pour l’Homme blanc «civilisé», celles américaines et asiatiques étant tombées depuis quelques années déjà lointaines.
Et qui de mieux pour sublimer cette nouvelle frontière qu’un spécialiste du sujet ? Le bien nommé John Ford, John Ford, spécialiste des grands espaces, de la Nature et de la Frontière, as du western, admirateur de Lincoln, obsédé par ses racines irlandaises, quatre fois Oscar du meilleur réalisateur et alcoolique tout sauf anonyme.
Adoubé par Sam Zimbalist qui, bon pied, bon oeil, met la main au portefeuille de la Metro-Goldwin-sans-Mayer, le dernier ayant été limogé pour cause de présence prolongée aux courses et d’absence répétée au bureau, pas doué du don d’ubiquité…
L’historiette : deux femmes se partagent et se déchirent un homme sur un fond de savane : Clark Gable, arbitre version sugar daddy d’une forte trempe et aux tempes grisonnantes.
Les protagonistes pleines de progestérone : Linda Nordley alias Grace Kelly en femme mariée trop tôt à un anthropologue dont le motto n’était pas «premier sur la déconne» versus Ava Gardner jouant Eloise Kelly, femme libérée bien avant les années 1980.
Libérée d’ailleurs pas seulement sur écran, la Ava, du genre capable de balancer en plein tournage à propos de son mari Sinatra : « Il n’y a que cinq kilos de Frank, mais il y en a quarante cinq de bite ». Quand on parle de horse à propos du crooner de ces dames on devrait aussi penser au cheval… bref.
Grace Kelly est en fait le second choix de la production, MGM ayant d’abord jeté son dévolu sur Gene Tierney, belle parmi les belles et douée parmi les douées. Sauf que Tierney était en train de mal tourner, problèmes de santé mentale finissant en thérapie électroconvulsive pour conclure sur une mémoire façon gruyère, peu pratique pour digérer un script.

La Grace pas encore de Monaco n’est toutefois pas forcément un mauvais second choix : l’opposition brune-blonde est toujours plus facile à vendre à l’écran, chacune incarnant une conception caricaturale des féminités occidentales : chacune à un pôle du continuum du pigment pimenté, servant de miroir à la spectatrice se reconnaissant en fonction du caractère correspondant à son cuir chevelu en l’une de deux, choix du camp et de ses clichés.
Tout comme pour le spectateur qui doit choisir entre l’homme seul, séduisant et aventurier ou l’universitaire à la vie plus posée.
Construction symétrique parfaite des personnages au moment où comme par hasard, la femme libérée et l’homme seul deviennent de plus en plus récurrents à l’écran, d’abord sous un format édulcoré chez Hollywood, faut pas déconner non plus avec l’éducation des masses.


Pour la bonne bouche et le bon tympan, Mogambo est un des premiers films hollywoodiens tournés dans un lieu exotique à enfin avoir compris la force de la musique dans la construction d’une narration. Même si pour Les Mines du Roi Salomon, la MGM avait fait appel au grand Mischa Spolianslky, Hollywood continuait à s’inscrire dans son délire de musique grandiose faisant fi du décor voire du scénario.
Avec Mogambo, pas une seule musique occidentale de tout le film, sauf pour cet intermède chant/piano de Gardner interprétant Comin’ thro the rye. Hors cette exception, la bande son n’est composée que de musiques tribales, histoire d’assurer une immersion totale.
Pour se sentir dans la peau des ces occidentaux tout de khaki vêtu.
Khaki de haut, en bas, veste ou chemise safari sur pantalon du même coton.
Et il en a fallu du temps pour que ce look particulier devienne enfin intégré à la mode occidentale. Il aura fallu Hemingway surtout, cet écrivain globe-trotter parti en safari en 1933 où il rédigea sa nouvelle Les Neiges du Kilimandjaro paru en 1936 dans Esquire. Il est petit à petit associé à cette veste qui deviendra chemise puis chemisette, celle que l’on retrouve donc en unisexe dans Mogambo. Look consacré non pas en deux temps, trois mouvements, mais en deux films et plein de personnages.
Look khaki sur khaki pour les papis, mamies et les plus petits.
Version civile de celui du Pont de la rivière Kwaï.
Même tropique, même look, différentes situations.
Tu n’auras pas de chanson dans la tête à la fin de ce film cependant, juste des paysages plein les mirettes et l’envie d’enfiler une chemise safari cet été pour aller draguer les minettes.
Mais ne te sens pas obligé de porter la moustache façon Gable.
Sauf si tu as déjà 60 ans, là, c’est toi qui vois.
Pour le coup, on te vouvoiera.


2 réponses pour le moment ↓
1 Alex H. // 6 juillet 2011 à %H:%M
Tres bon poste, mais je prefere quand meme le ton de la traduction anglaise sur Khaki Chronicles!
2 admin // 6 juillet 2011 à %H:%M
Merci, post qui est aussi chez nous http://www.hellskitchen.fr/2011/07/05/mogambo/
en quoi ils sont différents ?
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