Tous les chemins mènent à Miranda.
Nos chemins à nous en tout cas : on avait déjà remarqué cette beauté brune au détour d’une pochette de disque pas piqué des veines : Vampyros Lesbos.
Chemin faisant, on l’a revue sur une autre pochette, en gros plan.
On a fini par faire le raccord : c’était Soledad Miranda.
Soleil noir espagnol.
Pas pour sa chevelure puisqu’a priori elle n’est (re)devenue brune que par la grâce de ses débuts dans le cinéma de genre horrifique gentillet gentiment parfumé à l’érotisme, sous la houlette d’une espèce de pygmalion : Jess Franco.
Avant, elle pratiqua aussi le genre yé-yé blonde, donc chansons souvent de la même couleur et profondeur, tout en commençant à enquiller les rôles au ciné.
Plein, il fallait bien nourrir la famille, papa maman les frères et les soeurs, oh-oh oh-oh ce serait le bonheur, comme le chantait un fameux électrocuté…
C’est à partir de sa rencontre avec Franco que le palier est franchi.
Pour devenir une sorte de mythe dans la mythologie ciné bis.
Certains parmi ses nombreux fans la voient comme la princesse de l’eurotrash… il y a de la concurrence pourtant.
Faut dire et avouer que son rôle phare dans Vampyros Lesbos a marqué les esprits.
Aujourd’hui certes, la revoyure du film fait un peu rigoler, scénario à l’intrigue attendue comme le jour qui se lève tous les matins, mais derrière tout ça, difficile de rester de marbre.
Il y a un truc dedans et ce n’est pas dû qu’au travail assez classe de Franco sur les lumières et la photo, l’atmosphère atmosphérique tout ça…
Soledad déchire l’écran, pas de doute.
Évidemment le fan n’est pas tout le temps dénué de basses pensées et l’effeuillage plutôt olé olé de Soledad dans ce même Vampyros Lesbos, comme la scène d’enlacement goudou avec Ewa Strömberg avant morsure pour suivre sa nature de vampire n’y sont pas pour rien, dans le culte.
Par contre, à cause du contexte espagnol serré du cul catho période Franco – le général facho, pas le Jess – ses apparitions à fleur de derme se feront le plus souvent sous pseudo, Susann Korday par exemple.
C’est Jess Franco qui lui trouva ce faux nom-là, en référence à une actrice allemande quasi homonyme.
Mais une fois le nom civil sous le manteau, foin des froufrou, sous n’importe quel prétexte on enlève ce qui cache la peau… Autrement dit, dans chacun de ses films, Soledad Miranda est plastiquement mise en valeur, le Jess avait du goût, pas fou le frelon.
Pas fou ni bégueule le gaillard : peu de moyens, pas moyen de se taper des séances photo à rallonge ni de convoquer une petite éminence du graphisme… Pour le poster de She killed in Ecstasy, on retrouve ainsi Soledad dans la même position et même petite tenue d’Eve que pour Vampyros Lesbos.
En d’autres termes : à poil.
D’où ce titre parfois traduit en français voulant surfer sur la demande de cul encore censurée : Lubriques dans l’extase… Au pluriel, fallait faire croire à une partouze.
On aimerait savoir combien de pigeons s’y sont fait prendre à l’époque.
On est là en 1970, l’année de la mort de Soledad.
Pas de bol, vraiment pas : elle était en voiture sur le chemin pour signer un contrat de long terme avec un producteur dont on dit qu’il lui aurait garantie une carrière et une légende.
Sur cette route du Portugal qu’elle-même avait emprunté pour les besoins d’un autre film, en compagnie de son futur mari dans la vraie vie, pilote et acteur ci-devant au volant, ce qui ne l’a pas empêché d’aller s’encastrer sous un camion portugais, caraï.
Genre d’ironie macabre.
Et condition évidente du mythe.
Façon de ne jamais rester seule car mythe égale fans pour la vie après la mort, modalité pour niquer le poids et le sens littéral de son prénom : solitude…
Instant fleur bleue.

















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