TÊTE BRÛLÉE

Cinéma
12 mai 2011

J.X. Williams a failli se faire effacer. Effacé comme un film par un autre sur un quelconque DVD-R ou une vieille VHS.
Effacer dans le sens buter, aussi… Pourquoi tant de haine ?
Parce que Peep Show.

Son maître film conspirationniste comme on disait alors pas, mit sur pellicule ce qui normalement se sait 20 ans après, comme la poussière sous le tapis de mémé qu’on époussette, quand elle a crevé.

Peep Show exhibe non pas de la chair pour saucisses mais tout ce qu’on disait hush hush : les liens entre le Syndicat et Hollywood, la fonction de Sinatra dans les coulisses du showbiz et sa mise sous cloche opiacée par ses amis encombrants de la Famille, Sam Giancana et ses amis, la conspiration pour buter Kennedy, le penchant trans’ de J. Edgar Hoover, les putes et les drogues.
Bien avant Ellroy vois-tu…

Du coup ce fut direction sortie d’urgence. Loin, très loin dehors et vers les pays de l’Est, sinon : la mort. Car d’après lui, ce n’était pas même une étiquette de blacklisté qu’il aurait eu sur le dos mais un écriteau pour anciens du Murder Inc.
Faire-part de décès pour la tête brûlée, à moins que juste panier percé, d’aucuns parlant d’une dette de jeu phénoménale du J.X. envers ses copains du Milieu.
On ne sait.

Apparemment il se serait toutefois arrêté avant le Mur, en tout cas il rencontre Henri Langlois vers 1965 et lui fait visionner ce Peep Show vénéneux, sous le charme duquel le papa de la Cinémathèque française tombe.
En revanche, Peep Show ne sortira jamais sur les écrans aux États-Unis, censuré officiellement pour pornographie… Ce qui lui vaudra un séjour dans une geôle italienne, à moins que ce ne soit pour une autre moins avouable, on ne le sait toujours pas.

Parce qu’en effet, le J.X., en plus d’être un dur à cuir – il est toujours vivant, a priori en Suisse – est un dur à suivre. Beaucoup d’ombres et de trous noirs, autant sur ses films que sur sa vie. Comme si sa vie était le meilleur scénario qu’il ait jamais écrit…
Tout se mélange, on parle pas partouze mais réalité versus fiction.

Mythe et mytho, ses infos ne sont pourtant pas seulement du blabla parano, or d’où les tenait-il ? Hein dis donc.
Mate la bio : déjà tricard à 17 ans chez les studios pour avoir suivi les pas de son père dans le monde des syndicats militants (pas les infiltrés du Syndicat) donc catalogué communiste en plein maccarthysme, il arrive à revenir dans le jeu par la petite porte de derrière en s’abritant sous un faux-nom en tant qu’assistant de prod’ d’un film de troisième zone (pour surveiller la conso d’alcool d’un des acteurs sur le plateau…).
Sur le plateau duquel il rencontre le dénommé Johnny Roselli.
Un des pontes de l’Outfit de Chicago, pas un rigolo donc (d’où Giancana…) mais qui, se prenant d’affection pour le jeune J.X., l’envoie chercher travail et bonheur chez un pote faisant du « art cinema ».
Du porno, en fait. Ou sexploitation comme on disait dans les 50′s.
C’est ici qu’on se demande si le scénario de In the Soup, avec Seymour Cassel en margoulin interlope sympa, n’est pas tiré de cette histoire vraie…

Bref, dans la vraie vie J.X. finit donc syndiqué au syndicat des réalisateurs des films sous le manteau… Vite monté en graine, le jeunot passe réal’ de films de fesses dès ses 19 ans.
Jeune et vigoureux, on dit aussi que J.X. est devenu « impresario » de starlettes, trempant un peu trop ses pieds dans les eaux dangereuses fréquentées par l’ami Roselli.
Certes, il en apprend, mais souvent mieux vaut pas savoir ce qui se passe derrière les rideaux, car si tu sais, tu finis toujours par être dangereux alors si en plus, tu finis par en étaler une partie sur pellicule et grand écran…

Mais revenons à notre mouton et chien fou : comme J.X. ne se satisfait pas de filmer des bouches et des boules, il se lance donc dans son grand oeuvre, pour crever le plafond de verre à cocktail mondain avec Peep Show. Puis part donc dare-dare.

Il revient toutefois à L.A. et c’est là qu’on flaire pas qu’un peu le mytho car une assurance sur la mort contractée par la Mafia sur un gars jamais ne s’éteint, même si J.X revient à la faveur du début du grand ménage du côté des patrons et subordonnés de la Famille après l’histoire Kennedy et ses dérivés.

Histoire de pas trop la ramener non plus, il se tourne cette fois vers l’occulte, une autre de ses passions.
Pour commettre un brûlot expérimental : The Virgin Sacrifice.

Dans lequel hallu de taille 666, baves d’exorcismes et croix inversées pour faire joli sont plutôt évitées, foin du satanisme d’opérette, bienvenue dans l’avant-garde.
À-côté de lui, Kenneth Anger est considéré comme son fils, pas son maître.
Mais on re-perd les bandes, plutôt deux fois qu’une. Mauvais oeil, à défaut d’un troisième rougeoyant mal placé derrière la tempe…

Noel Lawrence (passé à Paris fin mars…) son biographe, si l’on peut l’appeler ainsi étant donné le secret qui entoure Williams, parle de lui comme le reflet inversé ou miroir diabolique de Forrest Gump : tout ce que l’Amérique du milieu 20è siècle voulait cacher, J.X. Williams l’a exploré.

Grâce lui soit rendue, au Noel. Par (douce) obligation professionnelle, il passait son temps à chercher les bandes les plus obscures du cinéma US, quand il est tombé sur son premier rush de J.K. et depuis : fascination.
Obsession et plusieurs docu.

Avec Noel, c’est cadeau toute l’année. À sa suite et ses côtés, des foutraques bien de chez nous ont alors pu ressortir un coffret en 3 volets, dont Peep Show, obligé.

Jean-Pierre Dionnet n’étant jamais très loin dans ces cas-là, et ses disciples non plus, c’est lui qui signe la préface des Dossiers interdits, traduction du bouquin de Lawrence sur l’objet de sa monomanie.

Parlant littérature, J.X. aurait été par ailleurs le ghoswriter de plusieurs scénaristes en panne, Viagra de la machine à écrire. Logique alimentaire : combiné à ses propres boulots dans le porno de l’époque, il en a profité pour sortir pas mal de romans de gare, littérature de fret, « novels » érotiques.
Des vierges et beaucoup de passion.

Quant à nous, depuis qu’on a loupé l’achat du DVD à sa sortie alors qu’on l’avait eu entre les mains, acte manqué, on suit sa piste sur le web et l’on n’a pas tout compris encore. Même en redoublant d’efforts.
On ne sait par exemple quelles vraies raisons l’ont définitivement fait partir de L.A. pour aller voir et tourner ailleurs, des bouses en général.

Reconnu par les générations suivantes, de Scorcese paraît-il à Waters et Tarantino, les historiens du ciné n’ont pas gravé son nom dans leurs bouquins la plupart du temps.
Travail effacé, plus efficace qu’une balle entre les deux yeux, même imdb est aussi vide que les testicules des spectateurs des ses films sexploitation, tous perdus.

J.X. Williams annonce pourtant le nouveau ciné US, celui des 70s, « tout le monde » semble le reconnaître.
Arrivé simplement et sûrement trop tôt, il en a plutôt chié toute sa vie, au point que même 20 ans après son arrivée précoce dans l’oeil du du cyclone à deux yeux – FBI et Mafia – le J.X. continuait à parler à ses interlocuteurs avec la main devant la bouche pour cacher le mouvement de ses lèvres, histoire qu’on ne lise pas ses paroles de loin… Technique bien connue (cf. Joe « Nicky Santoro » Pesci dans Casino par exemple) et très maîtrisée par les Fédéraux dans les sixties.

Ce n’était qu’un cinéaste pourtant, mais le cinéma avec lui, ça mène à tout.
À condition d’éviter de moisir macchabée dans les égoûts.

Cadeau bonus et P.S. bouquiniste :

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