Il y a des matches de foot de folie, ceux d’anthologie restés dans les esprits et d’autres que tout le monde, ou presque, préfère ranger au rayon oubli.
Tel ce Chili – URSS du 21 novembre 1973. Deux mois et dix jours après le coup d’État ayant renversé le gouvernement d’Allende.
Un autre 11 septembre.
Le seul match à notre connaissance où une équipe, celle du Chili, a joué devant un adversaire fantôme.
Victoire 1-0 et qualification pour la Coupe du monde en Allemagne, les absents ont toujours tort, ce boycott est à peine entré dans l’Histoire.
Tarte à la crème super fouettée de dire que le sport et le foot en particulier ont toujours servi les intérêts politiques – dans un sens ou dans l’autre, confer notre bus en Afrique et nos Tintin du délire chauvin – on ferait mieux de simplifier la pâtisserie et penser plutôt que le foot est un phénomène social total… dédicace Marcel Mauss.
Bref, même si l’URSS se positionnait évidemment comme soutien de ce qui n’était pas une révolution communiste au Chili mais un nouveau coin socialisant dans le jardin secret des États-Unis, il fallait pouvoir expliquer le pourquoi du comment d’un boycott de ce match et son auto-privation d’une caisse de résonance possible telle qu’une Coupe du monde.
Les Soviétiques avaient posé leurs conditions à la FIFA : pas question de jouer dans le même stade ayant servi encore un mois avant, de camp d’internement par l’armée de Pinochet pour regrouper après le coup d’État les milliers d’opposants, pour en torturer et/ou en éliminer certains.
Proposition : jouer sur terrain neutre.
Or, malins, les militaires chiliens font visiter, après son ménage, le stade aux émissaires de la FIFA ayant daigné faire le déplacement à cause de ce problème tendant à devenir géo-politique : évidemment, rien à signaler.
Le dernier message soviet’ à la FIFA demandait si elle accepterait que l’on joue un match à Dachau, humour rouge noir, en sachant bien que l’organe suprême du foot mondial dirigé alors par un João Havelange pas mal lié à la junte brésilienne, elle-même bientôt très pote avec la chilienne, n’allait pas transiger.
Bref, ce jour là les joueurs chiliens sont les seuls sur le terrain, passe à 5 et but du capitaine.
Pinochet ira voir « ses » joueurs avant qu’ils n’embarquent pour l’Allemagne en mai 74.
À Carlos Caszely, l’un des attaquants vedettes de la sélection chilienne, il lâche: « vous êtes le premier joueur de gauche à jouer pour la droite. » Et Caszely de répondre en gardant les bras croisés : « je joue effectivement à droite sur le terrain »…
Couillu le cabron, parce que le moustachu à casquette de général n’était pas connu pour son sens de l’humour.
Panache et forte tête : ce sera le premier joueur à se faire expulser pendant ces phases finales de 74…








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