ÉCHOLOGISME

Société
29 mars 2011

Revue du web #2

Sur la plateforme à l’oiseau bleu, il a été dit que nous trollions comme des libéraux. Peut-être bien, oui. On aurait pu justement, il y a quelques jours, le faire sur un espace digital ouvertement libéral : Le Cercle des Échos.
Libéralisme journalistique : exemple parfait de l’essai de Tiziana Terranova ; économie participative, nourrir la bête avec les réflexions pas forcément réfléchis des lecteurs-contributeurs.

Dans ce doux billet d’économie politique, on nous parle de l’Écologisme comme successeur du Communisme dans sa bataille rangée contre le grand méchant Capitalisme.
Pour survivre et enfin triompher, l’Écologisme doit donc éviter la logorrhée dans laquelle s’était abandonné le parti du métallo-mégalo Marchais.

« Le Capitalisme, fauteur d’inégalités, voilà l’ennemi du Communisme. Le Capitalisme, fauteur de dégâts irréversibles, voici maintenant celui de l’Ecologisme ! »

Auteur enthousiaste, persuadé d’enfoncer une porte blindée au pied de biche de la grande Idée, faisant l’amalgame entre une idéologie post-seconde guerre mondiale du capitalisme occidental et le principe économique régissant nos sociétés.
Étonnant de la part d’un ingénieur et économiste. Enfin non, après réflexion, car probablement économétriste n’ayant donc pas besoin de s’emmerder avec la théorie.

L’écologie ne lutte pourtant pas contre le capitalisme mais contre les conséquences du consumérisme, essayant « seulement » de rompre avec l’adage de l’économie classique stipulant que la transaction monétaire libère l’acheteur des actions du vendeur.
Légère différence.

Le capitalisme n’est pas responsable des «dégâts irréversibles», faudrait peut-être que M. Ymahe s’achète une paire de couilles au supermarché façon bumpernuts, pour qu’il puisse enfin voir la vérité en face.
Le Capitalisme est une trame dont nous avons brodée nous-mêmes la toile pour s’assurer de s’y perdre : le bien nommé consumérisme, que Baudrillard fustigeait déjà en 1970, bien avant la première crise qui allait enterrer pour de bon les trois décades si chères à Fourastié et son capitalisme planifié.
Et laisser place aux mastodontes de droite, Maggie et Ronnie puis tous les autres à la suite, gauche et droite du parti de gouvernement de la gouvernance mondiale comme on dit.
Changement de capitalisme.

« Y aurait-il une Ecologie de droite, et une autre de gauche ? Voici à quel débat ridicule la question se trouve ramenée. »

C’est pourtant une question plus importante que de vouloir avertir une idéologie politique contre une soi-disant logomachie.
Logomachie n’étant d’ailleurs pas la raison de la mort politique du communisme. Surprenant que des cheveux blancs puissent encore penser ce genre de choses ayant vu pourtant les montagnes russes du marteau et de la faucille.

L’ennemi de l’écologie, c’est le consommateur incapable de remettre en cause son schème de consommation, pieds et poings liés à son confort, préférant condamner le futur dans un jugement par contumace.
C’est aussi con que ça.
Simplet, comme ces éditocrates qui nous parlent à intervalles très réguliers de la cure d’austérité programmée longue durée, pour garantir l’avenir des produits de nos copulations, trop de retraités pas assez d’actifs, déficit public et tout le monde salarié à coups de trique.
Oubliant la finitude des énergies fossiles, bien plus gros soleil noir pourtant à l’horizon de nos chiards qui vont en chier dans 25 ans.
Mieux vaut pas en parler.

Car repenser tout le système de production, dans une structure communiste ou capitaliste d’ailleurs, est compliqué.
Va t’amuser à repenser l’entière chaîne de valeur et pas seulement jusqu’au consommateur mais bien au-delà, car le produit a une vie en tant que déchet une fois consommé, une trace écologique à gérer.
Demande à Laure Waridel, prêtresse de l’écosociologie, auteure d’Acheter, c’est voter.
On ne partage pas son délire inapplicable d’inclure les coûts « sociaux et environnementaux » dans le prix des produits, mais elle à le mérite de mettre le doigt sur notre responsabilité.
On vote à droite, on plébiscite le consumérisme, meilleur score que Chirac en 2002.
Ce n’est pas les cantonales, choix clair, pas d’abstention, tout le monde se déplace chaque jour aux urnes. Pas un devoir, un désir de solliciter ce joli modèle de société qui nous a si bien a façonnés.
«J’y pense et puis j’oublie, c’est la vie, c’est la vie» en boucle dans nos têtes de serin.
On n’a plus qu’à espérer une pandémie ou une nouvelle guerre totale pour libérer de la place et se sortir de la spirale dans laquelle nous sommes empêtrés.

Et en attendant de prétendus économistes essaient de nous faire rêver, bien qu’incapables de distinguer une superstructure d’une infrastructure, le capitalisme du consumérisme.
Ceci dit même Marx et Engels avaient négligé la question des outils de consommation, ce qui aurait pu remettre en cause leur théorie.
Bipolarité de l’infrastructure trop souvent oubliée.
Papy fait de l’utopie, se croit en L’An 01 après la conscientisation universelle.
Écologisme transpolitique.
Vision rose d’un monde noir corbeau, prisme du verre de vin.

« Il est frappant d’observer que l’Ecologisme jouissait déjà d’une certaine faveur en RFA, où il n’y avait pas de communisme, tandis que, en RDA, le Communisme empêchait l’Ecologisme de se développer, ou même d’apparaitre, comme d’ailleurs il en était pour les autres idéologies. Que le Communisme y disparaisse, et voici des Verts en Allemagne de l’Est. »
Ah oui, il y a un truc qui a empêché l’apparition des partis d’opposition dans les pays du bloc de l’Est, un truc qui s’appelait la dictature du prolétariat, menée par une smala qui se réservait pour elle les plaisirs du confort moderne. Et avec la chute du Parti dans ces pays, tous les autres sont apparus, pas seulement les écolos. Ouverture du système politique tout simplement. 
Presbytie argumentaire ou tri sélectif.
Au moins et pour cela, l’esprit occidental est plutôt doué, plus simple de trier ses idées sur le volet que ses déchets.
Article finissant sur un doux refrain scientiste : la science viendra nous sauver, Saint Simon reviens s’il te plaît…
Rêve brisé le 6 août 1945.
Depuis rien n’a changé.
11 mars 2011.

Alors vas y, critique le capitalisme, la logomachie écologiste, défends l’importance du développement d’une vraie pensée politisée, le résultat ne changera pas : trop empêtré dans un bourbier autogénéré, on est condamnés à canner et on ne parle pas biologie.
D’une façon ou d’une autre, notre génération ou une autre.
On est tous des croque-morts.
Six Feet Under, pas le paradis.
Tous en train de s’amuser dans la salle d’attente.

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