LA MORT AU BOUT DE LA BITE

Cinéma
28 mars 2011

« Un jour sans sexe est un jour de perdu. »
Cette maxime queutarde sort de la bouche du colonel Hogan, le personnage incarné par Bob Crane dans cette série qui s’appelait Papa Shultz quand elle passait sur M6, ou Stalag 13 quand c’était sur Canal.
Hogan’s Heroes en v.o.

Série CBS qui cartonna pratiquement dès la première saison. Et par la grâce de laquelle Bob, batteur plus qu’amateur et dj radio dans une grosse émission des matins de L.A. mais qui voulait de toutes ses dents sur le parquet devenir acteur et obtenant un jour le rôle phare d’un projet sur lequel personne n’aurait parié un kopeck, devint ce qu’on n’appelait pas encore un people.

Sauf qu’au début de sa gloire, le petit traintrain de Bob n’a pas déraillé, il continue d’aller à la messe avec bobonne et enfants, ne boit pas, regarde les filles passer avec un air de saint Aintoine détaché des choses de la vie animale.
Saint nitouche même si le feu couvait apparemment, en tout cas Paul Schrader dans son biopic le montre collectionnant déjà les revues porno découvertes dans le garage par madame.
Car Schrader a en effet adapté le livre du dénommé Robert Graysmith pour en faire un film : Auto Focus.

Trouvant dans la vie et la mort de Bob Crane la matière parfaite d’un scénario parfait : comment un bon gars sympa, père de famille aux valeurs encore bien ancrées dans les 50′s (le film commence en 1964), ambitieux et rêvant mieux, trouve la clé des étoiles un peu par hasard, finit par parler avec sa face sombre un soir avec une bunny girl. Et qui, porté par le parfum d’Hollywood et de l’aura ne se voit pas tomber dans l’addiction de la pénétration, mantra « une journée sans sexe etc » dans les neurones, drogue dure du cul. Allant de mal en pis, et en pies.

Même s’il a la velléité, à force de racler les fonds de culotte, de tout arrêter et reprendre une vie normale, c’est trop tard. Il est assassiné dans sa chambre (miteuse) d’hôtel, crâné défoncé par le trépied de caméra qui lui servait, à lui et son compère ès luxure toujours prêt à filmer leurs ébats : John Carpenter – pas John Carpenter le cinéaste, John Henry Carpenter, joué par le toujours spécial Willem Dafoe.
La nuit de la soirée où il aura fait confession de sa volonté de décrocher à Carpenter, son ami pour la vie de débaûche.

Schrader, reprenant là l’hypothèse commune – cet homicide ayant beaucoup fait parler, la popularité de Bob Crane étant forte, la raison d’ailleurs de son ramassage systématique de radasses, même 10 ans plus tard, au gré de ses tournées pourries de théâtre de cabaret pour payer les pensions – désigne Carpenter comme le tueur.

Soit, c’est son choix et au fond, l’on s’en fout… Pour ceux que ça intéresse, sa culpabilité ne sera jamais prouvée.

Ce dont on se fout moins c’est l’idée que ce destin trop beau pour ne pas être porté à l’écran ne l’est que parce qu’il s’est mal terminé.
Le romanesque est dans le meurtre.
La réalité devant chair à fiction par la grâce d’une tête éclatée.

Alors, pas question pour nous de jouer les pères catho, façon celui qui vit par glaive périra par le glaive… Non, du tout : si Crane s’était réellement sorti de son intoxication aux poils de chatte et son obsession des seins pris au Polaroïd, on est là prêt à parier qu’il aurait fini comme n’importe quelle ex célébrité : multi divorcé, vétéran des navets divers et avariés, sans une thune, alcoolo et maladivement nostalgique de ses grandes heures.

Il n’est passé à la postérité que par la « grâce » de son assassinat, son passeport pour l’éternité, on se répète.
À ce propos et comme pour preuve, nombreux sont ceux, il doit bien y en avoir un ou deux parmi vous, qui connaissaient déjà cette histoire.
Sûrement moins nombreux sont ceux à avoir vu Auto Focus (2002).

Or on ne peut pas dire que Schrader se soit finalement remis de sa propre descente aux enfers de la médiocrité et de son éjection de la bande des Scorcese et compagnie, à force de coups fourrés et de paranoïa mal placée .
Autant, dix ans plus tôt, avec Light Sleeper et Willem Dafoe déjà en acteur principal, on aurait pu croire qu’il revenait à un niveau au-dessus de la mer et de la merde telle la Féline, autant avec Auto Focus on reste encore sur notre faim.

Pas faim de stupre ni de glauque, le cinéma étant la plupart du temps toujours moins fort dans ces sujets que les romans noirs pour ne citer qu’eux mais faim d’un supplément au seul réalisme bien ficelé d’un finalement pur fait-divers.
Faim d’un supplément d’âme damnée et dont les thèmes toujours charriés à la grande époque de Schrader tournaient torturés autour de la violence, notamment sociale, la frustration, la rédemption, la culpabilité qui ont fait à notre avis qu’on partage, d’un Abel Ferrara en particulier une sorte de fils caché.

Mais Schrader vieillissant a rangé ses pathologies dans un placard fermé.
Dommage.

EmailShare

RELATED POSTS

0 réponse pour le moment ↓

  • Il n'y a pas encore de commentaire mais le formulaire ci dessous vous tend les bras....

Laisser un commentaire