
Blague de la Copa del Mundo, Messi ceci, Messi cela, danseur de tango avec le ballon.
Fils de ou plutôt héritier de Diego, la nariz de Oro….
Ça s’émeut devant l’écran sans pour autant donner de référent.
Parce que le référent, le géniteur, le donneur, le casseur de reins originel est un certain Friedenreich.
Nom qui sent l’alboche et pourtant…
Fils métis d’un immigré germain et d’une brésilienne au teint brun.
Père commerçant, mère locale et lavandière, enfant de Sao Paulo, pas encore ghetto.
Samba et hambourgeois.
Cale-toi au fond de ton siège avec un verre de Caipirinha.

Friedenreich, enfant doué mais à qui les terrains sont prohibés.
À force de volonté et surtout de piston paternel, il rejoint une équipe au nom univoque, SC Germania.
Papa pas con, car le fils, semble-t-il, a un don pour manier le ballon rond.
Car sans Papa teuton poto d’Hermann Friese, le football n’aurait été qu’un doux rêve à goût aigre.
Racisme oblige, Arthur Friedenriech en prend plein la caboche, au propre comme au figuré et finit par se la teindre.
Poudre de riz sur le visage et gomina, presqu’un look de geisha pour mieux exceller dans l’art du futebol.
Pour te donner une idée, lorsqu’en 1923, Vasco de Gama, le futur club de Romario et seule équipe polychrome, remporte le titre, les ségrégationnistes de Flamengo, Fluminense et Botafogo essayent tout simplement de virer le club.
Bonne ambiance chez les buveurs de Cachaça, c’est pas encore le carnaval façon Tony Freitas…
Mais reprenons : le Tigre, et c’est pas parce que la poudre de riz faisait de lui un mec rayé, aurait donc inventé la feinte de corps et le coup de pied enroulé.
Rien que ça…
La légende veut que ce soit pour éviter une voiture…
C’est bien beau mais la voiture devait être blanche et arrivée crampons en avant, pour lui briser tout ce qu’elle pouvait.
À cette époque, on est fair-play entre Blancs seulement, et l’homme en noir est là pour faire régner cette règle…
Il est aussi le premier à se dire que taper le ballon depuis le côté pour donner de l’effet n’est pas une mauvaise idée…
Ballon fuyant pour style innovant.
Défenseurs et gardiens babas, pas cools.
Premier match à dix-sept balais, dernier à quarante-trois, sept championnats gagnés, neuf titres de meilleur buteur et mille deux cents buts marqués.
Véridique ou pas, selon Pelé, c’est bien Friedenreich le Roi…


Star nationale, et avec la création de la Seleçao Auriverde et le match contre les Brittons d’Exeter City FC le 27 juillet 1914, prophète en son pays convertissant le futebol en religion nationale.
2-0 et deux dents cassées pour le Tigre, l’arbitrage étant toujours aussi laxiste pour les non-blancos.
Deux mois plus tard, c’est en déplacement que les Canarinho vainquirent les Argentins 1-0 dans la coupe un peu bidon, issue du caprice du Général et Président du même nom, la Copa Roca.
Être mégalo est un sport comme un autre…
1919, première Copa America organisée sur le sol des bouffeurs de Feijoada. Freidenreich brille. Même les Uruguayens, pourtant double vainqueurs, l’encensent.
Le patte est apposée, ses chaussures sont exposées. Et pas présentées n’importe où, dans une bijouterie, le vrai joueur aux pieds d’or, Pé de ouro.
Le Tigre de son vivant est canonisé.
« Bizarrement », deux ans plus tard chez les Argentins où en tant que nazi on se sent bien, les joueurs au teint basané ne pourront simplement pas jouer. Résultat, le Brésil perd en finale face aux Gauchos au sang aryen.
Back by popular demand, 1922, Le Tigre est là pour offrir le titre.
Sans lui, point de salut…
En 1925, il vient avec le CA Paulistano tâter le ballon sur les terrains européens.
Huit matchs, onze buts et la France qui prend sa taulée 7 à 2 dont trois du Friedenreich.
Trois boules de geisha difficiles à digérer….
C’est l’autre Tigre qui a dû avoir du mal à l’avaler…

Aucune Coupe du Monde à son actif, cependant et malheureusement.
En 1930, discorde au sein de la fédération brésilienne, les joueurs du championnat de Sao Paulo sont gentiment conviés à écouter le match à la radio depuis leurs canapés.
Et en 1934, à quarante-deux printemps, il est privé de Mondial italien et ne peut donc pas assister aux interventions du Duce pour offrir la victoire à la Squadra Nera…
Le vrai Roi c’est lui.
Le Futebol samba aussi.
Et entre La Puce et Le Tigre, pas besoin de demander à Paul le Poulpe pour connaître le résultat.






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