NIL NOVI SUB SOLE

Style
20 juillet 2010

La viditude du web.

Prenons l’exemple d’une collaboration dont on dit qu’elle déchaîne les passions.
Dit seulement, parce qu’à part présenter en 140 signes A.P.C. d’un côté, et Carhartt de l’autre, toute la toile spé en a parlé, pour ne rien en dire.
Pareil évidemment, sur les grands supports très nobles et très distingués, comme Le Parisien.

Près d’une année que la rumeur prenait de de l’ampleur sur la toile pourtant.
Mais une fois publique, la nouvelle a plutôt fait pschit. Même sur les forums, pas de vraies polémiques.
À peine dans les commentaires.
Au mieux, pour dire que Joey Starr est un sucker.
Mouais, nous ça nous rappelle surtout que la fille Touitou était les deux pieds dans le rap français à sa grande époque (H.I.P H.O.P. l’émission, puis Delabel), cette époque où les lascars venaient ambiancer les D.A. de maisons de skeuds affamés…

La filiation a du bon car il semble bien que cette collaboration soit l’idée du fils Touitou, comme l’an dernier avec Supreme d’ailleurs, l’anecdotique collab’, inoubliable car sommet de l’oubliable.

Pour parler de celle-ci, certains présentent cette collab’ comme un match sur le terrain de coton entre France et USA…
C’est cela oui : à tous les coups ça marche, cette idée a été manigancée par Carhartt Europe a.k.a. Carhartt Streetwear, entité Vieux Continent de Carhartt US bien séparée.
La maison mère ne se risquera d’ailleurs sûrement plus trop trop à continuer sur la voie de la mode, après avoir reçu nombre de lettres incendiaires « j’suis pas cotisant d’un syndicat ouvrier pour voir Carhartt se transformer en marque de runaways », pour avoir voulu se la jouer en organisant des défilés.

C’est chez une autre population d’Amerloques que cette collaboration bicéphale va sûrement faire mouche : ces Ricains en mal de workwear repensé, de toile brune mieux taillée, de coutil de travail pour cols blancs. Ces ouvriers de l’écran.
Sachant leur éjaculation l’an dernier à l’arrivée de Carhartt Europe dans certaines boutiques US, plus la touche A.P.C. ici apposée, on voit mal autre chose qu’un gros bingo. Les familles de truckers vont être rassurés de voir leurs fils avec un logo de travailleur.

Au Japon, cela risque d’être une autre histoire de chiffons, puisque le terrain semble occupé et bien occupé par les collab’ Carhartt, Streetwear toujours, mais avec Watanabe – et l’on songe avec une larme de victime aux doudounes de l’an dernier, en pensant à celle de Fall WInter prochain pour se remettre d’appoint. Mais au regard du vivier de Japonais kiffant A.P.C., l’offre trouvera sûrement un débouché, comme dirait M. Jean-Baptiste Say.

Du coup, on repense au blog de Touitou sur Honeyee, où cette collab’ était annoncée dès le 26 juin, alors que la meute des gros poissons dans la piscine du web Mode Homme ont mis 15 jours à frétiller de la queue dessus… elle est passée où, la proverbiale réactivité du Net ?
On attend les CP officiels, exactement comme la presse d’avant : queue de poisson ?

Et on repense aux critiques plus ou moins virulentes de Touitou sur ce qu’on appelait dans le temps la blogosphère (cf. entre autres, son entretien avec Michael Williams d’ACL, tellement bien qu’il a été supprimé)… Rigolade par devers soi : n’aurait certainement pas le même statut aujourd’hui sans les onanistes du Net, capables d’en faire des tonnes, par exemple sur l’ouverture d’une boutique de la marque à l’acronyme en trois lettres, à Dover Street (Londres, pas loin du Market riverain).

Mais bref, avec cette capsule, A.P.C. devient le gentil colporteur, un Noé du prêt-à-porter offrant une sélection de co-brandés.
Plutôt que de se la jouer J.Crew et de simplement distribuer.
Mercatiquement parlant pour A.P.C. et politiquement pour la marque au C, la collaboration est le point optimum dans l’équation de la distribution.

Nil novi sub sole : rien de nouveau sous le soleil.
Autrement dit : sert pas à grand-chose pour les Européens. Il en sera autrement pour les Nippons et les Ricains.

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