
Frédéric n’est pas allergique à la poussière.
Depuis des années, il s’amuse à sortir vêtements et chaussures des endroits oubliés par consommateurs, revendeurs et fabricants.
Une sorte d’intermédiaire entre notre passé et notre présent, un deadstock hunter, en quelque sorte.
Archéologue de La Hutte et autres hauts lieux de pèlerinage.
Adepte de running shoes, il vient de monter VEAM avec un ami.
De la running fabrication France, label rouge, certification d’origine contrôlée.
Interview melting potes.

Comment a commencé ton intérêt pour le vintage? C’était juste autour de la sneaker au début? Ou tu t’es vraiment intéressé à la sape en général dès le début?
Je suis avant tout un grand amateur de brocante, bric à brac, tout ce qui est de seconde main tout comme mes parents, donc pour moi la messe du dimanche c’était plutôt les vide-greniers des alentours. Même si mes premiers amours en temps que chineur sont les meubles, à l’adolescence je me suis très vite tourné vers les vêtements, principalement chemises et t-shirts. Durant un long moment, j’ai entassé des quantités de fringues assez ridicules, j’achetais tout ce que je trouvais beau, et ça, peu importent les tailles. Les vêtements de seconde vie ne sont pas cher, je me suis permis de commencer des collections sans le vouloir : des t-shirts a écussons, chemises à pan des années 1950 à 1970, chemises de grandes marques des années 1980, vestes velours des 1970s, etc.
Pour les sneakers, c’est un peu différent. J’ai dans ma ville natale quelques vieux shops qui avaient des bacs de baskets à 100 francs, et skatant, j’avais besoin de changer régulièrement de chaussures et pour pas cher si possible, je me souviens avoir skaté avec des Americana (des Adidas ndlr). À force d’achats, le gérant du magasin m’a ouvert la porte de son stock ; et là, je me suis retrouvé nez à nez avec des baskets que je voulais plus que tout durant mon enfance, et que je pouvais tout à coup avoir à moindre frais. C’est à ce moment la que j’ai commencé a ne me chausser qu’en vintage.
Qu’est-ce qui t’intéresse là-dedans? Le produit ou aussi le fait d’avoir les modèles originaux et pas une simple réédition?
J’aime bien le fait de porter des vêtements d’époques différentes, d’avoir de vraies pièces sur moi, avec un minimum d’histoire. De meilleure qualité aussi, les vêtements à l’époque étaient fait pour durer. J’aime aussi savoir que peu de gens ont la même pièce que moi, il reste une certaine satisfaction d’avoir des pièces originales, je trouve.

Tu attaches beaucoup d’intérêt à la localisation de la production? Tu recherches quoi exactement? Parce que finalement, la qualité ne dépend plus vraiment de ça maintenant, le temps où les nouveaux pays producteurs n’étaient pas capables d’offrir des objets de qualité est révolue.
Ben, disons que la majorité des vêtements que je chine dans les vieux bouclards sont made in France. Après j’attache une vraie importance à la conception. Ça vient pas mal du discours des vieux vendeurs qui vantent la fabrication française, je pense. Pour eux comme pour moi, le made in France est un label, et ce, autant d’un point de vue éthique qu’esthétique. Avant le discours récurrent était : «oui c’est du made in France, c’est fait dans telle ou telle région, ça fait de l’emploi.», une sorte de projection géographique et sociale de la production textile. Pour pas mal d’anciens, l’intérêt porté au « made in France » est étroitement lié au sentiment de faire vivre l’économie de sa région ou de son pays.
En France, la production prend du temps, il y a rarement de grosses chaînes de production dans le textile, bien souvent produire 200 ou 2000 pièces ne change pas le prix de revient unitaire du produit. Les mécanismes d’économies d’échelle ne fonctionnent pas de la même façon que dans les pays émergents.
Faire du made in France, aujourd’hui, c’est un vrai défi. Je prends notre exemple pour relancer la production d’une paire de baskets fabriquée ici, nous avons dû mettre en réseau des usines qui n’avaient plus l’habitude travailler ensemble depuis 20 ans, recréer des pièces qui n’étaient plus produites en France depuis un bail, notamment les semelles. Tout cela représente énormément de travail de prospection et d’investissement personnel.
Lancer un produit manufacturé en France aujourd’hui, ce n’est pas commercialiser un produit quelconque fait à la sauvette. L’investissement en temps, en travail, mais aussi financier, est conséquent et donc se ressent à tous les niveaux (design, conception, matériaux utilisés, etc…) dans la qualité finale du produit.
Comment tu décrirais ton rapport au vintage et aux produits fabriqués en France plus spécifiquement? C’est récent ton intérêt pour ça? On en trouve encore facilement?
Ça regroupe plus ou moins tout ce à quoi j’ai pu faire allusion plus haut : avoir un vêtement rare avec une production qui me convient.
Quant au made in France plus spécifiquement, ça vient de mon père, avant d’acheter un objet, la première chose qu’il regarde, c’est le pays d’origine, peu importe le produit. Ça peut aller de la chemise au paquet de gâteaux.
Et tout ça s’est accentué après mes 19 ans (âge de mon permis ) quand j’ai commencé à digger des deadstocks.
C’est pas bien compliqué à trouver mais pour cela encore faut-il se lever tôt…



C’est quoi la spécificité française finalement? Le style marin, la moleskine et le style chasseur un peu anglais?
Pour moi, la spécificité du style français réside dans une certaine nonchalance, un laisser-aller dans la façon de s’habiller, des vêtements simples, très classiques et utiles.
Après je pense que le style (en vintage) varie en fonction des régions et des époques, l’après-guerre ça pourrait être le bourgeron noir, le pantalon velours grosse cote, chemise à pans et béret. C’était le style le plus répandu en province, qui a muté en bleu de travail et bourgeron bleu dans les années 1960.
Pour le style français plus parisien voire urbain, je pense que le personnage d’Antoine Doinel nous montre un bon exemple de ce qui peut avoir été le style français au fil du temps.
T’associes quoi finalement à ça? C’est un retour aux sources nécessaire? Ambiance saucisson, vin rouge et bistrot parce qu’on est rentré dans un monde super sophistiqué?
Oui, les vingt dernières années ont été des années « frime », « chic », « fric », colorées, et sophistiquées. On a fait une overdose de « trop » et renaît aujourd’hui sûrement une envie voire un besoin de se retrouver dans des chose plus simples, des classiques…
Et finalement, c’est pas cette surexposition de l’Americana, l’arrivée en force du Brittanica, qui nous donne envie de montrer qu’on a nous aussi un patrimoine de styles?
Oui c’est évident, avec une grosse volonté de ne pas laisser mourir ce patrimoine.
Enfin, dernière question à ce sujet avant de passer à autre chose, tu te considères comme chauvin?
Non, du tout.
J’ai juste eu, grâce à ma passion, la chance de découvrir et d’apprécier les produits de conception française. J’aime ce patrimoine pour tout ce qu’il représente en terme de style, mais aussi pour le savoir-faire qui va avec et je n’aimerais pas le voir disparaître des standards de la mode.

Parlons, un peu de la marque de chaussures de sport que tu as monté avec Vincent, Veam. Vous êtes donc partis sur une base de running, pour quoi un tel modèle, un sportif et pas un autre? Héritage du Coq?
Non pas spécialement, simplement nous sommes de grand fans de running des années 1980 & début 1990, avec une forte préférence pour Nike chez Vincent, et Adidas pour moi.
Ce qui est marrant, c’est que la première fois que nous nous sommes rencontrés, ce que nous avions en commun c’était les sneakers vintage, et puis à partir de là on en est venus à parler d’anciennes marques de baskets françaises et de leurs modèles et assez naturellement, nous nous sommes retrouvés en train d’évoquer le rêve de concevoir une running française qui correspondrait à nos attentes.
Aujourd’hui c’est ce projet là qui se concrétise plusieurs années après.

Ça n’a pas été trop difficile de faire produire des chaussures ici? Plus personne ne fait ça aujourd’hui non?
Si, ça a été un véritable chemin de croix.
Je pensais que chasser les deadstocks était déjà quelque chose de difficile, mais c’est du flanc à coté du travail que nous avons dû fournir pour remettre en route un réseau de production pour la création de cette basket. Notre ambition c’était une chaussure 100% made in France de A à Z, de la boite aux lacets. Pour cela, il a fallu que l’on retrouve le savoir-faire, perdu pour certains, des acteurs de production. Tout ça requiert un engagement considérable et ce à tous les niveaux.
Je dois avouer que fonctionner en tandem a été important pour ne pas baisser les bras.
Comment tu décrirais Veam? L’idée derrière, à qui vous pensez vous adressez, etc? Le nom vient d’où d’ailleurs?
Tout d’abord Veam c’est la volonté de proposer quelque chose de nouveau, une basket 100% française et de très grande qualité.
Pour schématiser, ce serait une chaussure qui reprend le travail que peut faire un chausseur classique haut-de-gamme, mais avec un look running.
Personnellement les sneakers que je trouve de bonne fabrication, ce sont les modèles que peuvent proposer les marques de prêt-à-porter haut-de-gamme, et très souvent, le style de celles-ci ne me correspond pas parce que soit trop excentrique soit trop « futuriste ». Je ne pense pas être le seul dans ce cas, Veam s’adresse à ces gens qui comme moi recherchent la qualité d’une chaussure traditionnelle avec un look classique de basket.
Pour ce qui est du nom c’est simple, c’est un acronyme, comme beaucoup d’entreprises le faisaient dans les années 1970-80, avec les deux premières lettres de nos noms de famille respectifs.

Tu penses qu’aujourd’hui en France, les gens intéressés par les baskets, commencent à s’intéresser aux chaussures faites chez nous?
Un des constats premiers que l’on peut faire lorsqu’on met son nez dans le petit monde des amateurs de baskets aujourd’hui, c’est que beaucoup de gens déplorent la qualité des produits qui sortent.
Je pense que c’est une conséquence de chaînes de production trop grandes et trop segmentées, il me parait clair que la qualité des produits pâtit actuellement d’une logique de taylorisation qui a été poussée à l’extrême par les grandes marques qui fabriquent des sneakers aujourd’hui.
En France, le fait est que ce problème de chaînes de production géantes et incontrôlables n’existe pas, ou alors dans une très moindre mesure.
Mais pour moi ce qui est vrai dans le domaine de la basket peut se transposer à bien d’autres secteurs d’activités.
C’est donc la première collection, il y a combien de modèles/coloris? Ca va sortir à quel prix? Vous pensez vous concentrer sur la chaussure sportive?
Oui ça sera la première collection, nous avons donc un modèle qui se décline en quatre micro-séries de différentes couleurs.
Le prix sera en accord avec le produit et l’éthique derrière celui-ci. C’est évident que nos prix ne peuvent être aussi compétitifs que ceux pratiqués pour des chaussures produites dans un pays émergent, mais la qualité de la main d’œuvre, des matériaux, du savoir-faire et même des conditions de travail découlant d’une production française ont un prix.
À l’heure qu’il est, nous pensons nous concentrer sur la chaussure sportive, c’est le domaine que nous connaissons le mieux et toujours de notre point de vue celui qui permet encore le plus de créativité et d’innovation en termes de qualité et de style.

Merci Frédéric.






9 réponses pour le moment ↓
1 Matemalune // 1 juin 2010 à %H:%M
Je les attends avec impatience ces tites chaussure !
Très bonne initiative !
2 Nikolian // 1 juin 2010 à %H:%M
Des baskets francaises, enfin, j’en cherche depuis longtemps.
Faut voir le prix, mais il sera sans doute plus justifié que pour une paire de Nike made in ???
Une date de sortie ?
un site internet ?
3 Cuisto // 1 juin 2010 à %H:%M
Voilà le site Internet http://www.veam.fr
Pas de date encore, mais très bientôt.
On vous préviendra évidemment.
4 Niko Mani // 1 juin 2010 à %H:%M
Excellent article-interview qui fait rêver ! Chiner les deadstocks, trouver des perles rares au détour d’une vieille échoppe, transformer sa passion en un projet concret… Bravo les gars, c’est un peu le rêve de tous les sneakers addicts que vous réalisez. Très chouette initiative.
5 LFH // 3 juin 2010 à %H:%M
Bonjour et merci pour cette itv. Je suis fondateur d’un site que recense et tente de valoriser les entreprises qui fabriquent — ou font fabriquer — en France tout ou partie de ce qu’elles vendent. Les motivations des créateurs de Veam recoupent totalement les nôtres (savoir-faire, production locale, emplois, etc.)… J’aimerais beaucoup pouvoir joindre l’équipe Veam. Pouvez-vous m’aider ?
Merci d’avance.
La Fabrique hexagonale
6 Cuisto // 3 juin 2010 à %H:%M
Salut La France,
Pouvez-vous nous contacter via le contact form du site?
Nous vous donnerons ainsi leur coordonnées par email.
Merci.
7 skilacci // 7 juin 2010 à %H:%M
de la bombe !!!
Enfin des basket made in france.. tout arrive !!
Si possiblme les amis de veam, faites nous des sortes de converse en toile.. je vous en supplie !!!! pas un truc qui fasse trop sport quoi qu’on puisse les mettre pour aller au taf !
bon vent à veam, je vous souhaite un succes enorme !
8 Kayak // 30 juin 2010 à %H:%M
yay ! Belle initiative, les chaussures ont l’air très sympa.
bravo à Veam et merci pour cet interview.
9 Burning bog // 26 mai 2011 à %H:%M
La boutique Graduate à Bordeaux distribue la marque.
Il reste quelques pieds dispos
bientot la noir et bleu.
le cuir d’agneau, le chèvre velour … JUSTE FOU
la boite est même en sapin du jura
le lien :
http://www.graduatestore.fr/
Laisser un commentaire