I play banjo in an old cotton-picking style – real smooth, real quiet. There’s not a lot of fancy licks.
Abner Jay est un de ces héros oubliés de la musique. Ok, il en existe des milliers et vous avez sûrement les vôtres, de ces groupes ultra obscurs dont tout l’intérêt pour vous est d’être obscur : si vous êtes deux à connaître, c’est déjà beaucoup trop.
Mais Jay c’est autre chose, Jay c’est l’Histoire. The last working Southern black minstrel.
La légende et les légendes.
Déjà, fils et petit-fils d’esclave, Abner Jay n’a jamais vraiment su quand il était né, son extrait de naissance étant parti en fumée dans un incendie et ni lui ni son père n’ont donc jamais pu en dire plus quant à son arrivée au monde. Il pariait sur 1921.
Où par contre, ça, il savait : Fitzgerald, Georgie, le Sud proverbialement accueillant pour les gens de couleur : Abner est fils et petit-fils d’esclave et c’est son grand-père qui lui apprend la maîtrise du banjo (et peut-être l’expression pisser dans un banjo…) ainsi qu’un grand nombre de chansons traditionnelles américaines du XIXè.
Jay intègre ensuite des troupes de minstrels : en 1932, il rejoint l’équipe du Silas Green Show à Atlanta (avec Bessie Smith notamment).
Il évoluera ensuite au sein des WMAZ Minstrels à Macon entre 1946 et 1956.
Après ces quelques dizaines d’années en groupe, Abner décide de continuer en solo. Il repart donc seul sur les routes du Sud tel un poor lonesome pas cowboy dans un mobile home aménagé pour se transformer en petite scène de concert et équipé de tout le matériel nécessaire.
Multi-instrumentiste de génie, son instrument fétiche est un long-necked à 6 cordes (batârdise de banjo qui aurait été conçu en 1748, si si, légué par son grand-père) et avec en plus de ça : harmonica, batterie et panoplie de bones ce qui renforce encore le côté traditionnel de sa musique – la coutume de bones player est quasiment éteinte aujourd’hui.
Alors oui, la musique d’Abner Jay est fille directe d’un répertoire, de codes et de techniques du passé, mais a accouché d’une modernité bien palpable : dépression, drogues, guerre du Vietnam font partie de ses thèmes. Si l’on écoute ses paroles.
Ou si l’on pense à sa manière bien à lui de vendre sa musique. Difficile même de dire combien de LP’s Jay a sorti.
Il a d’abord crée son propre label Brandie Records sur lequel sont sortis moult et moult cassettes et LP’s personnalisés. Tels Swaunee Water and Cocaïne Blues (la légende veut que Jay buvait chaque jour un peu d’eau de cette Swaunee River natale d’où peut-être, mais on pencherait plus sur la seconde partie du titre, sa bonne forme et ses seize enfants de sept femmes différentes) ou The Backbone of America is a Mule and Cotton.
Puis de signer des titres sur des labels un peu plus aguerris comme Peacock, LMI ou Wing Gate records.
Impossible d’évaluer le nombre de titre enregistrés, Abner s’est toujours vanté d’avoir eu plus de 700 chansons en réserve tout au long de sa vie mais encore une fois, on ne peut pas en dire guère plus sur leur destinée.
Abner Jay ne faisait pas de « concerts » mais des « shows ».
Des spectacles dans la tradition du ministrel, à base de blagues épiques, d’interludes philosophiques et d’histoires pataphysiques, le tout entrecoupé de musique puisant ses racines dans le folk, le blues et la country.
Soit tout ce qu’a apporté le Sud des Etats-Unis, historiquement et socialement.
On se répète mais on s’en fout : la musique d’Abner Jay est l’Histoire, l’Histoire d’un pays, de cultures et de racines, transposé au XXème siècle et s’étalant des années 30 jusqu’à sa mort en 1993.
Certes Abner Jay a été oublié, mais pas tout à fait complètement non plus.
Les amateurs d’outsider music le connaissent, les historiens de la musique noire aux Etats-Unis aussi, ses shows au bord des routes du sud lui valaient articles, hommages et réputation auprès de ses pairs (Muddy Waters ou Little Richard pour ne citer qu’eux).
Le jazzman, improvisateur et multi-instrumentiste Anthony Braxton disait de Jay qu’il était le dernier « American Master ».
Quand Tony parle, on l’écoute.
P.S. : Vous pouvez trouver des originaux de Jay à prix prohibitifs sur eBay sinon, deux compilations de ses travaux sont sorties récemment : une sur le label suédois Subliminal Sounds en 2003 et une autre en vinyl sur Mississippi Records, en 2009.













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