BEAT ÉLECTRIQUE

Art
6 avril 2010

John Giorno… Il y a des sujets comme ça, on se demande pourquoi on ne l’a écrit avant : on avait pourtant été voir son expo chez Almine Rech l’an dernier, en y loupant le vernissage.

On a revu certains des disques de son label à l’expo Vinyl à la Maison Rouge et voilà, l’on a enfin fini par y penser.

On a donc relu l’introduction à son Subduing Demons In America, Selected Poems 1962-2007 par Marcus Boon qui retrace la vie de ce doux dingue, poète, artiste et légende de la contre-culture américaine, d’un point de vue un peu plus impliqué que la notice wikipedia à lui dévolue.

Le hater qui est en nous a pensé un moment que John Giorno fut d’abord très fort pour se maquer avec tout ce qu’il fallait au moment où il fallait : amant de Warhol avant que Andy rime avec Factory (le « personnage » principal de Sleep, c’est lui : Giorno), puis de Robert Rauschenberg ou de Jasper Johns, il s’est ensuite rapproché de William S. Burroughs et de Brion Gysin une fois ceux-ci rentrés de Paris (1964).
Cet enfant de Long Island était alors le cul entre deux chaises : le Pop et les Beat.

Parlant cul, il y allait fort et c’était plutôt couillu à l’époque – 1ère moitié des sixties – vu son orientation gay très affirmée alors qu’on était encore loin de l’époque after Stonewall.
Mais c’est pas vraiment cet aspect-là qui nous intéresse.

On est d’ailleurs toujours en train de chercher dans le trou du cul, pour le coup mais du web, ne serait-ce que la pochette de son Electronic Sensory Poetry Environments, sa collaboration avec Robert Moog… Même sur discogs : rien et Google sert à rien non plus.

C’est avec Gysin qu’il commença à travailler sur magnéto le montage et démontage de bandes sonores, on ne parlera pas de sampling mais la démarche était déjà là. Forme et fond conformes à la démarche Beat et leur déconstruction/reconstruction, répétition/illumination (va lire ou relire Howl de Ginsberg et reviens…)

Avant-garde électroacoustique, Subway Sound, bruits du métro new-yorkais retravaillés et reconstruits grâce à deux magnéto, est une étape initiale de cette préhistoire du postmodernisme musical.
Gysin lui conseilla d’ailleurs d’envoyer ça à ses potes parisiens du Domaine Poétique, militants locaux desdites poésie sonore ou poésie action – non, on ne parlait pas de slam et Abd Al Malidiction n’était pas né…

Les années passant, les collaborations avec Burroughs s’enchaînant comme celles avec John Cage aussi, et la maîtrise de ces techniques s’améliorant, John Giorno est devenu une sorte de petit gourou des musiciens en vadrouille expérimentale, tels évidemment les deux grands malades formant Suicide. Ou Patti Smith. Ou Glenn Branca, ou Laurie Anderson, enfin bref, tout le who’s who arty new wave de l’époque, on va pas oublier Arto Lindsay ou Sonic Youth, et les Butthole Surfers aussi.
Et les Anglais : Cabaret Voltaire, Genesis P-Orridge et ses amis, Psychic TV puis Coil. Et bien d’autres.
Henry Rollins lui dit merci.

La fine fleur que l’on retrouve au gré du vent et du temps réunie sur le label à but non lucratif de Giorno : GPS, pour Giorno Poetry Systems.
Tiens, cadeau.

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