LE KRAUT C’EST PAS CHOU

Musique
24 février 2010



On en a parlé vite fait avec Tim Sweeney, on sentait le ventre de mamie de nouveau prêt à enfanter après moult circovulations – non, ceci n’est pas une des aventures du petit Robert, mais un jeu de mots pourrave comme le titre.

Ok, c’est une mamie américaine qui a voulu donner un nouveau grand père à son arrière petite-fille plus âgée… nous, on veut parler d’une mamie allemande.
Celle qui savait cuisiner la choucroute mieux que maman et qui sortait avec un des mecs de Faust.

Le groupe Faust, celui qui eut le malheur d’appeler « krautrock » un des morceaux de leur album titré IV, donnant à un journaliste anglais l’idée facile et légèrement condescendante d’appeler ce qu’il se passait alors en Allemagne de la même manière : krautrock.
Rock choucroute.

Indigeste un peu l’appellation, surtout que le krautrock, on en faisait en plein dans cette époque hippie épique, quand on s’élevait à fond les ballons dans les airs comme on mangeait des buvards ou buvait directement des gouttes de LSD dans une bouteille de Seven up… Le chou ça fait péter.
C’est pas bon de péter quand on monte loin là-haut, on croit que c’est un geyser d’oxyde de fer qui sort de ses boyaux.

Cette histoire du Seven Up est véridique, c’est même le nom d’un album d’un des groupes les plus foufou du genre : Ash Ra Tempel.
La bande à Manuel Göttsching (qui, lui, donnera plus tard un hymne techno tendance Detroit en croyant parler avec les astres…)
Une fois que les gars se furent donnés rv avec Timothy Leary. En Suisse, après que le Tim se soit tiré de ce qui commençait à devenir une prison dorée en Algérie gardée par des Black Panthers et Eldridge Cleaver en descente paranoïaque et qu’un de ses potes helvètes lui ait filé une petite fiole de gouttes lysergiques direct des labos Sandoz
Bonjour la limonade.

L’anecdote vient du livre de Julian Cope : Krautrocksampler, que vous pouvez lire intégralement sur Gogol, Kargo étant une maison d’édition qui n’a pas peur du gratuit, profite, c’est rare. Ce livre est une bible.
Mais on s’égare.

Donc : on voulait juste dire qu’à la base, les Teutons trippés et/ou arty (leur père spirituel à presque tous étant putativement Karl-Heinz Stockhausen) préféraient désigner ce qu’ils étaient en train d’inventer plutôt du nom de « kosmische musik ». Au moins dénommée comme ça, ça avait l’avantage d’être clair.
Et littéral.
Cosmique, pas comique, parfois même très chiant, faut pas pousser mamie dans les orties.
C’est sympa Tangerine Dream période Klaus Schulze mais bon, c’est pas pour les enfants.

Plus cool et moins j’essaie de communiquer avec les Martiens, ce qui demande un minimum de préparation, on conseillera d’abord et avant tout ce qu’eux-mêmes appelaient “Motorik“.
Dont évidemment les Kraftwerk sauront faire fructifier toutes les possibilités machiniques. Bah oui mon chou, Kraftwerk c’est complètement kraut à la base : motorik, moteur, voiture, autoroute, Autobahn en allemand… tu suis ou pas ?

Dans la première mouture du groupe, on retrouve même les deux doux dingues du groupe peut-être le plus motorik de tous, i.e. Neu! : une batterie métronomique, une basse non moins monotone et des bruits concrets divers et variés.
Répétitivité : mot-clé.

Et surtout, surtout, sache que tout ça, c’est beaucoup plus que seulement rock, le krautrock, puisque c’est comme ça qu’on l’appelle partout.
Dis pas free-rock s’il te plaît, non.
Julian Cope parle lui d’un croisement entre les Stooges, Sun Ra et les MC5, mouais, il est un peu trop anglais orienté punk sur ce coup-là.

T’as de tout et n’importe quoi en fait, c’est un continent comme la grande surface du même nom où tu allais faire tes courses avec ta maman, à moins que t’aies l’âge d’avoir connu les seuls Carrefour. Du n’importe quoi et beaucoup de très bon : Cluster, par exemple, on oublie toujours ce groupe.

Voilà, voilà on se sentait d’annoncer le revival arriver à grands pas pour jouer aux renifleurs malins, sauf que à vrai dire, le krautrock n’a jamais vraiment disparu.

Même et surtout pas dans les années 80, dont les rejetons les plus turbulents en sont les fils directs, et Sonic Youth, réfléchis deux secondes ou suis ce lien et reviens : tu crois que c’est eux mais non, c’est Can.

Pareil dans les années 90 : presque tout ce qu’on appelait « post-rock » en découle, ou essaie de choper dans un vide-grenier de qualité un Ganger en maxi chez Domino, tu t’y croirais.
Et Mouse on Mars, tu connais ?

Et aujourd’hui, tu t’y crois à mort dans le récent Beak>, le nouveau projet de Geoff Barrow. Ou… non stop, la liste est trop longue, aujourd’hui oui et pas que chez les musiciens d’ailleurs, hein les pochettes graphiques… bref.

Conclusion tout ça pour dire que les nez fins de Soul Jazz ressortent bientôt (début avril a priori) un double CD ou un quadruple LP sur le genre : Elektronische Musik: Experimental German Rock & Electronic Music 1972-1983.
Ni une anthologie ni un dictionnaire raisonné, un bon panorama à vue d’œil de tracklisting, que tous les pisse-froids sauront commenter négativement.
Justement il n’y a pas Negativeland sur cette compil’.
Parfait, ça fera penser à réécouter ça encore et encore.

Je te le dis, ça va valoir le coup, mais je te préviens, le chou c’est pas de la tarte.

EmailShare

RELATED POSTS

1 réponse pour le moment ↓

  • 1 A TRIBUTE TO CLUSTER | Hell's Kitchen // 27 février 2010 à %H:%M

    [...] fou la vie desfois. Démonstration : on fait un post un peu huluberlu éberlué sur le « krautrock » parce qu’une [...]

Laisser un commentaire