UNE FILLE QUI PARLE AUX HOMMES


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Vous savez à peu près tous qu’on met toujours dix ans à pondre un article, et sur celui qui nous tient à cœur depuis un bout de temps, on n’allait sûrement pas déroger à cette règle aussi bête qu’une bite. Surtout pas avec ce sujet du retour de la testostérone dans les fibres en coton, auquel on tient comme à nos poils.
Minya, de par sa position au sein de BPMW, l’agence à l’origine des salons (Capsule) et avec son recul par essence féminine nous a filés un coup de main, en tout bien tout honneur : en acceptant de répondre à nos questions un peu fermées de mecs butés comme des glands.
Et nous sommes bien d’accord avec elle.
On n’est pas des machos non plus.

Hell’s Kitchen : (Capsule) est devenu un des salons les plus influents de la mode masculine indépendante, un mélange entre des marques classiques d’outerwear, de streetwear haut-de-gamme et de marques néo-tradi. Vos clients mis à part, comment les sélectionnez-vous,  ?

Minya Quirk : Nous sommes un mélange des meilleures marques pour hommes qui existent, seules les marques authentiques sont choisies. D’une marque relativement nouvelle comme Maiden Noir, à une classique comme Baracuta, de Penfield à Gilded Age, nos marques ont une chose en commun : elles sont vraiment douées dans leur domaine. Nous choisissons des marques que nous aimons, respectons et dont nous sommes persuadés de leur intégrité, en matière de production, du design ou choix des matières.


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HK : 
Il semble que nous soyons face à une tendance double en matière de prêt-à-porter masculin. Workwear vs. Ivy League, les deux bien enracinés dans les années 1950. Penses-tu que ce retour résulte d’une sorte d’overdose de la tendance métrosexuelle ? Une sorte d’injection de testostérone?

MQ : Il y a clairement un retour vers une mode plus virile qui se dessine en ce moment. Et oui, je pense que c’est en partie dû à une overdose de la mode métrosexuelle, et aussi d’une mode qui était vraiment sortie des standards masculins et donc difficile à porter. L’Amérique est en plein changement en ce moment comme l’attestent l’élection d’Obama et la crise économique, je pense que les gens ont envie de retourner à un style plus authentique, pratique et qui a fait ses preuves. Regarde les icônes américaines, de James Dean à Robert Redford… ils ont un style fonctionnel mais courtois auquel tout homme et peu importe son âge, peut s’identifier. Du t-shirt uni blank à la chemise Oxford classique à col américain, avec un chino et une pair de boots en cuir, les hommes veulent se sentir à l’aise et virils, pas emmaillotés dans des vêtements trop excentriques, trop extravagants.
 


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HK : Toi qui est basée aux USA justement, penses-tu que ce retour est finalement orchestré à la fois par le Japon et l’Europe, le premier pour l’aspect outerwear (cf la dernière collection de Watanabe, inspirée par la chasse ou encore le retour de Woolrich grâce à Woolen Mills) et le second pour tout le pan néo-preppy, preppy castiglionien (Our Legacy, Won Hundred et compagnie) ?

MQ : Ironiquement, oui, l’intérêt hyper développé du Japon pour le vintage US – aussi bien pour le sportswear que le militaire ou le workwear, les pierres angulaires du streetwear – a permis de réintroduire ce style auprès d’un consommateur très modeux. Pourquoi ? Tout simplement parce que les Japonais reproduisent et réinterprètent ce look d’une si belle façon. Les classiques européens comme Barbour et Baracuta intéressent les consommateurs américains en ce moment aussi, je trouve. Le style européen a toujours été une référence, une école pour les Américains. Peut-être sommes-nous juste fatigués de notre look débraillé, mal soigné. Encore une fois, c’est un équilibre en train de se trouver entre le courtois et l’utilitaire, de gentleman un peu col bleu. Les nouvelles marques et leur style plus frais comme ceux d’Our Legacy ou de Nom de Guerre sont modernes et permettent ainsi à des hommes plus jeunes, plus cool d’être «habillés» sans pour autant ressembler à leurs pères. 
Et je pense que le style scandinave va continuer sa percée sur le marché nord-américain. 

 


HK : Avec ce retour aux origines du style masculin, il semble aussi qu’il y ait un fort retour des chaussures classiques, mais pas au sein du marché urban footwear (cf. la collection de shoes Supreme de l’été dernier par exemple) : pour vous qui gérez aussi le salon Compass, qu’en est-il ?


MQ : C’est clairement un moment difficile pour les grandes marques de sneakers ou tout du moins, on ne peut que constater un moment de rejet de la partie technique/performance des produits. Les Supreme en toile et même les Bruins en collab avec Nike SB sont belles pour leur simplicité, leur uni et leur style rétro. Un truc vraiment old shool avec une légère touche contemporaine pour marquer la différence. Des marques comme Clae ou Common Projects fonctionnent bien aussi, parce qu’elles sont indépendantes et c’est cela qui intéresse les consommateurs aujourd’hui, un achat pour montrer qu’ils ne sont pas si perméables face au mass-marketing. Encore une fois, c’est cette authenticité qui plaît aujourd’hui. Quand ils achètent les produits des grandes marques, ce sont des classiques, généralement unis, comme des Vans, Sperry ou des Chuck Taylor. On a vraiment les meilleures marques indépendantes chez Compass en ce moment. C’est une période vraiment intéressante car critique, le marché est en train de changer. Et c’est ce qu’on aime.
 


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HK : C’est la raison pour laquelle vous avez lancé (Capsule), pour avoir remarqué très tôt le marché évoluer?

MQ : Oui, on a vu l’aurore du marché du jean premium arrivée. C’était plus que saturé. On n’a jamais aimé les marques trop bling-bling, Dubaï, qui ont rejoint cette mouvance, et parallèlement on a vu une esthétique plus intéressante émerger. Nos amis s’habillent comme des vieux mecs chiants depuis un moment, désormais ce style de papy nanti avec une petite touche «street» (workwear ou militaire) saupoudré d’une bonne coupe est devenu mainstream. Enfin… pas complètement mainstream non plus. On se réjouit de notre position de segment de niche premium et exclusive dans l’industrie du prêt-à-porter masculin. Tout le monde n’est pas encore sensible à ce que nous disons, tout du moins pas pour le moment.


HK : Les t-shirts ont été remplacés par les chemises, c’est plus qu’une évidence, Oxford, flannel ou plaid, qui a incité ce retour selon toi ?

Les chemises ont eu leur heure de gloire puis le retour à l’anonymat, comme les tees graphiques… La mode restera cyclique. C’est au tour de la chemise qui se doit aujourd’hui d’être plus cintrée et de bonne qualité. Toute les marques devraient en avoir quelques unes. Les leaders sont nombreux, entre Gitman Vintage, A.P.C. (toujours bien coupées) Burkman Brothers, Our Legacy, Haversack, et les vieux de la vieille comme Brook Brothers, J. Press, Ascot Chang custom, etc. Thomas Mars de Phoenix est, selon moi, un bon exemple, notamment avec cette Oxford, col américain, bleue qu’il portait durant le Saturday Night Live cet été. Je prédis le retour de la chemisette !

N.B. : On a un point de vue différent pour la chemisette en ce qui concerne la France, pays du «ça ne se fait pas» comme dirait Rapaille : ceux qui dictent le bon goût ici ont toujours refusé la chemisette, trop classe ouvrière. Mais sait-on jamais…


HK : Au sein du mouvement outerwear, il semble qu’il y ait deux écoles finalement se faisant face, Classic Americana vs. Classic Brittanica, ce dernier étant un peu plus haut de gamme que le premier. Si l’Americana a fait son gros retour depuis un bout de temps, il semble que le second ait déjà emprunté le pas. Penses-tu justement qu’il puisse être le chaînon manquant entre le style Ivy et l’outerwear US?

MQ : 
Je pense que c’est un peu plus compliqué que ça, que la limite n’est pas si claire. Je doute que le Classic Americana disparaisse rapidement. Et ils ne sont pas incompatibles du tout. On pourrait trouver sans problème un placard avec une chemise imprimé lumberjack en plaid, une doudoune Penfield similaire à ce qu’on portait étant plus jeune, une veste Baracuta pour le printemps, une Barbour Beaufort et un Duffle Coat Loro Piana. Tout ça est concevable pour un homme moderne aujourd’hui.
  
 
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HK : As-tu l’impression que certaines marques essaient de se repositionner ou de développer un nouveau marché, plus mode? Que nous parlions de Red Wing et de sa présence au salon (Capsule) de New York, bien loin de son marché originel, ou encore Penfield avec ses nombreuses collaborations comme avec ARC ou WoodWood

Je vois moins ça comme un repositionnement que comme un développement de marché justement. Red Wing s’est simplement adapté à ses consommateurs et à la mode, les Américains vraiment pointus ont toujours aimé cette marque, et plus récemment la communauté mode s’est intéressé au style, à la qualité et à l’histoire de cette marque. C’est une simple réponse à une demande. Tout comme Penfield, qui s’est allié avec des partenaires de choix pour repousser ses limites et offrir à la marque de nouvelles perspectives. Une marque historique avec des marques pointues, comme la récente collab’ avec Rag & Bone, offrant typiquement ce que le marché attend aujourd’hui.

Le prochain salon (Capsule) aura lieu du 22 au 24 janvier au 10 rue Parc Royal à Paris.

Comments

Un Commentaire on "UNE FILLE QUI PARLE AUX HOMMES"

  1. Salon (capsule) 2010 | Hell's Kitchen on dim, 17th jan 2010 20:37 

    [...] Et d’ici là, relis l’interview de Minya. [...]





  



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