SCHOTT


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On vous voit venir, les anti-revival 90’s, à associer Schott au bombers à scratch, super laid, super boys band, les filles d’à côté.
Autrement dit, « Schott, c’est dégueu, c’est vraiment un truc de mec qui fait du tuning ».
Alternative hipsters hater : « le Perfecto Schott, c’est pour les victimes qui essaient de se la raconter rock, regarde Panos Yiapanis qui ne sait pas choisir entre Paul Simonon et Axl Rose »…

Bah mon gars, tu te fous le doigt dans l’oeil, tellement profond, que tu t’es abîmé les neurones.
Dommage.

Parce que Schott, ça sent le cuir, la bécane et l’huile de moteur.
Schott, ça sent la poudre des canonniers de la Marine américaine et celle des avions mitrailleurs de l’US Air Force.
Grosses couilles des années 1940 et 1950.
Avant que la marque ne se démocratise.

Schott NYC, ou Schott Lower East Side si les frères Schott, fils d’immigrés russes, avaient voulu la jouer encore plus « locals ».
1913, made in USA, à la main, en mode porte à porte, « on te fait une veste en cuir depuis notre cave, pour rider ta meule pour seulement 5.50$ ».
1915, les vestes anonymes deviennent Perfecto, en l’honneur d’un modèle de cigares qu’un des deux frangins, Irving, fumait.
Et en 28, c’est la première veste de biker, le Perfecto tel qu’on le connait, la veste de petite frappe ou « bully » comme ils diraient les ricains. Premier zipper sur une jacket un peu avant.

Chez Schott, on ne déconne pas, on bouleverse l’outerwear. Rien de moins.

Puis les années 1940 voient la marque habiller les « Boys », ces gamins envoyés dans les airs d’Europe ou du Pacifique pour bombarder leurs cibles de l’Axe. Caban pour la Marine et les fameuse Flight Jacket A-2 et G-1. Là est la source du mythe.

Car s’il y a bien une population qu’il fallait habiller pour devenir LA marque, c’était bien tous ces jeunes hommes rentrés un peu perturbés de l’Apocalypse, qui allaient revenir incapables de se réinsérer dans une Amérique nouvelle qu’ils ne reconnaissaient plus. Rentrés après s’être battus pour sauvegarder le rêve américain, le pays du bonheur n’était plus fait pour eux.

Surtout en Californie, l’Est californien en particulier, où commencèrent alors à se former les groupes de bikers pauvres qui allèrent donc chercher leurs bécanes pas chères dans les surplus militaires. Indian, Harley ou Vincent.
Notamment la Vincent Black Shadow avec laquelle l’un de ces motards téméraires défonça le record de vitesse le 13 septembre 1948, nu comme un vers à part son casque et un maillot de bain : 247 km/h…

Vitesse, alcool, groupes de jeunes hommes, contre-fraternité juvénile face à la société civilisée, voilà l’ambiance. Un peu gangs sur les bords.
Une ambiance qui commençait à faire du bruit. Celui de leurs moteurs, comme celui des médias.
Car dès 1947, le jour de fête nationale, les « Booze Fighters » (sic !), motoclub californien, organisent un « rallye » à Hollister. Sauf qu’ils sont 4000 à rappliquer, quasi tous parés de ces fameux blousons de cuir et de lunettes d’aviateurs… Ça donne un drôle d’air de dur.

Or un photographe de Life magazine est là à enchaîner les clichés argentiques, où l’on voit sur certains les bons citoyens apeurés recroquevillés derrière les rares hommes à l’étoile.
Scandale national, gros coups de vent dans les têtes des patrons de l’AMA, la fédération des motards américains, qui inondent la presse de communiqués pour désigner ces « animaux motorisés ne représentant que 1% des motards » comme des « outlaws ».
Outlaw, le hors-la-loi, sésame magique qui résonne des autres mythes structurant la psyché US : Jesse James, Butch Cassidy et tous les méchants adorés qui ont participé autant que les autres à la conquête de l’Ouest.

Marlon_Brando_The_Wild_One

Alors, avec l’article dans Life puis l’adaptation de cette épopée d’Hollister par Laslo Benedek pour construire le scénario de The Wild One, qui sortira la même année d’ailleurs que le premier single d’Elvis, ce qui devait arriver arriva.
Exportation du Perfecto sur la marché du vêtement -icône, symbole du mauvais garçon. Le bad boy que les filles adorent, n’est-ce pas Marlon ?
Ironie de la petite histoire : les vrais bad bikers d’alors, notamment les Hells Angels crées par Sonny Barger vers 1948 adulaient Lee Marvin, le chef de la bande adverse à celle de Brando, parce que lui, Lee, avec ses manches rayées et sa Harley, il craque pas pour la jolie petite pétasse du bled…

Finalement, l’Amérique dans les années 1950 n’est pas très différente de l’Amérique d’aujourd’hui : quand une star hollywoodienne porte un nouveau truc, tout le monde se l’arrache. Sauf qu’avant c’était un Perfecto et maintenant c’est un futal ambiance Dubaï par Christian Audigier. Les temps changent pour que « presque » rien ne change…

On va pas vous bassiner avec l’histoire de Schott NYC, il y en a bien assez sur la toile.
Mais s’il y a une marque qui mérite sa place sur le podium en matière de grosses couilles de rebelle sans cause, de rebelle urbain, et pas pour le cousin trappeur, c’est bien elle.

Born to ride.

Mildred : What’re you rebelling against, Johnny?
Johnny : Whaddya got?

(autre source biker bibliographique : la préface de Jean-Marc Barbieux dans « Gang » de Yan Morvan)

Comments

Un Commentaire on "SCHOTT"

  1. Couac chez Jofama | Hell's Kitchen on mar, 11th mai 2010 20:56 

    [...] cocktail qu’il faut pour se la jouer Schott version Odin et aller choper de la [...]





  



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