Sulfurique 31

William (Bill) Bernbach.
Souverain pontife de la publicité, révolutionnaire de la communication, il est l’initiateur du binôme concepteur/rédacteur et graphiste, pourfendeur de la recherche traditionnelle et source d’inspiration pour le personnage de Don Draper dans Mad Men.
Fervent de la théorie de William H. Whyte, qui prônait la révolution créative et l’épanouissement de soi, il est celui qui a transformé les pubs rationnelles expliquant les qualités des produits en des pubs émotionnelles où humour et hédonisme se cotoyaient, promouvant une vie « relax » et « cool ».
Il fallait comprendre la relation de l’individu au produit, les émotions en jeu pour mieux lui vendre le produit.
Numéro 1 du Hall of Fame de la publicité, il est celui qui aimait persuader les gens que la consommation, ou déjà le consumérisme, était salvateur et offrait le bonheur. Capable d’envoyer sur les roses n’importe quel annonceur n’aimant pas son concept, il est devenu rapidement la référence du monde de la publicité, le faisant passer du fameux costume gris de Madison Avenue au style relax de Beigbeder.
Premier hypermoderne du monde de l’entreprise, critiquant la conformité, pour mieux vendre les produits de ses clients, utilitariste de l’underground, premier tueur de tendance.
Le premier d’une longue lignée.
Sans lui, on ne nous aurait probablement jamais fait croire qu’en achetant un iPod, on pensait différemment mais tous de la même façon. Conformistes de l’anti-conformisme.

Sulfurique 30

Antoine et Barthélémy dit Mémé Guérini.
Les frères Guérini, originaires de Corse et installés à Marseille au milieu des années 20 dans le quartier du Panier, commencent leur ascension dans le Milieu marseillais au cours des années 30.
C’est pendant la guerre que tout se joue pour eux : par conviction ou par calcul, les deux frères et le reste de la fratrie (François, Pascal, Pierre, Lucien et… Restitude) prennent parti pour la Résistance, au contraire des deux parrains marseillais du moment, Paul Carbone et François Spirito, qui collaborent à pleines dents avec les Allemands.
Tandis qu’Antoine n’hésite pas à se faire son beurre en trafiquant avec ses supposés ennemis, ce sont Mémé et son autre frère Pascal qui se signalent le plus dans des actes parfois héroïques, au point que Mémé devient un pilier d’une branche du réseau clandestin Brutus-Boyer, où il rencontre Gaston Deferre…
Ainsi que Robert Blémant, sulfureux ponte des services secrets régionaux (ST/DST) et maître du double jeu, maîtrise qui lui permettra après-guerre d’être bombardé patron des services sur tout le Sud Est, comme un peu plus tard de commencer à monter des cabarets, puis des cercles de jeux -on en reparle.
Ces amitiés bien ordonnées vont propulser les Guérini au firmament, Deferre devenant le maire socialiste de Marseille en 1947…
On ne doit même même plus parler de boulevard ou de champ libre, mais de plaine à moissonner.
Ce qu’Antoine en particulier saura faire avec maestria, sachant reprendre les business laissés vacants par les caïds collabo désormais disparus et renforcer ses appuis dans le monde légal, rendant moult services comme celui d’envoyer ses gros bras sur des manifestants et dockers coco, sur demande au moins de Deferre, si ce n’est de la CIA, paraît-il.
Relations transatlantiques que les Guérini additionnent puisqu’ils deviennent les correspondants principaux de Lucky Luciano sur leur territoire, pour le trafic de cigarettes puis et surtout, de l’héro. Eh oui… la fameuse French Connection, c’est beaucoup eux.
L’appétit venant en mangeant, ces légendes marseillaises se lancent à l’assaut de Paris, en investissant notamment dans le secteur des jeux, en particulier le Grand Cercle. Avec… Robert Blémant en actionnaire.
Sauf que, en 1965, après avoir perdu des sommes faramineuses et après « la guerre des jeux » internes aux caïds français qui s’en suivra (mettant aux prises Marcel Francisci et Jean-Baptiste Andréani, l’associé des Guérini) Antoine prend la funeste décision, malgré l’opposition de Mémé, de faire abattre Blémant, la cheville ouvrière des accointances entre le pouvoir et le Milieu…
Trop, c’est trop.
Ce sont d’abord les exécutants du meurtre de Blémant qui y passent, dont le fils naturel de Mémé. Puis le 23 juin 1967, c’est au tour d’Antoine de se prendre onze balles de 11.43 dans le coffre (tirées, dit-on, par une autre bientôt grande figure de la pègre : Jacky le Mat).
La même année, appuis perdus, Mémé, Pascal et François Guérini tombent, pour le meurtre d’un cambrioleur ayant osé s’attaquer à la villa d’Antoine en plein pendant son enterrement…
« P.S. » : on retrouve un Guérini dans le monde de la politique marseillaise 30 ans plus tard, en tout bien tout honneur évidemment : Jean-Noël Guérini.
Élu président du Conseil général des Bouches-du-Rhône en 98 et patron du PS local, soutien de Royal jusqu’à il y a peu, semble-t-il.
Sulfurique 29
Le 8 mai 1945, le Japon était loin de rendre les armes… Le pays des kamikazes se battait même encore de toutes ses forces contre les États-Unis, sur les îles d’Okinawa, bataille qui ne se terminera qu’en juin.
Trop de pertes humaines, trop de résistance nippone, impossibilité de faire entendre la raison à l’empereur Shōwa, Hirohito, qui refuse l’ultimatum de Postdam… Harry Truman décide donc le 21 juillet de lancer la procédure atomique : c’est en tout cas ainsi que l’on présente souvent la décision présidentielle (notamment dans le documentaire un peu orienté et en 14 feuilletons The War).
Le 6 août, premier champignon sur Hiroshima… Hirohito fait toujours la sourde oreille, malgré les 90 000 à 140 000 morts directs, malgré un deuxième ultimatum.
On dit aussi parfois que le gouvernement japonais avait dès après Hiroshima entamé des négociations secrètes sur la reddition du pays, d’autant plus que l’URSS lui déclare la guerre le 9 août, le même jour que le largage de « Fat Man », le petit nom donné à cette seconde bombe… Théorie du coup de billard à 2 bandes : une 2è bombe A pour laminer le Japon et montrer sa force à Staline.
Le 9, c’est donc au tour de Nagasaki.
Fin de la résistance japonaise.
La 1ère bombe s’appelait, elle, Enola Gay.
Orchestral Manoeuvres in the Dark saura faire danser les souvenirs de la radioactivité.
Sulfurique 28
Erwin Rommel.
En cette veille de 64è anniversaire de l’armistice de 1945, il est encore temps de penser aux méchants vaincus. Notamment au grand stratège de la Wehrmacht, le général Rommel dont les opérations à la tête de l’Afrika Korps vont faire de lui le Renard du désert… et lui donner le grade de maréchal.
Un renard qui va tomber sur un os, le fort de Bir Hakeim tenu par les Forces Françaises Libres du général Koenig, dont la résistance va permettre finalement la défaite allemande (et italiennne) d’El-Alamein, tournant de la 2è guerre mondiale au même titre que la bataille de Stalingrad.
Rapatrié en Europe, Rommel est chargé de la défense du Mur de l’Atlantique et c’est lui qui en avril 1944 va prédire ce qu’il va se passer le 6 juin 44 : « Si vous pensez qu’ils arriveront par beau temps, en empruntant l’itinéraire le plus court et qu’ils vous préviendront à l’avance, vous vous trompez… Les Alliés débarqueront par un temps épouvantable en choisissant l’itinéraire le plus long… Le débarquement aura lieu ici, en Normandie, et ce jour sera le jour le plus long. »
Les cinéphiles parmi vous auront remarqué le titre d’un des plus beaux films de guerre américains, avec John Wayne, Robert Ryan et surtout un Robert Mitchum fabuleux, ou un Curd Jürgens côté allemand… bref.
Rommel était une star dans l’Allemagne en guerre, et contrairement à ce que l’on dit a posteriori de la Wehrmacht n’ayant surtout rien à voir avec la Waffen SS, Rommel est bien tombé sous le charme d’Hitler, et réciproquement.
Ce n’est qu’à la fin de la guerre qu’il participera et encore, de loin, à l’opération Walkyrie visant à l’assassinat du moustachu maléfique, tentative avortée.
Rommel sera ensuite obligé de se suicider, le 14 octobre 1944, pour préserver sa famille.



