C’est beau la guerre

Art
8 novembre 2008

Sarajevo, 1993 - 1994 © Enrico Dagnino



Avec la chute du mur de Berlin, tout le monde il était beau, et gentil.
Le paradis pour tous.
C’était la fin de l’Histoire disait un crétin.
L’expo photo d’Enrico Dagnino est l’antithèse de cette crétinerie : la Guerre Froide arrivait à peine à congeler les conflits… à partir de 1989, c’est reparti.
Tout se passait relativement bien au début mais à partir de Timisoara, ça a commencé à se détraquer.
Puis à vraiment déraper, en Croatie, en Bosnie, au Kosovo, en Serbie… En Azerbaïdjan aussi, mais là-bas c’était pas grave, car nos intellos télé n’en ont jamais vraiment parlé.

Avec cette expo, vous êtes télé-transportés loin du blabla des salons où l’on exhorte à la guerre constamment renouvelée du Bien contre le Mal.
Cf. une photo de Dagnino, à Vitez en Bosnie, où les « gentils » ont massacré exactement comme les « méchants ».
La guerre est toujours juste, quand on la voit de loin.

Tenja, Slovenie, juillet 1991 © Enrico Dagnino



Heureusement que des photographes de la trempe de Dagnino y sont, sur le terrain. Sur le terrain et sur leur terrain : le choc des photos, à la Paris Match, pour qui il travaille (et allez donc voir là-bas un diaporama très instructif sur ce que c’est, que de se retrouver au milieu de l’actualité…). Sans le poids des mots. Ces mots trop grands pour nos belles consciences, trop grands et trop gros mais jamais assez pour satisfaire ces egos.

Cette expo c’est comme un V.O. sans les sous titres. Pas de grille de lecture fermée. L’Histoire vue par les petites histoires d’un instant T. Une autre narration.

Heureusement qu’il y en a encore, des photojournalistes qui peuvent en un cliché tuer pas mal de clichés (ou les renforcer). Tels sur les immigrés en Italie.
C’est d’ailleurs souvent en Italie que ça se passe, Dagnino le sait sûrement.
Comme à Gênes : Gênes et la mort d’un manifestant alter d’une balle dans la tête. La mort anticipée de l’altermondialisme, trop 20è siècle. Le 21è allant commencer moins de 2 mois après : le 11 septembre.

10 ans de photo, 36 tirages de 1989 à 2001 et l’on pense à la direction que prend l’Europe, puisque cette exposition s’appelle comme ça : Europa.
Dédicace au film de Lars von Trier (celui d’avant le chiant Dogma, sa bonne période, celle de L’Hôpital et ses fantômes…) ? Peut-être.

Allez-y, profitez à fond de ce Mois de la photo, si vous êtes à Paris.

Europa (1989 – 2001), Enrico Dagnino.
Au Petit endroit : 14, rue Portefoin – 75003… pour vos beaux yeux jusqu’au 29 novembre.

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