
(photo : JR, « End of Tate exhibition », Londres)
À notre tour de surfer sur les fils d’actu.
Non, pas à propos de ce « clip » de rap français bien nul avec tous les clichés « hardcore de rue », programmé pour faire jaser les syndicats policiers -ça n’a pas loupé- mais qui a eu l’honneur du J.T. d’une certaine chaîne tout info parce qu’il met en « cause », un joueur de l’équipe de foot du RC Strasbourg là-dedans présent.
Encore une bonne occasion de relever le lien fait entre cités et joueurs de foot : c’est vrai ça, personne ne joue au foot dans les campagnes françaises, cette province chérie par Bernard Laporte le chantre des publics « sains »…
Notre propos, c’est l’usage vidéo.
Qui est en train de devenir une arme de construction massive.
Preuve en est : les derniers rebondissements autour de cette vidéo tournée, encore une fois, par Ladj Ly au moment où un jeune mec de la cité des Bosquets de Montfermeil se prend de sales coups de trique, dont certains ont été filmés en plein milieu du hall d’entrée (le 14 octobre). Vidéo transmise par Ladj Ly à Rue 89, qui se retrouve à son tour dans l’oeil du cyclone pour l’avoir diffusée.
Gros barouf, surtout que ces fonctionnaires chargés du maintien de l’ordre ont été lâchés par leur hiérarchie (et mis en examen après garde à vue), obligée qu’elle était de le faire, à cause de cette vidéo (et des témoignages qui vont avec).
Horreur pour le directeur de la sécurité publique du 93, faut allumer des contrefeux.
D’abord mediatico-politiques : en faisant tonner certain sénateur pour faire croire au bidonnage -sauf que Rue 89 vient de mettre en ligne hier les rushes complets.
Et surtout, ce qui fait un peu (juste un peu) jaser dans cette déclaration téléphonée, ce sont les circonstances atténuantes forcément attachées au forcément « travail difficile » des policiers dans ces non moins forcément « zones de non droit ». Du genre : on agresse nos policiers, ils répondent un peu rudement, c’est normal, l’homme a ses faiblesses que vous ne pouvez pas connaître, vous tous qui êtes affalés sur votre canapé bien douillet.
Discours implicite : on parle de zones de guerre, les règles ne sont pas les mêmes.
Comme quoi, rien n’a changé depuis 2005. Voire : empiré.
Puis les contrefeux administrativo-médiatiques : en annonçant que les opérations policières seront désormais filmées elles aussi, pour montrer le bon côté contrôlé des choses… On attend de voir. Notamment à l’heure du dégraissage du nombre de fonctionnaires (cameraman intermittent en galère, tu vas savoir où t’engager).
Mais l’on suppute à vue d’œil le choix stratégique de ces opérations vidéo, quand on sera sûr de ses effets unilatéraux.
Et l’on pense alors à un documentaire sur Arte expliquant les relations entre journalistes et armée américaine, des débuts un peu amateurs de la 2è guerre mondiale puis l’absence pas assumée du tout de contrôle lors de la guerre du Vietnam jusqu’à la théorie « embedded » appliquée à la gestion des images de guerre : marketing politique très poussé au sein du Pentagone.
Mouvement général qui touche également nos journalistes télé bien de chez nous qui ne filment ces quartiers-en-état-de-guerre que depuis la fenêtre d’une voiture du ministère de l’Intérieur, ou derrière des dos siglés Police.
Que voulez-vous mon cher Monsieur, on ne peut plus aller filmer tranquille, on se fait agresser (suite aux chaudes nuits à Villiers-le-Bel, on pouvait compter au moins 4 journalistes blessés), on est même obligé de payer des accompagnateurs qui nous garantissent la sérénité dans le cadre de notre travail professionnel…
Mais quand on se retrouve avec un cas « embedded inversé », c’est-à-dire un vidéaste du quartier voisin qui filme sans contrôle, on lui tombe dessus (cf. le sénateur UMP), sous la logique : amateur = point de vue pas professionnel = faux.
Ce que fait malheureusement Rue 89 à son corps défendant. En dévoilant le C.V. de Ladj Ly, au delà de son boulot Kourtrajmé : attention là hého, il a bossé avec Envoyé Spécial, France 5, bientôt avec Arte… c’est du sérieux.
Comme s’il fallait donner des gages de respectabilité. De sérieux.
Comme si le travail majoritaire de la presse sur les « quartiers populaires » l’était, sérieux.
Comme s’il fallait toute l’objectivité du journaliste pourvu de la carte de presse.
Primo, l’objectivité n’existe pas, par principe, scientifique : ça s’appelle la théorie quantique.
Deuxio, parce que ce travail majoritaire de journalistes encartés répond aux attentes des directions de rédaction, qui veulent un traitement pas très objectif de l’information, et pas un autre.
Regardez les Enquête exclusive de M6, c’est exactement ça.
C’est la guerre.
Et ça fait vendre. Des 2 côtés, du rap dégueu au Parisien.
Dans notre numéro 4 qui sera en ligne la semaine prochaine, on parle beaucoup de tout ça.
De foot, aussi.
Mais si, mais si (non, pas de Messi).
Update : aujourd’hui (28/10) le site de Marianne revient sur cette guerre des images, avec 3 questions à Hamé (La Rumeur), et ses réponses.
On y parle de 2 jours de délai entre la diffusion des images de Ladj Ly et le retrait du clip « hardcore » par Dailymotion, à la demande de l’UNSA Police : faux.
La vidéo a été mise en ligne sur Rue 89 le 19 octobre et le clip était encore visible sur Dailymotion vendredi dernier 24, jour du post sur ce blog.
Et ça nous fait sourire de voir Marianne se mettre de ce côté-ci de la barrière, vu le nombre d’articles et de journalistes maison criant à l’angélisme bobotiquement correct dès que quelqu’un ose ne pas chanter à l’unisson de la chorale sécuritaire…






1 réponse pour le moment ↓
1 uncle bob // 5 novembre 2008 à %H:%M
Ces images d’archives de Santiago du Chili en 73 sont très impressionnantes .
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