Art Anar
Je suis con moi des fois.
Quand nos amis de Carhartt nous avait parlés la 1ère fois de Sozyone, celui qui allait se charger de l’artwork des campagnes pub’ de leurs printemps / été et automne / hiver 2008, on était loin d’avoir fait le rapprochement entre Sozyone et… Pee Gonzales.
Waouuuuuh ! Pee Gonzales !!…
Magie des pseudonymes labyrinthiques.
Magie de la machine à remonter le temps : son 1er album solo, Whuz the P. ? fut l’une de mes plus grosses claques jamais reçues dans le distributeur à baffes du hip hop francophone de l’époque. Et c’était rare, j’étais dans le genre snobinard. J’ai toujours été con. Bref.
Francophone, c’est-à-dire belge.
Avec toute la clique De Puta Madre derrière : Smimooz Exel et DJ Grazhoopa en particulier.
Ces deux-là allant plus tard sortir avec leur ami anglais, Mr Greedy, un des meilleurs albums de rap indé jamais sorti, avec les zigotos rap porno Necro et Cage, ou les compères MF Doom et Megalon : Shady Sirens ça s’appelle. Sous le nom de Greedy Fingers et sur DC recordings.
Et c’était Pablo Gonzales de son vrai nom qui avait fait le logo, comme les pochettes de ses propres disques : on n’est jamais mieux servi que par soi-même.
Et « soi-même », c’était donc Sozyone, une figure bruxelloise (remember le R.A.B crew), déjà bien parti dans un style graffiti qui dénotait sérieusement. Comme son rap.
Il m’a fallu attendre aujourd’hui pour apprendre que le Pee était lui aussi un énorme fan de Kool Keith, l’inventeur de l’egotrip -notion bafouée par tous ceux, et ils sont trop nombreux, qui n’en ont retenu que la bavardise de l’ego, en oubliant la gourmandise du trip.
Si egotrip il y a dans son rap (un nouvel album solo va bientôt sortir), comme il y a dans sa peinture, c’est le « trip » qui l’intéresse.
« Un peu comme dans le rap que j’aime, j’aime bien l’idée du parallélisme : mettre en parallèle différentes imageries, notamment celle du taggeur et celle du voleur qui, lui aussi dans son genre, est un vandale. »
Sozyone travaille d’ailleurs sur un livre d’illustrations dont l’histoire tourne autour de cette superposition des thèmes : un voleur qui s’introduit dans ces hôtels particulièrement particuliers, et qui dessine par dessus ce qu’il croit être des croûtes. Sans le savoir, son oeuvre de monte-en-l’air arty va être vite repérée par les victimes de ses larcins, jusqu’à que son art de cambrioleur pas passé par les Beaux-Arts soit exposé et vendu chez Christie’s…
Parabole sur la vie de certains de ces artistes qui ne savaient pas qu’ils étaient artistes avant qu’on ne le leur dise : validation et récupération… Qui a dit Basquiat ?
C’est pas moi monsieur, c’est lui… qui continue : « Le voleur, ou l’anarchiste, le terroriste… Par exemple, je suis très Goldorak tout autant que bande à Bonnot. J’essaie de mixer tout ça, du 1er degré et de la fiction, pour sortir ce qu’on a dans les tripes, le venin qu’on a à éjecter. »
Hey, t’as dit Goldorak ? « Oui, je suis resté très kid, très grenadine et chocolat… C’est aussi pour ça que je suis bien incapable de tenir une conversation mondaine dans une foire d’art contemporain par exemple, je passe pour un trou du cul. »
« Quand tu es dans le graffiti, même si tu es un artiste qui pense à son art 24h / 24, qui se couche en pensant à des couleurs et se réveille avec de nouvelles formes, l’art contemporain ne fait pas partie de ton monde. Tout simplement parce que tu ne corresponds pas aux normes de l’art contemporain. C’est pour ça que les galeries sont pour nous la seule façon d’avancer. »
Et là, avec cette expo itinérante -tu es déjà passé par Londres, Berlin, Milan, maintenant Paris, bientôt Barcelone- tu es dans le genre gâté.… « C’est mortel. Je présente les toiles grand format (spray et acrylique) qui ont servi pour les campagnes Carhartt, en présentant aussi les croquis de préparation (dont certains sont à l’encre de chine). Parce que, contrairement à ce que certains ont pu croire, ces images sont tout simplement les photos des toiles, même pas retouchées sous Photoshop… »
Allez voir.
Galerie Magda Danysz
78, rue Amelot – Paris 11è.
du 28 octobre au 1er novembre.
vernissage ce soir avec les « Toxic » Solo et Uncle O aux platines.
Points de vue, image du monde
octobre 24, 2008 by Cuisto
Filed under Société, Webmagazine

(photo : JR, « End of Tate exhibition », Londres)
À notre tour de surfer sur les fils d’actu.
Non, pas à propos de ce « clip » de rap français bien nul avec tous les clichés « hardcore de rue », programmé pour faire jaser les syndicats policiers -ça n’a pas loupé- mais qui a eu l’honneur du J.T. d’une certaine chaîne tout info parce qu’il met en « cause », un joueur de l’équipe de foot du RC Strasbourg là-dedans présent.
Encore une bonne occasion de relever le lien fait entre cités et joueurs de foot : c’est vrai ça, personne ne joue au foot dans les campagnes françaises, cette province chérie par Bernard Laporte le chantre des publics « sains »…
Notre propos, c’est l’usage vidéo.
Qui est en train de devenir une arme de construction massive.
Preuve en est : les derniers rebondissements autour de cette vidéo tournée, encore une fois, par Ladj Ly au moment où un jeune mec de la cité des Bosquets de Montfermeil se prend de sales coups de trique, dont certains ont été filmés en plein milieu du hall d’entrée (le 14 octobre). Vidéo transmise par Ladj Ly à Rue 89, qui se retrouve à son tour dans l’oeil du cyclone pour l’avoir diffusée.
Gros barouf, surtout que ces fonctionnaires chargés du maintien de l’ordre ont été lâchés par leur hiérarchie (et mis en examen après garde à vue), obligée qu’elle était de le faire, à cause de cette vidéo (et des témoignages qui vont avec).
Horreur pour le directeur de la sécurité publique du 93, faut allumer des contrefeux.
D’abord mediatico-politiques : en faisant tonner certain sénateur pour faire croire au bidonnage -sauf que Rue 89 vient de mettre en ligne hier les rushes complets.
Et surtout, ce qui fait un peu (juste un peu) jaser dans cette déclaration téléphonée, ce sont les circonstances atténuantes forcément attachées au forcément « travail difficile » des policiers dans ces non moins forcément « zones de non droit ». Du genre : on agresse nos policiers, ils répondent un peu rudement, c’est normal, l’homme a ses faiblesses que vous ne pouvez pas connaître, vous tous qui êtes affalés sur votre canapé bien douillet.
Discours implicite : on parle de zones de guerre, les règles ne sont pas les mêmes.
Comme quoi, rien n’a changé depuis 2005. Voire : empiré.
Puis les contrefeux administrativo-médiatiques : en annonçant que les opérations policières seront désormais filmées elles aussi, pour montrer le bon côté contrôlé des choses… On attend de voir. Notamment à l’heure du dégraissage du nombre de fonctionnaires (cameraman intermittent en galère, tu vas savoir où t’engager).
Mais l’on suppute à vue d’œil le choix stratégique de ces opérations vidéo, quand on sera sûr de ses effets unilatéraux.
Et l’on pense alors à un documentaire sur Arte expliquant les relations entre journalistes et armée américaine, des débuts un peu amateurs de la 2è guerre mondiale puis l’absence pas assumée du tout de contrôle lors de la guerre du Vietnam jusqu’à la théorie « embedded » appliquée à la gestion des images de guerre : marketing politique très poussé au sein du Pentagone.
Mouvement général qui touche également nos journalistes télé bien de chez nous qui ne filment ces quartiers-en-état-de-guerre que depuis la fenêtre d’une voiture du ministère de l’Intérieur, ou derrière des dos siglés Police.
Que voulez-vous mon cher Monsieur, on ne peut plus aller filmer tranquille, on se fait agresser (suite aux chaudes nuits à Villiers-le-Bel, on pouvait compter au moins 4 journalistes blessés), on est même obligé de payer des accompagnateurs qui nous garantissent la sérénité dans le cadre de notre travail professionnel…
Mais quand on se retrouve avec un cas « embedded inversé », c’est-à-dire un vidéaste du quartier voisin qui filme sans contrôle, on lui tombe dessus (cf. le sénateur UMP), sous la logique : amateur = point de vue pas professionnel = faux.
Ce que fait malheureusement Rue 89 à son corps défendant. En dévoilant le C.V. de Ladj Ly, au delà de son boulot Kourtrajmé : attention là hého, il a bossé avec Envoyé Spécial, France 5, bientôt avec Arte… c’est du sérieux.
Comme s’il fallait donner des gages de respectabilité. De sérieux.
Comme si le travail majoritaire de la presse sur les « quartiers populaires » l’était, sérieux.
Comme s’il fallait toute l’objectivité du journaliste pourvu de la carte de presse.
Primo, l’objectivité n’existe pas, par principe, scientifique : ça s’appelle la théorie quantique.
Deuxio, parce que ce travail majoritaire de journalistes encartés répond aux attentes des directions de rédaction, qui veulent un traitement pas très objectif de l’information, et pas un autre.
Regardez les Enquête exclusive de M6, c’est exactement ça.
C’est la guerre.
Et ça fait vendre. Des 2 côtés, du rap dégueu au Parisien.
Dans notre numéro 4 qui sera en ligne la semaine prochaine, on parle beaucoup de tout ça.
De foot, aussi.
Mais si, mais si (non, pas de Messi).
Update : aujourd’hui (28/10) le site de Marianne revient sur cette guerre des images, avec 3 questions à Hamé (La Rumeur), et ses réponses.
On y parle de 2 jours de délai entre la diffusion des images de Ladj Ly et le retrait du clip « hardcore » par Dailymotion, à la demande de l’UNSA Police : faux.
La vidéo a été mise en ligne sur Rue 89 le 19 octobre et le clip était encore visible sur Dailymotion vendredi dernier 24, jour du post sur ce blog.
Et ça nous fait sourire de voir Marianne se mettre de ce côté-ci de la barrière, vu le nombre d’articles et de journalistes maison criant à l’angélisme bobotiquement correct dès que quelqu’un ose ne pas chanter à l’unisson de la chorale sécuritaire…
It’s coming…
Sacrée soirée

Notre inénarrable Wilee, D.A. photo de cette maison infernale, fait son exposition au Adidas store des Champs-Élysées, vendredi, cf. ci-dessous pour venir picorer du petit four.
Et ça va pas être un four, cette exhibition sélective de sa période « Wilee photographe presse musicale » comme un tintin zulu reporter..
Notamment son époque Groove magazine, quand Arno Fresh en était le rédac’ chef avant que ce mag’ ne disparaisse.
C’est Arno qui a écrit ce communiqué de presse, et l’on ne saurait mieux dire. Lui, il l’a vécu in vivo ce Wilee là.
(On en parlera aussi à notre façon, dans ce de moins en moins virtuel pdf HK #4 qui, si ça se trouve, va être en ligne le même jour que ce jour sacré pour Wilee…)
» L’instinct mortel, c’est le boulot de Wilee.
C’est comme ça qu’il nous apparait du moins. De l’instantané de légende. Des stars saisies sur le grill d’un plateau photo improvisé ou minutieusement préparé par un cuistot qui ne connait finalement qu’un mode de cuisson : cru mais au point.
Forcément, depuis ses premières sessions, ce coeur de b-boy a élargi son champ de vision comme son rayon d’action. Publicité, mode, magazines tendance, en passant par d’anonymes modèles charismatiques judicieusement mis en scène ou « snappés » dans le contexte ou décalés, le hip hop reste au coeur de son travail.
Au-delà même de ses sujets, c’est son approche qui est fondamentalement hip hop : directe, efficace, signifiante et souvent sociale. Mais avant même que Wilee ne saisisse le monde au travers du prisme hip hop, il a d’abord saisi le hip hop.
Témoin de ce travail : ces 29 photos choisies en toute subjectivité par son auteur. Parce qu’il a bien fallu choisir.
Certains parleront d’âge d’or, d’autres de paradis perdu…. Sans être aussi excessif ou catégorique, on concèdera effectivement qu’une époque est révolue, sans préjugés. Dans le hip hop comme ailleurs, peut-être un peu plus qu’ailleurs.
C’est mort, comme ont dit.
Imaginer capter les instants de vie des plus grandes stars de la musique entre deux portes, dans un couloir d’hôtel, dans un débarras ou tout simplement dans la rue est quasiment devenu utopique ou presque. Aujourd’hui, l’industrie du disque régule, contrôle, « triplechecke »… La seule image viable et diffusable est l’officielle. Flatteuse et bien retouchée merci.
Et pourtant, rien n’est comparable à ces moments précieux que Wilee a su attraper. Au bon endroit au bon moment. Et lorsqu’on parle de moment en photo, le temps se réduit considérablement. Mais limiter son travail à des considérations de planning et de timing serait désobligeant. Ce serait nier sa mise en cadre unique, son sens de l’éclairage brut et flatteur à la fois et sa façon de jouer avec son sujet.
Car si les clichés ont tout pour rentrer dans la légende, les sessions elles-mêmes sont légendaires. Je le sais, j’y étais.
Souvent disons…
Que les sujets se nomment Snoop, Redman,The Game ou Jermaine Dupri, qu’ils soient ghetto ou multimillionnaires, les players sous la lumières ont reconnu le player derrière l’objectif, saisissant le respect et la passion du photographe pour leur travail, leur culture, leur art.
C’est du donnant-donnant, du gagnant-gagnant. Le photographe se donne, le modèle lui rend. Wilee au boulot, c’est à chaque fois un film mémorable. Le photographe possède l’art de la mise en condition du sujet : articulation de grizzly, sens du décor, travail du cadre précis Wilee envoie. Il n’est pas rare de le voir se percher ou se vautrer par terre pour obtenir l’angle ultime, celui auquel personne d’autre n’a pensé. Pour un résultat mortel, au sens hip hop du terme.
Après plus d’une douzaine d’année de travail commun, et d’amitié, les anecdotes se sont multipliées et les souvenirs s’entrechoquent. Et il y en a bien plus de dix, de la session annulée pour cause de décès de Notorious B.I.G. au trip dans les bois de Géorgie pour découvrir la base de la Dungeon Family, la famille musicale d’OutKast, en passant par les sessions improvisées dans les locaux du légendaire label Rawkus lors de ses premiers mois d’existence ou le bâillonnement d’Eminem au gros scotch…
Des souvenirs que nous avons eu la chance de voir imprimés et parfois exposés.
En voilà 29, partagés une dernière fois. »
Vernissage le vendredi 17 ocotbre, de 20:30 à 23:00.
Au premier étage Adidas Originals : 22, avenue des Champs-Elysées, 75008 Paris.
Si tu veux venir, envoie ton nom et prénom à cette adresse et dépêche toi, conseil d’ami : expowilee@gmail.com
Si, c’est ouvert à tous mais faut être listé, on rigole pas pareil sur les Champs-Élysées.



