L’oeil et l’oreille

Au risque de reprendre le refrain repris en chœur par beaucoup, notamment dans le petit milieu dit des « cultures urbaines », dénomination aussi vague que la mémoire d’un fêtard le lendemain d’un open bar all night long (gâterie de pique-assiette qui risque de devenir bientôt un souvenir après la loi de cette ministre aussi tebê que ses pieds chaussés de Crocs roses hier à l’Élysée…) : « en France c’est la misère, les marques comprennent rien, elles se font du beurre sans rebalancer un peu de cet argent dont on a besoin pour beurrer le cul de la crémière », la marque Scion, filiale de Toyota, sponsorise le même milieu américain avec une prodigalité du chéquier à faire pâlir un Crésus russe.
Entre pages de pub à gogo dans les mag’, sponsoring d’événements importants (d’un « festival » Juxtapoz à un espace à la Art Basel de Miami en passant par une résidence d’artistes à Baltimore pour ne citer que quelques exemples passés), financement de tournées de dj’s et les mixtapes qui vont avec, édition d’un magazine gratuit distribué dans tout le pays etc. etc., on voit mal Peugeot-Citroën ou Renault faire la même chose.
Qui vivra verra.
Du coup, maintenant que le sens européen appliqué à l’art appelé urbain est devenu très à la mode aux E.-U., Scion ouvre les portes de sa galerie de L.A. aux fortes têtes d’ici.
La preuve : cette exposition à L.A., The Art of Music, qui ouvre le 6 septembre.
Bravo à Thomas Subreville du Ill Studio qui, en tant que « curateur » (« commissaire d’exposition » on dit dans les musées de chez nous pas encore prêts comme là-bas à « élever » cet art-là au rang d’art contemporain), s’est tapé tout le vrai boulot pour rameuter pas mal de ces artistes, graphistes, artistes et/ou graphistes européens au pays de Candy, pardon : Britney.
On n’y sera pas mais le thème nous intéresse beaucoup : art vs musique.
On en parlait un peu ci-dessous avec Julian House et Stereolab : l’illustration visuelle d’un contenu sonore pourrait être le sujet d’une thèse, depuis Baudelaire et sa synesthésie droguée jusqu’au clip de Murakami pour Kanye West, en passant par les flyers pour soirées non moins droguées… Etc. etc.
Si le dossier de presse de cette expo cite Peter Saville, Raymond Pettibon ou Pushead comme exemples de ces pochettes d’album qui ont propulsé certains Joy Division, Sonic Youth ou Metallica au niveau de pures références, on pourrait allonger la liste : des albums Blue Note sous la direction graphique de Reid Miles, à Warp et les Designers Republic ou Mo’Wax et Futura, nombreux sont les objets de collections énamourées.
Un amour pour ces collectors qui montrent la possibilité de mariages non moins amoureux entre image et son qui peuvent faire d’un album ou d’un maxi un objet total, avec un contenant au moins aussi important que le contenu.
Et qui bien souvent constituent ou ont constitué pour beaucoup la porte d’accès au monde de l’art graphique (cf. aussi la sortie du livre Cover story : album covert art par l’équipe de Wax Poetics).
Telles les pochettes du duo La Boca pour DC recordings.
Certaines des pièces de ce duo figurent évidemment au programme de l’expo, comme non moins évidemment So_me. Et pas mal d’artistes ayant collaboré ou collaborant avec Sixpack, dont le Ill Studio, qui a d’ailleurs réalisé le catalogue des printemps / été prochains de la marque.
Ill studio… Studio malade, ou plutôt studio de malades qui commence à exploser un peu partout, un peu malades mentaux imaginant des rencontres intersidérales entre mode et science, science fiction et skate, architecture et biture.
Croisements du 3è type qui sont peut-être le secret qui leur fait trouver des punchlines définitives.
Cf. ce t-shirt sorti cet été par les Polonais qui gérent le Warszawska Nike et le Comme des Garçons Guerilla store de Varsovie.
« Science is the literature of reality ».
Et la fiction, la science de la littérature.
Urbi et orbi
L’album de Stereolab va arriver bientôt, le 18, et comme d’hab’ depuis 17 ans : orchestre de chambre psyché.
Jouets organiques de vieux enfants.
Souvenirs d’infusions aux champignons en écoutant du Can. Ou du Soft Machine. Ou du Terry Riley. Ou du Brian Wilson. Etc.
Stereolab : omelettes psilocybiennes sans casser les œufs, ceux de la pop.
Pas de mélodies en sous sol, des harmonies haut de plafond.
Arpèges sixties, nouvel épisode apocryphe de Chapeau melon et bottes de cuir sur un pied de velours seventies, tourné dans un manège enchanté.
Chamanisme fleuri, paroles toujours aussi sibyllines de Laetitia.
Humour entre soi, pataphysique des private jokes.
Rien ne change, ce groupe est une météorite.
Une météorite, que dis-je, un astéroïde, loin de la galaxie néo pop Nouvelle star vielles carnes avariées.
De la vraie pop, celle qui joue des codes populaires au risque de ne pas l’être, populaire.
Et le clip qui accompagne le single annonciateur (Three Women) en est le pur et parfait exemple.
Produit par Julian House, musicien et co-fondateur du label Ghost Box à ses heures perdues mais surtout graphiste, membre du studio de créa Intro ayant déjà baucoup œuvré, cf. son artwork sur le dernier album de Primal scream.
Ce designer qu’on croirait givré a synthétisé le topo orbital façon Stereolab.
Et en a profité pour y placer ses propres cultes : pas pour rien qu’il cite dans ses interviews, au-delà des référentiels Saul Bass et Peter Saville, Archigram ou HP Lovecraft, William Burroughs ou Max Ernst, des surréalistes polonais ou… M B Debot.
Qui c’est celui là ? Une sorte de Marshal McLuhan de l’occulte, dixit Julian House himself.
Et donc ce clip, regardez le bien ce clip, une 2è fois même.
Messages même pas cachés.
Triangles en 3D, pyramides égyptiennes, Illuminati et compagnie certes, comme chez à peu près tous les graphistes depuis environ 2 ans.
Rien que l’intro, je sais pas mais moi, j’y vois l’évocation pas vraiment subliminale de l’alignement des planètes, ce qui arriverait tous les 3600 ans, sensé se reproduire le 21/12/2012.
Avec selon les différentes histoires, apparition de la planète X, alias Nibiru selon les Sumériens.
Les Sumériens, ou les Mayas, ou les Hopis et tout le reste de la sagesse antédiluvienne qui en parlait, déjà.
Faudrait peut-être savoir faire des ponts -ou des aqueducs- entre les mythologies…
Pour savoir les écouter, les Vieux : à leur époque les spermatozoïdes, ça faisait longtemps que ça donnait des homo sapiens sapiens et pas des reptiles amphibiens.
Ou pas les écouter du tout.
Si vous tombez dedans, croyez que dans peu de temps, dans quasi 4 ans, attention : tous aux abris ! (à 50 mètres sous terre qu’on nous dit, merci pour l’info, Franck).
La fin du monde qu’ils nous ont dit les Anciens.
Bonjour le trip.
C’est pas juste le R et le H qu’il y a dans le clip ? R comme radioactif. H comme bombe H.
Ok, d’accord, j’arrête. Je ne suis même pas sous acide là.
J’écoute juste une très bonne compil’ acid house qui vient de sortir. Mais c’est tout.




