Discothèque
Quand certains jeunes à boutons jaune fluo tendant vers le moutarde, ont lu que Justice avaient samplé -et pas qu’un peu- un morceau de Goblin pour construire un de leurs hits, quel ne fut pas le scandale, relativement à la mini échelle du nerd tout en Nike… Illusion intemporelle des puceaux schématiques
Comme si les musiques electro devaient forcément venir des entrailles analogiques ou des grilles logicielles, contrairement au hip hop officiellement bâti sur le sampling… La bonne blague – il faudra un jour penser à mettre hip hop dans le dictionnaire électronique, ça changera les perspectives…
Autre blague : croire aussi que les jeunes pousses de la French Touch 2 sont par définition nouveaux. Neufs par le seul fait de tout sortir à partir d’une souris et d’un écran : vous pouvez retrouver par exemple Surkin dans un seul son, chez J. Saul Kane, d’une époque où il était à peine né. Nouveaux génies sans bouillir et vierges de l’emprunt samplé : 2è illusion.
Quand on se veut enfants de Daft Punk qui eux-mêmes ne venaient pas de l’espace intersidéral tout en cuir avec un casque sur la tête mais directement de la planète Chicago, elle-même issue de la disco et de Moroder, de Kratfwerk et de l’italo disco, quand on est jeune et qu’on n’a pas les machines qu’il faut à dispo, qu’on veuille travailler les sonorités originelles pour remonter aux sources et faire comme les frères aînés adulés, on fait comme tout le monde : on sample.
On boucle, on découpe et redécoupe, et on trafique sa coupe.
Que cette vague française en particulier et la blog house en général fasse un son quasi destiné au MP3 en focalisant sur les mediums est une autre histoire… Vous en avez pas marre vous d’entendre depuis 2 ans exactement partout le même son compressé ? Nous, si. Et même… plus que marre -le gavage, on n’est pas des oies ni des canards sauvages, ça fait vomir…
Alors, quand on reçoit la compilation Clone Classic Cuts, c’est comme recevoir un vent d’air frais après une crise de foie la tête dans la cuvette.
Si vous ne connaissiez pas la bande de Rotterdam, maintenant vous allez savoir : Serge et ses copains sont parmi les Européens les plus calés en house, pré et after, early et acid, toute la house mais pas que, post disco aussi et italo etc. : tout ce qui s’est fait dans les 80’s à destination de certains clubs, de Chicago à Rimini, plus ou moins gay, plus ou moins drogués.
Sauf que ces Hollandais, contrairement aux rats pas fun de bibliothèques, sont des rigolos qui n’ont pas passé leur jeunesse à lire Baudelaire mais à tester les paradis artificiels au pays du gouda. Et qui continuent à se fendre la gueule à farfouiller dans de vieilles caves, à dénicher les plans introuvables, les déstockages et vide greniers… Freaks du vinyle. Chercheurs d’or noir -cet or qui enrichit certaine communauté eBay…
Sauf qu’eux encore, ils ne font pas ça que par collectionnite aggravée et par le gain appâtés, mais pour remercier aussi leurs amours de jeunesse. Et redonner de cet amour : en ressortant les pépites ensevelies et en les re-masterisant.
Dès le 1er morceau, obscur disco track et douce torture de Jackson Jones, c’est parti mon kiki, succession d’orgasmes…
Classic Cuts exsude de senteurs de sueur et de déo cheap, celles d’un funk nouveau qui allait conduire à l’extase de la fin des 80’s.
Où l’on comprend aussi tout l’intérêt du plastique : le vinyle ne calfeutre pas la basse à l’arrière-fond, ce qu’a commencé à faire le CD et évidemment le MP3…
Vinyle et basse, ligne directrice de Classic Cuts : écoutez ces ego titres stupéfiants I’m strong de Fingers Inc. (Larry Heard) & Robert Owens ou I’m Free de Tyree ou I’m House de The Elect, tout se joue à ce niveau-là, sur la basse. Cet endroit qui te prend à l’estomac et te fait bouger ton popotin (vous n’avez pas remarqué que les Teckto ne bougent que des mains et du buste ? : danse numérique pas très élastique).
Classic cuts est donc un achat obligé pour tous ceux qui veulent comprendre d’où l’on vient.
Pour comprendre mieux à quel point la house de Chicago n’aurait jamais existé sans l’italo -cf. le Single Girl de Knight Action : petite histoire musicale avec un grand H.
Cette italo disco importée par containers entiers dans la capitale de l’Illinois, notamment le label Il Discotto dont une rareté, Los Angeles T.F., figure évidemment sur le tracklisting Classic Cuts.
Cette Chicago house exportée ensuite en Europe, d’abord en Angleterre, avec Farley, Adonis, Phuture, Maurice etc. etc… Acid house. Rien à voir avec le LSD, tout avec la TB. Ces petits boîtiers synthés Roland qui ont tout permis : so..
So Let It Be House, comme le susurrait l’énorme Mike Dunn, au sommaire bien sûr de cette histoire de classiques (encore mieux finalement que Vintage Future, toujours chez Clone).
L’on a dit que Classic Cuts permettait de comprendre d’où l’on vient, mais où l’on va aussi. Retour de cycle.
Même l’inénarrable Fogiel a proclamé cette semaine que la disco est de retour, pour repasser les plats et les pires navets à la Juvet ou les saucisses périmées strobo et paillettes, sans savoir que le son français qui marche vient de toute cette histoire méconnue autour de la disco et de ses suites…
Au pays des intello, les demi savants sont rois, au point qu’il nous faut des Clone, des I-F et sa clique, des Aphew Twin et ses potes pour faire ressortir de l’oubli un de nos génies nationaux dans le genre, Black Devil Disco Club, qui avait produit de l’italo disco avant même que les Italiens n’en fassent…
Disco, italo, Chicago, Daft Punk, French Touch le retour : rien ne se perd, tout se transforme.
Dernier détail : si au moment de sa sortie, bientôt dans les bacs, vous chopez cette compil’ vous aurez le droit à un mix-CD en bonus, mixé par Serge, avec certains des morceaux de Classic Cuts et d’autres, néo vintage comme le pratique si bien la bande Clone (d’Alden Tyrell à Legowelt ou Bangkok Impact, pour ne citer qu’eux).
Classic Cuts (Clone / Abeille musique)






dada1 on dim, 2nd mar 2008 12:02
Excellent article qui remet de l’ordre. Cette compli Classic Cuts complétera très bien la compil Classic Chicago house tracks.
Arno Fresh on lun, 3rd mar 2008 13:07
je cautionne grave ce post ! Belle mise en perspective…
ibrendan on mar, 25th mar 2008 1:17
Ok mais quid de Surkin chez J. Saul Kane ? Je viens d’écouter Into the Dragon de Bomb the Bass et Nine Deadly Venoms de Depth Charge, je ne vois pas trop le rapport avec Surkin…
Alors quel disque exactement de J. Saul Kane ?
HKmember on mar, 25th mar 2008 10:42
Bomb the Bass, c’est Tim Simenon : sur « Into the dragon », J. Saul Kane a « juste » fait un remix de « Beat Dis ».
quant au fameux morceau, cherche encore : il y a de quoi faire certes (cf. Octagon Man) mais c’est ça, le fun des discothèques.
indice : c’est sur un maxi.
ibrendan on mar, 25th mar 2008 17:59
Euh oui, plus j’écoute des trucs de chez Depth Charge et les vinyles de Octagon Man (The demented spirit, The Rimm / Phonic Maze). Plus j’ai l’impression que le nom de J. Saul Kane a été balancé juste pour la frime, un brouillard d’érudition que personne n’aurait dû vérifier.
Donc quel disque exactement ? Un peu de courage, cite tes sources.
admin on mar, 25th mar 2008 21:53
eh bah dis donc, j’ai bien fait de déroger à notre règle de jamais répondre…
pour ta gouverne dans ton ciel d’azur : Eon, sur Vinyl solution (1988)… tu mérites bien de chercher encore un peu, redresseur de torts virtuels.
et suis pas la règle nerd : si tu trouves pas sur le web, c’est pas que ça n’existe pas… il y a eu une vie avant le numérique..
il n’y a pas de génie sans bouillir :
Surkin n’était pas visé en particulier, au contraire : c’est après s’être plongé dans la ghetto house, qu’il a pondu « Ghetto Obsession » et commencé ce qu’il est devenu.
rien ne se perd, tout se transforme, bis repetita.
ibrendan on mar, 25th mar 2008 23:39
Ah mais je ne voulais nullement défendre Surkin, je suis sûr qu’il s’en sort très bien dans la vie. Je cherchais avant tout à contenter une boulimie d’infos. Pas la peine donc de te lancer dans de grands discours de modération sur le cas du teenage d’Institubes.
Quant à l’intervention de l’auteur dans les commentaires, je trouve au contraire que c’est particulièrement bénéfique de descendre dans la fosse aux lions. Il faut défendre un peu ce que l’on écrit, ne serait ce que pour reconnaitre ses erreurs et se convaincre soit même du bien fondé de ce que l’on écrit. Sinon autant retirer directement les commentaires.
Je continue mes recherches sur EON donc.